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RENNIE, WILLIAM, fermier, grainier, régisseur, et auteur, né le 15 mars 1835 dans le canton de Scarborough, Haut-Canada, fils de Robert Rennie et d’Elizabeth Fife ; le 13 mars 1862, il épousa Sarah Glendinning, de Scarborough, et ils eurent quatre fils ; décédé le 24 juillet 1910 à Swansea (Toronto).

Né dans une cabane de rondins, William Rennie s’initia à l’agriculture dans la ferme du canton de Scarborough que possédaient ses parents, venus en 1832 de Kirknewton dans l’Edinburghshire, en Écosse. En 1860, il s’installa dans le canton de Markham, sur une terre de 120 acres qui appartenait aussi à son père et qui devint finalement sa propriété personnelle en 1867. Déjà, en 1864, il importait d’Écosse des grains de blé, d’orge et d’avoine afin d’améliorer sa production et de vérifier s’il avait bien raison de croire qu’un « changement de semence » pourrait réduire la quantité de mauvaises récoltes que subissaient bon nombre d’agriculteurs haut-canadiens.

C’est peut-être en raison de l’expérience ainsi acquise que, en 1870, Rennie décida de louer sa ferme, d’installer sa famille à Toronto et de fonder la William Rennie Company Limited, qui allait, durant 91 ans, vendre des semences et de l’équipement aux cultivateurs et horticulteurs. Au fil du temps, cette société, sise à l’angle des rues Adelaide et Jarvis, ouvrit des succursales à Montréal, à Winnipeg et à Vancouver ; à la mort de Rennie, elle était, selon le Toronto Daily Star, « la plus grosse du genre au Canada ». En outre, à compter de 1871, elle publia annuellement des catalogues de plus en plus colorés grâce auxquels agriculteurs et jardiniers de tout le Canada pouvaient commander ses produits par la poste.

Au moment où Rennie se lança en affaires, Toronto comptait une dizaine de négociants en semences, les principaux étant James Fleming, George Keith, George Leslie et Joseph Adolph Simmers. En 1873, John S. et Richard Clarke Steele, avec Sylvester E. Briggs, fondèrent la Steele Brothers and Company, qui, sous le nom de Steele-Briggs Seed Company, allait acheter la société de Rennie en 1961. Ces entreprises devaient leur succès au fait qu’elles offraient des semences adaptées aux conditions climatiques du Canada telles que basses températures et brèves saisons de culture. Les agriculteurs et les jardiniers continuaient à commander des graines aux États-Unis et en Europe, ou les achetaient au magasin général local, mais ils se fiaient davantage à celles que vendaient les maisons canadiennes les plus réputées. Même avant que le gouvernement fédéral n’établisse des fermes expérimentales, l’entreprise de Rennie faisait ses propres essais. Elle sélectionnait et mettait au point des lignées et des variétés prometteuses de semences, légumes et fleurs, puis les faisait connaître au moyen de ses catalogues.

Vers 1880, Rennie reprit sa propriété du canton de Markham afin d’y installer une ferme productrice de semences et des champs d’expérimentation. En la confiant à un régisseur, ce citadin parvint à la ramener à un tel niveau d’excellence que, en 1883, il remporta la première médaille d’argent décernée pour les exploitations agricoles par le Council of the Agricultural and Arts Association of Ontario. Au concours de la même année, où pouvaient se présenter seulement les agriculteurs du district central de la province, son frère Simpson gagna la médaille d’or pour la façon dont il gérait l’exploitation du canton de Scarborough.

William Rennie était un bon entrepreneur, ce qui ne pouvait nuire à ses intérêts dans l’agriculture et la commercialisation des semences. Dès 1873, il fabriquait un semoir à gazon ; dans les années 1880, il s’associa à la fabrication et à la vente de machinerie de drainage. En 1888, son catalogue de semences signalait qu’il faisait l’importation et l’élevage de chevaux clydesdale et de poneys shetlandais.

Rennie avait la réputation d’être généreux, soucieux du bien commun, fervent presbytérien, grand amateur de curling, membre actif du Parti libéral et fier de ses origines pionnières. Il participa à l’organisation de l’Industrial Exhibition de Toronto, qui se tint pour la première fois en 1879 ; il en fut vice-président et, par la suite, administrateur honoraire. En 1883, il appartint au comité de gestion de la première exposition annuelle de bétail de boucherie de Toronto, ancêtre de la Royal Agricultural Winter Fair. En 1879, il devint membre des York Pioneers, qui, cette année-là, transportèrent sur le nouveau terrain de l’exposition une vieille cabane de rondins, celle du père de Henry Scadding. Il garda de l’événement un souvenir si vivace que, pendant les années où il fut président des York Pioneers, de 1903 à 1909, il pouvait encore le raconter dans le détail.

Lorsque Rennie se retira du commerce des semences, en 1889, trois de ses quatre fils – Robert, John et Thomas – prirent la relève (le quatrième, William, allait devenir missionnaire indépendant et se distinguer à Hakodate, au Japon). L’année précédente, en prévision de sa retraite, il avait vendu sa ferme du canton de Markham et fait l’acquisition d’une propriété de cinq acres à l’ouest de Toronto. C’est là que, en 1889, il fit construire une maison de brique dans laquelle il s’installa avec sa femme, Sarah. La propriété, située sur la rive ouest de l’étang Grenadier, d’où elle s’élevait en une série de terrasses aménagées, devint un point d’attraction pour les promeneurs de High Park, sur la rive opposée.

Dès qu’il eut déménagé, Rennie joua un rôle de premier plan dans le lotissement du district, qui allait être constitué en 1926 sous le nom de village de Swansea. De 1889 à 1891 (année de la construction de l’église Morningside), il rassembla un groupe de presbytériens et mit à leur disposition, pour leurs offices et leur école du dimanche, l’une des 12 maisons en rangée qu’il avait fait construire avenue Kennedy. En 1890, en attendant la construction de la Swansea Public School, il fournit, dans la même maison, des locaux pour des classes de jour. En 1892–1893, les fils Rennie aménagèrent près de chez leurs parents de nouveaux terrains d’essai et une serre pour l’entreprise.

Quatre ans après que Rennie se fut retiré des affaires s’amorça l’une des périodes les plus épuisantes de son existence. En octobre 1893, sur l’invitation du ministre ontarien de l’Agriculture, John Dryden, il assuma la nouvelle fonction de régisseur à l’Ontario Agricultural College and Experimental Farm de Guelph [V. William Johnston*]. Comme il le racontait en 1897, son travail consistait non seulement à veiller au développement de la ferme et à superviser les ouvriers agricoles et les étudiants, mais aussi à assister aux « réunions de l’institut des fermiers, à donner des conférences au collège, à recevoir des visiteurs presque tous les jours pendant le mois de juin, à dresser des plans d’embellissement pour les maisons rurales et, en plus, à tenir une volumineuse correspondance ». Quand il démissionna en 1899, à l’âge de 64 ans, le directeur du collège, James Mills*, déclara qu’il avait « révolutionné » la ferme et s’était dévoué « du matin au soir avec une inépuisable énergie ».

Même si William Rennie n’était pas avant tout un auteur, ses écrits apportèrent une contribution notable à l’agriculture ontarienne. Sa première publication fut une lettre sur les graines de semence qu’il adressa en 1864 au rédacteur en chef du Canada Farmer. Dans les années où il travailla à Guelph, il fit paraître au moins une douzaine d’articles dans l’Ontario Agricultural College Review, le Farming et le Farmer’s Advocate and Home Magazine. Son dernier article parut en 1909 dans le Farm and Dairy. On lui doit aussi deux livres : Successful farming ; how to farm for profit [...], publié à Toronto en 1900, et Rennie’s agriculture in Canada, publié à titre posthume dans la même ville en 1916. Ses écrits défendaient les valeurs de la vie rurale, prônaient l’embellissement des fermes et mettaient l’accent sur les méthodes scientifiques de culture : drainage complet, enfouissement des drains, labourage superficiel, assolement fréquent, amélioration des clôtures et des silos, comptabilité minutieuse.

En quittant son poste de Guelph, cet « observateur des sols profondément original » retourna à Swansea, où il mourut en 1910, deux mois après une attaque d’apoplexie qui l’avait laissé paralysé. En 1934, John Rennie perpétua le sens civique de son père en donnant au village de Swansea des terrains destinés à l’aménagement d’un terrain de jeux et d’un parc. Cependant, l’emplacement de la maison des Rennie et les terrains d’essai de la compagnie ont finalement été lotis.

Pleasance Crawford

Nous sommes redevable au révérend J. William Lamb, de Toronto, pour nous avoir donné accès à sa recherche encore largement inédite sur la généalogie de la famille Rennie.  [p. c.]

Une liste de 20 articles de William Rennie figure dans Ontario rural society, 1867–1930 : a thematic index of selected Ontario agricultural periodicals, Edwinna von Baeyer, édit. (brochure renfermant une microfiche, Ottawa, 1985 ; exemplaire aux AO), y compris deux lettres au rédacteur en chef de Canada Farmer (Toronto) : « Change of seed grain », 1 (1864) : 52, sa première publication, et « The liability of seedsmen », 12 (1875) : 198.

AO, Abstract index to deeds, Markham Township, concession 2, lot 14, instruments 52755 (1854), 90301 (1867), 6204 (1888) (mfm) ; F 775, MU 2140, 1968, n° 3 ; RG 8, I-6-B, 85 : 21.— Royal Botanical Gardens, Centre for Canadian Hist. Horticultural Studies (Hamilton, Ontario), Coll. of Canadian nursery and seed catalogues, William Rennie Co. Ltd., catalogues, 1882–1920 ; William Rennie Sr file, Rennie family research notes by J. W. Lamb.— York Pioneer and Hist. Soc. Arch. (Toronto), Docs. concerning William Rennie’s presidency of the society, 1903–1909.— Farmer’s Advocate and Home Magazine, 28 juill. 1910.— Globe, 25 juill. 1910.— Toronto Daily Star, 25 juill. 1910.— Pleasance Crawford, « William Rennie Sr. (1835–1910) : agriculturalist, seedsman, and York Pioneer », York Pioneer (Toronto), 84 (1989) : 28–32.— Ontario Agricultural College and Experimental Farm, Annual report (Toronto), 1893–1899.— « Report of prize farm competition in group no 4 », Ontario, Agriculture and Arts Assoc., Report of the council (Toronto), 1883 : 33–49.— J. R. Robinson, « A Canadian of the Canadians » (hommage funèbre in-plano dans le catalogue des graines pour 1911 de la William Rennie Seed Co. Ltd., dont des exemplaires sont conservés au Centre for Canadian Hist. Horticultural Studies, et aux Swansea Hist. Soc. Arch., Toronto).— « Seed drills », Canada Farmer, 10 (1873) : 134–135.

Bibliographie générale

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Pleasance Crawford, « RENNIE, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rennie_william_13F.html.

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Auteur de l'article:   Pleasance Crawford
Titre de l'article:   RENNIE, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   20 août 2014