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OTREOUTI (Hateouati, Hoteouate, Hotrehouati, Houtreouati, Oureouhat, Outreouhati, dit « La Grande Gueule », (« Grangular », ou « Grangula »)), célèbre chef et orateur onontagué qui représenta souvent sa nation aux négociations de paix entre les Iroquois et les Français ; circa 1659–1688.

Le chef et orateur onontagué si réputé, Otreouti, joua un rôle dans les négociations de paix difficiles qui se déroulèrent entre les Français et les Iroquois de 1653 à 1667, c’est-à-dire au cours des années critiques consécutives à la destruction de la Huronie en 1649. Le nom d’Otreouti figure d’abord dans une réponse française du 28 avril 1659 aux propositions de paix présentées à Québec par les ambassadeurs onneiouts au nom de leur propre tribu, ainsi que des Onontagués et des Agniers. « Si Otreouati et ses huits Camarades ne s’en fussent point enfuy, dit le porte-parole des Français, je m’en serois retourné avec eux a Onnontage ». Il voulait sans doute parler d’Otreouti et des prisonniers onontagués qui s’étaient enfuis le 19 octobre 1658, après avoir brisé deux barreaux de fer des fenêtres de leur prison à Montréal.

A l’été de 1661, alors que le père Simon Le Moyne négociait la paix à Onontagué, Otreouti attaqua Montréal avec 30 Onontagués pour se venger de l’insulte qu’on lui avait faite en l’y emprisonnant. Près de Montréal, Otreouti et ses hommes surprirent le sulpicien Jacques Le Maistre et d’autres Français, qui travaillaient dans un champ de céréales. Ils en tuèrent deux, dont M. Le Maistre, et en emmenèrent un en captivité. M. Le Maistre fut décapité. Otreouti, ayant revêtu sa soutane, se pavana sous les regards des habitants de Montréal pour les narguer.

En septembre 1661, en rentrant dans son pays, Otreouti, portant toujours la robe noire du prêtre assassiné, et ses compagnons, porteurs des scalps de Français, rencontrèrent une ambassade des Tsonnontouans et des Onontagués dirigée par Garakontié, chef onontagué ami des Français qui se rendait à Montréal afin d’y délivrer neuf prisonniers français. Les ambassadeurs furent frappés de stupeur à cette vue. Ils firent halte et tinrent conseil pendant quelque temps pour savoir s’il serait prudent de poursuivre jusqu’à Montréal. Garakontié finit par l’emporter et l’ambassade, avec ses neuf captifs, atteignit Montréal le 5 octobre 1661.

Quatre ans après, Otreouti comptait parmi les six ambassadeurs onontagués qui signèrent les clauses du traité de paix le 13 décembre 1665 à Québec avec les Français au nom de leur nation, ainsi qu’en celui des Tsonnontouans, des Goyogouins et des Onneiouts. Le rôle que joua Otreouti au cours des négociations de 1665 n’apparaît pas clairement, comme le montre un passage énigmatique du Journal des Jésuites en date du 8 décembre 1665 : « La grand gueule sceut des lors de je ne scay qui, le dessein formé de Monsr le gouverneur pour Anniée [Agniers], et en donné avis dans nre sale a Garakontié. »

Le nom d’Otreouti n’apparaît plus dans les archives coloniales durant 19 ans, c’est-à-dire jusqu’à l’époque de l’invasion du pays agnier par le gouverneur Le Febvre de La Barre en 1684. Le 18 juillet 1684, le jésuite Jean de Lamberville* écrivait de la mission des Onontagués à La Barre (dont la petite troupe n’était parvenue qu’au lac Saint-François) à propos d’un conseil des Onontagués, des Tsonnontouans, des Goyogouins et des Onneiouts, auquel Otreouti participait : « La grande gueule, écrivait ce missionnaire, et son triumvirat ce sont signalés assurement : en ce rencontre » ; et de nouveau, le 17 août 1684 : « J’ay donné a la grande gueule vostre collier sous terre et luy ay marqué les choses que vous désiriez qu’il fist effectuer il se dit vostre grand camarade et vous avez très bien fait de vous attacher cet homme qui est la plus forte teste et a la plus forte voix des Iroquois. »

La Barre avait prévenu le gouverneur Dongan de New York qu’il se voyait forcé de faire la guerre aux Iroquois et il avait demandé aux Anglais de refuser leur appui à ces derniers. Néanmoins, quand Dongan entendit parler des conseils qui se tenaient chez les Onontagués, il y envoya Aernout Cornelissen Viele pour avertir les Iroquois de ne pas entrer en pourparlers avec les Français sans sa permission à lui, Dongan. Le père de Lamberville en fit rapport à La Barre le 28 août 1684, notant que la Grande Gueule trouvait étrange le message de Dongan et « exhort[ait] tous les soldats et les anciens, a ne pas ecouter des propositions d’un hoe qui semblait estre yvre, tant ce qu’il disait etait eloigné de toute raison ». Malgré l’intervention de Dongan, une réunion eut lieu entre les Iroquois et La Barre le 5 septembre 1684 à La Famine, sur la rive sud du lac Ontario, où les Onontagués servirent de médiateurs entre les Français et les Tsonnontouans. À cette occasion, « le sieur hotreouati, qui est l’orateur de cette nation [Onontagués], parla par quinze presens, de la part non seulement des sonnontouans mais encore des autres quatre nations iroquoises ».

En 1684, La Barre n’obtint qu’une trêve précaire. Otreouti promit de donner 1000 peaux de castor en compensation de certaines incursions récentes des Iroquois contre les Français au pays des Illinois et il s’engagea à ne pas attaquer les Miamis mais il refusa de faire la paix avec les Illinois il ne consentit pas davantage à respecter les voyageurs français dans le pays des Illinois et dans le voisinage du fort Saint-Louis.

M. de Meulles*, l’intendant, donna un compte rendu assez critique de la réunion de La Famine dans une lettre à M. de Seignelay, datée à Québec le 10 octobre 1684 : « Il n’est venu en tout pour faire cette ambassade qu’un certain parasitte qui ne cherche qu’à faire un bon repas, et un vray bouffon nommé parmy les François la grande gueulle, accompagné de huit ou dix misérables, qui a joué Monr le General d’une maniere tout affait honteuse, ce que vous connoistrez clairement par les articles de paix que jay l’honneur de vous envoyer, et que je ne doutte point qu’il vous envoyera pareillement. »

Trois ans après, le gouverneur de Brisay* de Denonville brossait un tableau bien plus favorable d’Otreouti dans son « Mémoire du voyage [...] contre les Sonontouans, en octobre 1687 ». « Le dernier jour de juin nous nous rendimes a une demye lieue de Catarocouy [...] en arrivant au dit fort je jugeay a propos de renvoyer au village des Onnontaguez le fils et le frère d’un nommé hotrehouati l’un des plus considérables et accreditez du dit village et duquel nous avions tiré de grands services pour arrester l’incursion que les Sonontouans et autres Iroquois eussent fait des l’an passé par l’instigation du Colonel Dongan, Gouverneur de la nouvelle York, le Père de Lamberville se servant du crédit du nommé cy dessus aussy bien que de ses autres amys pour opposer à la mauvaise volonté du dit colonel. »

On mentionne encore Otreouti alors que les Onontagués, les Goyogouins et les Onneiouts, à la suite de la défaite que Denonville infligea aux Tsonnontouans en 1687, prononcèrent une déclaration de neutralité en présence de Denonville à Montréal le 15 juin 1688. Son nom figure parmi ceux des signataires onontagués. Au-dessous des signatures et des totems, on peut lire cette déclaration : « Le nommé la Grande Gueule chez les françois et otreouaté chez les Iroquois qui a parlé icy a Montréal en public plusieurs fois en juin, et dit ce que dessus par deux fois dans les harangues a mis luy meme, assisté de deux Iroquois, les chiffres souscrit et formés de sa main les figures de ces bestes, ce qu’il a fait en qualité dorateur et député des trois nations Iroquoises, savoir, des Goiogouins, des Onnontagués et des Onneiouts. »

Otreouti est mentionné une dernière fois, sous le nom de la Grande Gueule, dans la « Relation des événements de la guerre et de l’état des affaires au Canada », datée de Québec le 30 octobre 1688. Il est intéressant de noter que c’est de la Grande Gueule que Lahontan [Lom*], dans ses Voyages de lAmérique Septentrionale, s’est inspiré pour élaborer le portrait idéaliste de l’Indien qu’il nomma « La Grangula ».

Thomas Grassmann

JR (Thwaites), XLIV : 119 ; XLV : 89 ; XLVI : 219, XLVII : 73, 77, 93–97 ; XLIX : 179–191.— L.-A. Lahontan, Nouveaux Voyages dans lAmérique Septentrionale (2 vol., La Haye, 1703).— NYCD (O’Callaghan and Fernow), III : 121–125 ; IX : 236–239, 247, 255–258, 362, 384–386, 388–393.— Eccles, Frontenac, 169s., 189.— Lanctot, Histoire du Canada, II : 118, 142.

Bibliographie générale

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Thomas Grassmann, « OTREOUTI », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/otreouti_1F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas Grassmann
Titre de l'article:   OTREOUTI
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   1 octobre 2014