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ROSS, WILLIAM GILLIES, homme d’affaires, fonctionnaire, philanthrope et sportif, né le 6 août 1863 à Montréal, quatrième des huit enfants de Philip Simpson Ross* et de Christina Chalmers Dansken ; frère de Philip Dansken Ross* ; le 18 décembre 1888, il épousa à Montréal Ida Elizabeth Millard Babcock, et ils eurent trois fils et deux filles ; décédé le 15 avril 1929 au même endroit.

Diplômé de la High School of Montreal, William Gillies Ross opta pour la comptabilité, comme son père, et devint en 1883 associé de la Philip S. Ross, la future P. S. Ross and Sons. Après plusieurs années de vérification comptable, il quitta ce cabinet pour se lancer dans l’administration, d’abord à la Windsor Hotel Company de Montréal où, engagé à titre de secrétaire et trésorier, il accéda à la direction générale dès 1890. Sous l’effet du remplacement des chevaux par l’électricité, les systèmes de transport urbain de l’Amérique du Nord étaient alors en pleine révolution, ce qui attira l’attention de Ross. En association avec l’ingénieur des chemins de fer James Ross* (aucun lien de parenté avec lui), il participa, à peu près de 1892 à 1896, à l’organisation et à l’électrification de réseaux de tramways à Montréal, à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, à Toronto, à Winnipeg et dans d’autres villes. Fort de cette expérience, il fut nommé en 1896 contrôleur de la Compagnie de chemin de fer urbain de Montréal. Pendant une grève en mai 1903, convaincu que les ouvriers n’avaient aucun grief sérieux et que les tramways devaient rouler, il circula à bord d’un grand nombre (armé d’un revolver, selon un témoignage), aida à maintenir l’ordre et donna régulièrement des conférences de presse pour faire le point sur les divers trajets. La compagnie, la presse et la population louangèrent ses efforts. La Gazette souligna son « cran, [sa] détermination et [son] autorité ». Quand Ross fut promu administrateur délégué, quelques mois plus tard, le Montreal Daily Herald en parla comme d’« un homme d’action ». Toutefois, il n’était nullement opposé aux syndicats : en 1904, il fonda la Montreal Street Railway Mutual Benefit Association.

Un contemporain de Ross a dit qu’il était un « homme à l’énergie inépuisable, au talent immense et à l’imagination vive ». De fait, Ross démontra ces qualités au cours des sept ans où il fut administrateur délégué de la Compagnie de chemin de fer urbain de Montréal. Non seulement planifiait-il et supervisait-il l’expansion du réseau et l’intégration d’autres lignes de l’île de Montréal, mais il devait s’occuper des problèmes associés à la circulation des tramways en hiver et au fait que, aux heures de pointe, les conducteurs avaient du mal à se déplacer dans les voitures bondées pour percevoir le péage. Avec son associé Duncan A. L. McDonald, il conçut un véhicule où les passagers montaient tous par l’arrière et payaient leur place à un receveur installé près de cette entrée. Le premier tramway de ce genre en Amérique du Nord fut mis en service à Montréal en 1905. Basé sur une idée toute simple, le tramway « payez en entrant » suscita de l’opposition, voire des moqueries, dans certains milieux. Pourtant, quand New York et Chicago l’adoptèrent en 1908, on déclara : « ces dernières années, aucune innovation n’a autant contribué au confort et à la sécurité des passagers de tramways aux États-Unis ». Réputé pour son administration compétente et novatrice, Ross évoluait alors déjà dans de plus hautes sphères du transport public. Il avait été élu président de la Canadian Street Railway Association et de la Street Railway Accountants’ Association of America en 1904. Six ans plus tard, il devint le premier Canadien à occuper la vice-présidence de l’American Street Railway Association.

Du fait qu’il était de plus en plus connu pour ses qualités d’organisateur et son sens des affaires, Ross s’associa à diverses entreprises. Au cours de sa carrière, il fut président, vice-président, simple membre du conseil d’administration, administrateur délégué ou directeur général de 19 sociétés. Bon nombre d’entre elles étaient liées au transport (telles la Compagnie des tramways de Montréal et la Pay-As-You-Enter Corporation) ; plusieurs étaient des entreprises d’électricité (la Beauharnois Electric Company, la Canadian General Electric Company) ; d’autres exploitaient des richesses naturelles (la Dominion Iron and Steel Company, l’Asbestos Corporation of Canada) ; plusieurs enfin étaient des sociétés financières et foncières.

D’après un auteur, Ross avait « un esprit aux multiples facettes et sembl[ait] capable de jongler avec beaucoup de problèmes simultanément ». Toutefois, sous ses dehors calmes et souriants, la diversité et l’intensité de son travail lui pesaient lourd. À la suite de la prise de contrôle de la Compagnie de transport urbain de Montréal en 1910 par un consortium que dirigeait Edmund Arthur Robert* et qui avait une façon de voir radicalement différente de la sienne, il démissionna « pour prendre un repos bien mérité » et passa l’hiver de 1910–1911 en Europe. La population réclama son retour. En 1913, celui qui, selon le Daily Telegraph, était « le seul homme à Montréal à savoir conduire un tramway » accepta un poste au conseil d’administration de l’entreprise, qui portait désormais le nom de Montreal Tramways.

En 1912, Ross avait été nommé président de la Commission du havre de Montréal, l’organisme fédéral chargé de l’administration du port. Pour lui qui aimait la navigation et avait de l’expérience en matière de transport, ce poste était une bénédiction. Plaque tournante du transport fluvial et océanique, le port de Montréal possédait de vastes entrepôts, mais divers facteurs entravaient son développement. Avec son dynamisme coutumier, Ross s’employa à en augmenter l’efficacité en tablant sur le travail accompli par ses prédécesseurs et en cherchant des idées neuves. Au cours d’un voyage de trois mois en 1914, lui-même et deux de ses collègues visitèrent 25 ports de l’Europe ; pendant des tournées subséquentes, ils visitèrent des ports nord-américains. À Montréal, on améliora les services ferroviaires desservant les quais, bâtit de nouveaux hangars et agrandit les entrepôts de grain. En 1918, une revue spécialisée déclarait que, en l’espace de dix ans, le port de Montréal avait cessé d’être « une simple escale pour les navires » et s’était hissé « au premier rang des ports océaniques ». Il était relié à la mer par un chenal balisé et éclairé d’une profondeur de plus de 30 pieds et d’une longueur de 1 000 milles. Son système de liaison entre les chemins de fer et les quais surpassait celui de tous les autres ports nord-américains. Parmi les ports du littoral atlantique, il se classait deuxième après New York pour ce qui était du trafic océanique et de la valeur des échanges commerciaux. De tous les ports de mer au monde, il était celui qui possédait le plus gros élévateur à grain et celui d’où partait le plus fort volume de céréales. C’était, disait-on, « le port le mieux organisé en Amérique ».

Ross n’hésitait pas à faire connaître les progrès de Montréal et à en vanter les atouts. Comme il était président de la commission, on lui attribuait bien sûr une grande part du mérite rattaché à des réalisations auxquelles bien d’autres avaient contribué de manière importante [V. sir John Kennedy], mais ses qualités d’organisateur faisaient l’unanimité. Il fut élu président de l’American Association of Port Authorities en 1916 et réélu l’année suivante.

En 1911, tandis que Ross travaillait à faire de Montréal l’un des « principaux ports océaniques au monde », des amis le convainquirent d’accepter la présidence de l’Amalgamated Asbestos Corporation, qui était en difficulté. Malgré les prédictions pessimistes de bon nombre de gens, l’entreprise, réorganisée l’année suivante sous le nom d’Asbestos Corporation of Canada, se trouva bientôt dans une solide position financière et vit ses profits augmenter constamment. À propos de l’essor qu’elle connut pendant plus de dix ans sous la gestion de Ross, la Gazette a dit qu’il s’agissait de « l’un des épisodes les plus romantiques de l’histoire minière et industrielle du Canada ».

Nommé en 1916 directeur du recrutement naval dans la province de Québec, Ross prit la parole à des rassemblements de masse et organisa bon nombre de manifestations pour appuyer l’effort de guerre. En qualité de président de la section canadienne du British Sailors’ Relief Fund, il fit un don personnel de 10 000 $ – montant égal à la contribution de la banque la plus généreuse – pour lancer la collecte de fonds de cet organisme. Les sommes amassées – près de 3 millions de dollars – furent envoyées en Angleterre à l’intention des marins de la marine militaire et de la marine marchande ainsi que de leur famille. Pour remercier Ross, la British Navy League le nomma vice-président honoraire et le décora pour services spéciaux. Cofondateur de la Navy League of Canada, Ross en fut le premier président national de 1917 à 1919. Il recueillit des contributions pour le Fonds patriotique canadien et pour le Harry Lauder Million Pound Fund, destiné aux anciens combattants écossais mutilés. Sa générosité se manifesta aussi par une multitude de petits gestes : envoyer des pommes à un navire de guerre à l’ancre, emmener des soldats blessés faire une croisière à bord de son yacht, expédier des cadeaux aux troupes outre-mer. Président de la Société Saint-André en 1921–1922 et membre bienfaiteur à vie du Montreal General Hospital, il donna de l’argent et des propriétés à la McGill University ainsi qu’à divers établissements et organismes de bienfaisance.

On retrouve quelques-uns des principes moraux de Ross dans un opuscule qu’il publia et qu’il remettait à ses fils à l’occasion de leur vingt et unième anniversaire. Il écrivait : « Le secret de la réussite et du bonheur dans la vie est d’avoir du caractère et d’être authentique – ne vous écartez jamais de cela. » « Retroussez vos manches et démenez-vous », conseillait-il. Fidèle à ses propres enseignements, il se dépensa dans beaucoup de domaines : exploitation des tramways, gestion portuaire, exploitation de l’amiante, activités du temps de guerre, sport amateur, œuvres de charité, vie communautaire. Il appartint à des dizaines de clubs – certains sociaux, d’autres sportifs – à Montréal, à Ottawa, à Québec, dans les Cantons-de-l’Est, à Londres et à New York. En raison de ses affaires, il avait de fréquents contacts avec des hommes politiques, mais il brigua les suffrages une seule fois, en 1921, après le retrait inopiné du candidat conservateur dans la circonscription fédérale de Saint-Antoine. Il subit la défaite au scrutin.

Un portrait de Ross ne saurait être complet sans une évocation de sa participation à la vie sportive. Inscrit au Montreal Bicycle Club à l’âge de 18 ans, il s’était vite distingué dans des compétitions locales. En 1883, il remporta les courses de un mille et de cinq milles organisées par la Canadian Wheelmen’s Association à London, en Ontario, en prévision des championnats nationaux. La même année, il participa à 16 courses au Canada et à l’étranger et en perdit une seule – un handicap où il réalisa le temps le plus court. À la grande rencontre américaine tenue à Springfield, au Massachusetts, il se classa troisième dans deux compétitions et quatrième dans deux autres ; ces courses se faisaient sur des distances allant de un demi-mille à dix milles. Un an plus tard, lorsqu’il annonça soudainement qu’il abandonnait la compétition, un journal montréalais déplora la nouvelle en disant qu’il était « l’un des hommes les plus rapides d’Amérique ».

Dans sa jeunesse, Ross avait aussi joué pour le Britannia Football Club, fait des courses de canot, de patin et de raquettes, pratiqué la voile sur glace et la crosse et pris part à d’autres activités récréatives. À compter de 1890, bien que sa vie professionnelle et familiale l’ait occupé de plus en plus, il continua d’être actif dans le domaine du sport, tant à titre de compétiteur que d’administrateur. Fermement convaincu que le sport amateur formait le caractère, il travaillait à encourager la participation, à améliorer les installations et à étendre les organisations. Cofondateur de la Canadian Amateur Skating Association en 1886, il en fut président de 1893 à 1895, en 1905 et peut-être d’autres années. En 1894, l’association organisa à Montréal ce qu’il qualifia de « plus grande rencontre de patinage jamais tenue dans le monde ». En 1908, il appartint au Central Olympic Committee.

Dans les sports comme dans la vie, Ross était un battant ; selon le Montreal Daily Herald, il « donn[ait] toujours le meilleur de lui-même ». Cependant, gagner n’était pas son seul objectif. Pour lui, le sport était l’occasion de rencontres amicales. Pendant 20 ans à compter de 1907, lui-même et ses quatre frères affrontèrent chaque année cinq frères du nom de Hodgson dans des compétitions de curling, de golf et, à l’occasion, de hockey. Selon le plus grand magazine canadien de golf, il n’y avait « rien de plus intéressant dans le sport amateur que ces matchs entre familles ». Ross participa régulièrement aux championnats annuels de la Canadian Senior Golf Association, formée en 1918, joua dans des équipes seniors canadiennes contre les États-Unis et fut membre du conseil d’administration de l’association. En 1925, il remporta le championnat senior individuel des deux pays.

William Gillies Ross mourut en 1929 à la suite d’une opération. Le Montreal Daily Star lui rendit hommage en évoquant « ses nombreux domaines d’intérêt, ses enthousiasmes juvéniles, son tempérament calme et son éternelle cordialité ».

W. Gillies Ross

William Gillies Ross a écrit Father’s advice (s.l. n.d.), brochure publiée à compte d’auteur, et « Development of street railways in Canada », article paru dans la Street Railway Rev. (Chicago), 11 (1901), no 1 : 30s. Il a aussi fait paraître « Montreal port organization », Freight Handling and Terminal Engineering (New York), mais il a été impossible de préciser davantage (l’auteur a une copie de l’article en main).

ANQ-M, CE601-S115, 18 déc. 1888 ; S120, 6 août 1863.— Arch. privées, W. G. Ross (North Hatley, Québec), 16 albums de découpures de journaux, articles et discours de W. G. Ross (1863–1929) ; souvenirs.— Daily Telegraph (Montréal), 5 août 1913.— Gazette (Montréal), 16 avril 1929.— Globe, 16 avril 1929.— Montreal Daily Herald, 11 déc. 1903.— Montreal Daily Star, 15–16 avril 1929.— Martin Burrell, « The late Mr. W. G. Ross », Canadian Golfer ([Brantford, Ontario]), 15 (1929–1930) : 8–10.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— « Eighth annual seniors’ tournament », Canadian Golfer, 11 (1925–1926) : 464–477.— « The passing of Mr. W. G. Ross », Canadian Golfer, 14 (1928–1929) : 941.— Prominent people of the province of Quebec, 1923–24 (Montréal, s.d.).— The storied province of Quebec ; past and present, W. [C. H.] Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932).

Bibliographie générale

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W. Gillies Ross, « ROSS, WILLIAM GILLIES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ross_william_gillies_15F.html.

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Auteur de l'article:   W. Gillies Ross
Titre de l'article:   ROSS, WILLIAM GILLIES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   25 juillet 2014