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QUEN, JEAN DE, prêtre, jésuite, missionnaire, découvreur du lac Saint-Jean, fondateur des missions du Saguenay, supérieur des missions des Jésuites de la Nouvelle-France, annaliste, né en mai 1603 (al. 1600, 1604), à Amiens (Picardie), décédé à Québec le 8 octobre 1659.

Jean de Quen entra chez les Jésuites le 13 septembre 1620. Après son noviciat, trois années de philosophie à Paris, une année de régence et trois de théologie à Clermont, un an de régence à Amiens et son troisième an de probation en Belgique, il enseigna pendant trois ans au collège d’Eu puis partit pour le Canada. Il arriva à Québec le 17 août 1635.

Il fut d’abord employé comme professeur au collège de Québec, qui ouvrait ses portes en 1635 ; il passa bientôt à la mission sédentaire de Sillery et revint à Québec où il fut chargé du ministère paroissial à Notre-Dame-de-la-Recouvrance. En 1640, il retournait à Sillery et s’occupait plus spécialement de l’hôpital. Il s’y épuisa dangereusement ; assez promptement rétabli, il fut envoyé à la résidence de Trois-Rivières, ce qui lui fournit l’occasion d’opérer de nombreuses conversions. Il revint l’année suivante à Sillery et fut chargé de cet important centre de missions pendant huit ans (1642–1649). Il y accomplissait un ministère très actif qui le mettait en relations avec des Indiens d’un peu partout, plus particulièrement les Montagnais, dont il apprit parfaitement la langue.

Au printemps de 1642, Jean de Quen fut chargé de la mission montagnaise, dont il s’occupa pendant 11 ans. Cette mission avait été fondée l’année précédente à Tadoussac où la traite des fourrures amenait, du printemps à la fin d’août, des Indiens de toutes les parties du vaste territoire du Saguenay, depuis le grand lac Mistassini, dans l’intérieur, jusqu’aux Sept-Îles, sur la côte de l’estuaire du Saint-Laurent. Il en venait aussi de la côte sud et de la Gaspésie. Bien préparé à cette diversité de types et grandement estimé des Montagnais, le père de Quen créa, avec l’aide successive des pères Jacques Buteux, Gabriel Druillettes, Martin de Lyonne et Charles Albanel, une forme de mission d’été adaptée aux conditions de ces populations nomades, et il en fit un succès. Il forma un solide noyau de chrétiens qui l’aidèrent à atteindre les groupes les plus éloignés. (C’est à Tadoussac que fut construite, en 1646, la première église de pierre au Canada.)

Au cours de l’été de 1647, ayant appris que des néophytes en route pour la mission étaient arrêtés au lac Piékouagami (Saint-Jean) par la maladie, il s’y fit conduire par deux jeunes Montagnais et parcourut une distance de 120 milles, coupée par dix portages, qu’il franchit en cinq jours. Ce voyage lui fit découvrir ce que les Indiens évitaient de faire connaître aux Blancs : le lac Saint-Jean et la route pour pénétrer dans l’intérieur du Saguenay. Il arriva au lac par la Belle Rivière le 16 juillet. « Ce lac est si grand, écrit le père de Quen, qu’à peine en voit-on les rives, il semble estre d’une figure ronde, il est profond & fort poissonneux, on y pesche des brochets, des perches, des saumons, des truittes, des poissons dorés, des poissons blancs, des carpes & quantité d’autres especes. Il est environné d’un plat pays, terminé par de hautes montaignes éloignées de 3. ou quatre ou cinq lieuës de ses rives, il se nourrit des eaux d’une quinzaine de rivieres ou environ, qui servent de chemin aux petites nations, qui sont dans les terres pour venir pescher dans ce lac, & pour entretenir le commerce & l’amitié qu’elles ont par entr’elles. »

Traversant une partie du lac, il se rendit visiter les Indiens de la nation du Porc-Épic à l’embouchure de la rivière Métabetchouan, lieu de rendez-vous des tribus de l’intérieur du Saguenay.

Le père de Quen y retourna en 1650 et de nouveau en 1652, cette fois pour une mission de 12 jours qui devait ensuite se répéter régulièrement. En 1651 et 1652, il fit de même pour les Oumamiois (Bersiamites), peuplade de la côte, vers les Sept-Îles, à plus de 300 milles de Tadoussac. On peut donc regarder le père de Quen comme le fondateur des missions du Saguenay.

A part les quelques mois que requéraient annuellement ces missions, Jean de Quen s’occupait activement du ministère à Sillery, à Québec et aux alentours (côte de Beaupré, île d’Orléans, etc.). En 1656, il fut nommé supérieur des missions de la Nouvelle-France, poste qu’il occupa jusqu’au 8 septembre 1659, un mois avant sa mort. C’est durant sa supériorité qu’éclata, avec l’arrivée de l’abbé de Queylus [V. Thubières] comme vicaire général, la crise de la juridiction ecclésiastique en Nouvelle-France.

Le père de Quen est l’auteur des Relations des Jésuites pour l’année 1655–1656 et du Journal des Jésuites du 25 octobre 1656 au 7 septembre 1659 (excepté pendant quelques brèves absences). Il est mentionné au Catalogue des bienfaicteurs de N-Dame de Recouvrance. Il aurait aussi écrit plusieurs lettres pour réfuter les accusations portées contre les Jésuites au sujet de la traite des fourrures. Les Relations font plusieurs fois mention de ses lettres et en citent certains passages. En voici un qui indique sa manière : « J’envoye à l’Hospital Adam ce bon vieillard, le plus aagé des Sauvages, je l’ay retiré de la mort, que ces Barbares luy vouloient causer par un cordeau, pour se defaire d’un fardeau qui les charge fort ; J’ai prié nos François qui descendoient là-bas de le mettre dans leur barque : Je ne doute pas que les Meres ne le reçoivent volontiers ; elles l’ont desia nourry & secouru tout l’hiver passé ; ce bon-homme n’a point d’autre maladie que celle qu’il a commencée de contracter il y a plus de cent ans. »

Le père de Quen, qui avait toujours été particulièrement attentif au soin des malades, finit par être victime de son dévouement. Le Journal des Jésuites relate ainsi le fait, en octobre 1659 : « Le 1. le P. Jean de Quen s’alita, & le 8. il mourut de ces fievres contagieuses qu’avait apporté le dernier vaisseau [...]. Le 9. fut enterré le P. de Quen au matin ». Il avait donné au Canada 24 années d’une activité inlassable et féconde.

Ses restes furent décourverts avec ceux des jésuites Du Peron et Liègeois sous la chapelle du collège des Jésuites, après qu’elle fut démolie en 1878. Placés temporairement dans un caveau du cimetière Belmont, ils ont été inhumés solennellement dans un caveau de la chapelle des Ursulines de Québec le 12 mai 1891. L’historique de ces faits, rédigé par C.-E. Rouleau, contient une brève notice biographique de Jean de Quen, la seule qui ait jamais été publiée.

Victor Tremblay

ACSM, Étude sur les Relations des Jésuites, par Félix Martin (copie aux ASQ, mss, 43) ; Mémoires touchant la mort et les vertus des pères Isaac Jogues, etc., (Ragueneau), repr. RAPQ, 1924–25 : 40s., 47–49.— ASQ, Polygraphie, XIII : 22.— Marie Guyart de l’Incarnation, Lettres (Richaudeau), I : 137–140, 208.— JJ (Laverdière et Casgrain), 199–263, 266 et passim.— JR (Thwaites), XX : 238 ; XXXI : 248–254 ; XLII : 9–262, 268–288 ; LXXI : 123 ; et passim.— L’Histoire du Saguenay depuis l’origine jusquà 1870 (« Pub. de la Soc. hist. du Saguenay », III, Chicoutimi, 1938).— Lanctot, Histoire du Canada, I : 285–287.— Le Père Jean de Quen, BRH, XIX (1913) : 256.— Rochemonteix, Les Jésuites et la N.-F. au XVIIe siècle, I : 225–227, 254, 456–465.— C.-E. Rouleau, Découverte des restes de trois missionnaires de la Compagnie de Jésus (Québec, 1893).

Bibliographie générale

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Victor Tremblay, « QUEN, JEAN DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/quen_jean_de_1F.html.

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Auteur de l'article:   Victor Tremblay
Titre de l'article:   QUEN, JEAN DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   29 août 2014