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OIONHATON, baptisée Thérèse, jeune Huronne connue surtout sous son nom chrétien, nièce (ou fille, d’après Du Creux) du célèbre converti Joseph Chihouatenha, demeurant apparemment à Ossossané, élevée chez les Ursulines de Québec ; circa 1628–1655.

Oionhaton fut l’innocente victime de la lutte interminable entre les Iroquois et la Nouvelle-France. On ne connaît pas la date exacte de sa naissance, mais, en 1642, on mentionne qu’elle avait 13 ou 14 ans. En 1640, son oncle Joseph Teondechoren, frère de Chihouatenha, la confiait aux soins de Marie de l’Incarnation [V. Guyart] et des Ursulines de Québec, pour se rendre aux désirs de Chihouatenha, que les Iroquois avaient assassiné au cours de la même année.

La petite Oionhaton s’efforça de se conformer aux pratiques religieuses des Ursulines et elle parlait même de religion aux Hurons de passage à Québec. Après ce séjour de deux ans, Oionhaton reçut tout ce qu’il fallait pour son mariage et, en 1642, elle se mit en route pour rentrer chez les Hurons. Le convoi avec lequel elle devait voyager comprenait certains des guerriers les plus courageux et les plus renommés de la Huronie : Ahatsistari, Totiri, Tsondatsaa et deux de ses oncles, dont l’un était Teondechoren. Ils étaient accompagnés de trois Français : le père Isaac Jogues, René Goupil et Guillaume Couture*. À Trois-Rivières, Oionhaton écrivit en huron une lettre brève et touchante de remerciements à la mère supérieure (ses parents indiens s’émerveillaient de la voir lire et écrire) et elle confia cette lettre au père Joseph Du Peron.

Deux jours après leur départ, les voyageurs furent attaqués par un parti de guerre agnier, alors qu’ils se trouvaient encore sur le Saint-Laurent. Les Agniers emmenèrent les survivants en captivité. Oionhaton « fut faite prisonnière par les Iroquois avec ses parents », lit-on dans la Relation des Jésuites de 1642. D’autres récits du même épisode ne mentionnent que les oncles d’Oionhaton. Les captifs reçurent « quasi autant de coups qu’il y avoit là d’Iroquois » mais on ne toucha ni à Oionhaton ni à deux jeunes enfants.

Les Français tentèrent à maintes reprises d’obtenir des Agniers la libération d’Oionhaton pendant les difficiles négociations de paix de 1645 [V. Kiotseaeton]. Pendant toute sa captivité, elle resta fidèle à sa foi, récitant son chapelet sur ses doigts. Le père Jogues, qui se rendit chez les Agniers avec Jean Bourdon le 18 mai 1646 en qualité d’ambassadeur des Français, aperçut Oionhaton parmi des pêcheurs iroquois, lui parla, la questionna et la catéchisa. « Jogues l’encouragea à attendre la libération, lui disant que, par estime pour les Ursulines de Québec, Montmagny [V. Huault] faisait tout en son pouvoir et que les Algonquins faisaient aussi tout ce qu’ils pouvaient pour obtenir sa liberté. Il promit de parler lui-même aux Annierronons [Agniers] à la première occasion ; en attendant, il lui demandait d’avoir confiance en Dieu. » Plus tard, le religieux présenta 5 000 grains de rassade aux Agniers pour obtenir la liberté d’Oionhaton (les Agniers l’avaient donnée en mariage à un Onontagué). Les Agniers se déclarèrent disposés à la libérer dès qu’elle reviendrait chez eux et ils offrirent 1500 grains de rassade en témoignage de leur bonne foi.

En 1654, le père Simon Le Moyne découvrit Oionhaton qui vivait dans une cabane à part dans le village des Onontagués, où elle élevait sa famille en paix. À l’automne de 1655, elle fit trois lieues avec un bébé sur les bras Pour aller au devant des Robes Noires. Ce détail est rapporté par les pères Chaumonot et Dablon, venus de Québec à Onontagué.

Le lendemain de leur rencontre avec Oionhaton, les missionnaires virent aussi sa sœur, prisonnière chez les Onontagués. On ne mentionne ni son nom ni les circonstances de sa capture. On trouve, dans la Relation de 1652–1653, la mention d’une sœur d’Oionhaton qui, à cette époque, vivait en jeune veuve au couvent des Ursulines de Québec. 11 se peut que Cécile et Agathe fussent les noms de ces deux sœurs, parce que Du Creux les mentionne une fois en tant que nièces de Joseph Chihouatenha et, une autre fois, déclare que Chihouatenha était le père d’Oionhaton.

Thomas Grassmann

Du Creux, History (Conacher), I : 252, 335 ; II : 436,439, 668, 707s.— JR (Thwaites), XV : 77, 89–91 ; XXI : 147, 149, 155 ; XXII : 189, 193, 195, 197 ; XXIII : 297 ; XXIV : 281 ; XXVI : 191 ; XXVII : 287 ; XXVIII : 297–299 ; XXIX : 53–55 ; XL : 225 ; XLI : 103 ; XLII : 81.— Marie Guyart de l’Incarnation, Écrits (Jamet), III : 289.

Bibliographie générale

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Thomas Grassmann, « OIONHATON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/oionhaton_1F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas Grassmann
Titre de l'article:   OIONHATON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   30 juillet 2014