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McLACHLAN, ALEXANDER, fermier, poète, tailleur et fonctionnaire, né le ll octobre 1817 à Johnstone (Strathclyde, Écosse), fils de Charles McLachlan et de Jean Sutherland ; vers 1841, il épousa dans le Haut-Canada Clamina McLachlan, et ils eurent six fils et cinq filles ; décédé le 20 mars 1896 à Orangeville, Ontario.

Charles McLachlan, « artisan dans une filature de coton », s’embarqua en avril 1820 à Greenock pour le Haut-Canada. Plusieurs autres immigrants l’accompagnaient, dont son frère Daniel. La plupart d’entre eux étaient des tisserands de la région de Paisley, dans le Renfrewshire, habitués à travailler sur des métiers à bras et qui fuyaient une industrie en difficulté. La femme et les enfants de Daniel l’accompagnaient, mais Charles avait laissé sa femme qui était enceinte (leur dernière enfant, Elizabeth, naîtrait en octobre suivant), ses filles Jean et Ann et son jeune fils chez son beau-père, Alexander Sutherland, à Johnstone. Le groupe atteignit York (Toronto) en juin 1820 et se vit concéder des terres en friche dans le canton de Caledon. Charles McLachlan reçut la moitié ouest d’un lot de 200 acres, et Daniel l’autre moitié. Ce dernier s’établit pour de bon. Charles, quant à lui, retourna en Écosse au moins deux fois avant le début des années 1830. Il payait sa traversée en travaillant l’hiver comme machiniste à Paterson, dans le New Jersey. Il mourut pendant l’un de ces séjours, mais sa famille n’apprit son décès que beaucoup plus tard.

Alexander McLachlan a attribué à deux hommes un rôle prépondérant dans sa formation. Le premier était son grand-père, « patriarche » et lecteur assidu de la Bible, « d’une sincérité simple mais impressionnante ». Le second était son instituteur, John Fraser, dont il a aussi célébré la mémoire dans plusieurs poèmes. Maître d’école novateur qui intégrait « la physiologie, l’élocution et la musique » à son programme, Fraser lui instilla l’amour de la connaissance. « Pour nous, déclara McLachlan bien des années plus tard, les livres sont une nécessité quotidienne. » Plus important encore, Fraser devint « le type achevé d’homme » auquel McLachlan aspirait à ressembler : « Il m’a inspiré, disait-il, le désir de faire quelque chose pour l’humanité et de laisser le monde un peu meilleur que je ne l’ai trouvé. »

Vers l’âge de 13 ans, McLachlan entra dans une filature, probablement à Paisley, mais comme il trouvait ce travail « ingrat », il devint apprenti chez un tailleur de Glasgow. Dans cette ville, il se lia à des jeunes gens qui partageaient sa passion pour l’histoire et les traditions écossaises et qui composaient des poèmes à la manière de Robert Burns, notamment dans l’espoir de préserver les légendes de « sorcières, [de] magiciens, [de] farfadets et [de] fées » contre les assauts de la « vapeur, [des] roues et [de] l’électricité ». Sans doute influencé par John Fraser, qui s’installa à Édimbourg en 1836, devint journaliste et prit ouvertement parti pour les chartistes, McLachlan commença aussi à s’occuper de politique. Si ce qu’il a raconté dans The Glasgow chap’s story comporte des éléments autobiographiques, son désir d’échapper au malaise que lui causaient ses propres activités au nom de « la charte » et de la « liberté » en Écosse, tout autant que la nécessité de régler la succession paternelle, peut avoir été à l’origine de sa décision d’immigrer dans le Haut-Canada en 1840.

McLachlan reçut les 100 acres de terre de son père en qualité de fils aîné et d’héritier. Sa première intention fut de s’y installer. Au début des années 1840, il fit venir ses sœurs Jean et Elizabeth, et il épousa sa cousine Clamina, fille de son oncle Daniel. Cependant, le 16 janvier 1843, le couple convint de vendre 50 acres, puis le 22 août Alexander loua, de la Canada Company, un lot de 100 acres dans le canton de Downie. Avec sa femme et sa fillette, il s’établit sur cette terre en friche, située non loin de Stratford. Dès 1845, il cultivait six acres et possédait deux bœufs et une vache. Toutefois, comme la ferme ne semblait devoir donner qu’un rendement médiocre et qu’il venait d’avoir un fils, il dut chercher autre chose. En mars 1846, on lui délivra un titre de concession foncière pour le lot que son père avait eu dans le canton de Caledon et, en juin, la vente des 50 acres décidée en 1843 fut conclue. Cet argent encouragea sans doute le couple McLachlan à quitter sa ferme et à retourner dans le canton de Caledon, vraisemblablement sur les 50 acres dont il était toujours propriétaire.

McLachlan fit imprimer à Toronto en 1846 son premier recueil de poésie, The spirit of love ; and other poems. Dans le poème qui donne son titre à ce livret de 36 pages, « Wordsworth, Channing, Colridge, Scott, dit-il, hâtent la venue du moment » où « la charité, et non plus la richesse / [...] Élèvera son temple et embrassera / La race régénérée d’Adam ». Tous les morceaux du recueil présentent les caractéristiques habituelles de la poésie romantique.

Dès la fin de 1847, Alexander et Clamina se préparaient de nouveau à quitter le canton de Caledon. En 1848, le frère de Clamina, Charles, acheta les 50 acres qui leur restaient. La même année, au moment du recensement du district de Huron, Alexander, « tailleur », Clamina et leurs deux enfants étaient locataires d’une maison dans le canton de North Easthope ; la famille n’appartenait à « aucune Église ni confession ». Il est donc possible que la période de scepticisme de McLachlan, ces années durant lesquelles la poésie fut « la seule chose » qui le consolait, ait commencé vers le milieu des années 1840. Le 6 janvier 1850, un autre frère de Clamina, Malcolm, qui habitait le canton d’Érin, servit de témoin à la ratification de la vente des 50 acres du canton de Caledon. Sa présence fut sans doute l’un des facteurs qui convainquirent les McLachlan de s’établir dans le même canton que lui. Le 18 décembre 1852, Malcolm vendit une acre à McLachlan, et c’est dans une « maison de gravier » qu’Alexander, Clamina et leurs quatre enfants entamèrent leur long séjour dans le comté de Wellington. Au cours de cette période, le couple allait avoir sept autres enfants. En 1859, Ann, la sœur de McLachlan, arriva d’Écosse avec sa mère pour s’installer sur un huitième d’acre qu’Alexander et Clamina prirent sur leur propriété pour le lui vendre. Toutefois, après la mort de sa mère, en 1860, Ann alla vivre dans le comté de Brant, auprès de ses sœurs mariées. Après son propre mariage, elle vécut comme elles dans une ferme du comté.

Pendant les dix premières années qu’il passa dans le canton d’Érin, McLachlan exerça son métier de tailleur tout en continuant à faire de la poésie. Il publia des poèmes dans l’Anglo-American Magazine de Toronto ; le premier qu’il présenta, The early blue bird, parut dans le numéro de juillet 1854. Vers 1857, son « chant à la patrie », The halls of Holyrood, remporta un concours international organisé par le Workman de Glasgow, qui nota avoir reçu de nombreuses contributions « d’Écossais des colonies » et dit que « le patriotisme et l’intelligence » de McLachlan étaient à la fois « un honneur pour son pays natal et [...] un enrichissement pour son pays d’adoption ». The Scottish emigrant’s song lui valut un deuxième prix à un rassemblement d’Écossais tenu à Toronto le 14 septembre 1859. Par ailleurs, McLachlan publia à Toronto, probablement à compte d’auteur, trois recueils : Poems en 1856, Lyrics en 1858 et The emigrant, and other poems en 1861.

Les 130 poèmes de ces recueils donnent une bonne idée des sujets, des thèmes et du style qui caractérisent l’œuvre de maturité de McLachlan. Certains sont des pièces de circonstance, sur la guerre de Crimée par exemple. Bon nombre, dont quelques-uns dans un dialecte des Lowlands, parlent des gens, des lieux et de l’histoire de son pays natal. Ces poèmes écossais expriment souvent la mélancolie d’un immigrant solitaire qui regrette les jours passés. D’autres portent sur des sujets canadiens. Le plus important d’entre eux est The emigrant, « tableau » qui retrace en partie « l’histoire d’un établissement isolé », mais dans des poèmes plus courts McLachlan dit son amour de la forêt canadienne et son admiration pour les valeurs et les qualités spirituelles des colons, surtout les pauvres « fils de l’ancienne Calédonie » venus chercher « la liberté dans les régions sauvages ».

Quand il publia Lyrics, en 1858, McLachlan avait déjà mis au point une stratégie de promotion. Des journaux et des particuliers reçurent des extraits du recueil avant la parution, et l’on imprima leurs commentaires – publiés ou inédits – à la fin du volume sous le titre de « Opinions of the press ». Charles Sangster, par exemple, rendit un vibrant hommage à la muse « essentiellement lyrique » de l’auteur. Dans The emigrant, McLachlan reproduisit des commentaires élogieux de Susanna Moodie [Strickland*] et de Thomas D’Arcy McGee*. Le 25 janvier 1859, avec McGee, il avait pris la parole à une fête tenue au St Lawrence Hall de Toronto en l’honneur du centenaire de la naissance de Robert Burns. Héritier des « vieux bérets bleus, apôtres de l’intégrité », qui avaient construit « un édifice social qui s’appuyait sur la droiture et une indépendance résolue », où l’éducation passait par « la Bible et la ballade », Burns, avait-il proclamé, était « à la tête de la littérature des classes laborieuses ». Puis, en conclusion, il avait récité l’un de ses propres poèmes, To the memory of Robert Burns. Jamais il ne fit fortune avec sa poésie, mais dans les années 1860 il commençait à être connu. De 1859 à 1861, il prit la parole « dans la plupart des principales localités du Canada et dans l’état de New York ». En 1862, grâce à un député provincial, McGee, on le nomma agent d’immigration de la province du Canada en Écosse.

McLachlan s’établit à Johnstone et, de là, visita Glasgow, Paisley et probablement d’autres régions du pays. Parler de l’émigration au Canada était l’une de ses principales activités, et il s’adressait particulièrement aux tisserands que la disparition progressive du métier à bras condamnait à la pauvreté et au chômage. Dans une allocution prononcée en 1862 devant la Paisley Emigration Society, il déclara, selon un journal local, que c’était pure « illusion » de croire que l’on pouvait arriver à vivre dans les forêts canadiennes sans livrer un dur combat. Cependant, ajoutait-il, il y avait des hommes, y compris bien des tisserands écossais, qui, « grâce à une persévérance de tous les instants », obtenaient « une terre bien à eux » et avaient « toutes les nécessités, un bon nombre des agréments et parfois une quantité non négligeable des luxes de la vie ». « Ces hommes, disait-il, étaient de vrais héros. » Il s’attaquait en particulier à « l’idée fausse » que l’on se faisait, en Écosse, des hivers canadiens : « Le froid est parfois très vif, mais l’air est toujours pur et revigorant ; et l’hiver [...] est accueilli par les habitants comme la saison de l’année la plus propice de toutes aux jeux de plein air, aux visites, aux réunions et aux festivités de tous genres. »

Entre-temps, McLachlan était honoré dans son pays d’adoption. S’il était devenu écrivain et conférencier, concluait Henry James Morgan* dans un ouvrage paru en 1862, Sketches of celebrated Canadians, c’était avant tout pour « être un interprète de la pensée des travailleurs du Canada [...] pour être au Canada [...] ce que Burns était à l’Écosse ». Edward Hartley Dewart*, qui plaça dix poèmes de McLachlan dans Selections from Canadian poets [...], paru en 1864, le comparait lui aussi à Burns. Ce n’était pas, disait-il, « vaine louange que de le surnommer le « Burns du Canada ». En fait, de « l’avis de bien des gens », il était « le plus suave et le plus intensément humain de tous [les] bardes canadiens ». Une fois revenu d’Écosse, McLachlan publia plusieurs poèmes dans un hebdomadaire new-yorkais, le Scottish American, et figura dans plusieurs périodiques canadiens, dont le Canadian Literary Journal et le Canadian Monthly and National Review, tous deux de Toronto, le New Dominion Monthly de Montréal et le Stewart’s Literary Quarterly Magazine, de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. En 1872, la Caledonian Society de Toronto résolut d’acheter une ferme pour « Alex. McLachlan, le poète canadien », et forma un comité à cette fin. Cependant, selon Archibald MacMurchy, qui le rencontra dans le canton d’Érin à peu près à cette époque et le décrivit comme « un homme de taille moyenne, fluet, aux yeux bleus et à l’abondante chevelure sombre », l’argent recueilli servit plutôt à payer l’impression de ses poèmes.

La Hunter, Rose and Company de Toronto publia en 1874 Poems and songs, qui reçut un accueil enthousiaste. Ce livre contenait 96 des poèmes les plus intéressants de McLachlan, dont bon nombre avaient paru précédemment. Par exemple, dans We live in a rickety house, il se moque des « dévots » et des pasteurs qui critiquent les pauvres et prient au-dessus de leurs têtes mais ne se demandent jamais s’ils « ont du charbon ». Dans A backwoods’ hero, il range le beau-frère de sa femme, Daniel McMillan du canton d’Érin, parmi ceux qui « s’aventurent en terre vierge [...] et frayent le chemin de l’indépendance ». Ce poème représente bien plusieurs de ceux qui se trouvent dans la section « Idyls of the Dominion ». Une autre section, intitulée « Miscellaneous Scottish pieces », contient un hymne vibrant, qui se termine par les strophes suivantes : « À l’Écosse, liberté, amour et chants ! / Car ils ne font qu’un. »

Au moment où Poems and songs arriva en librairie, McLachlan était en Écosse, notamment pour vendre des exemplaires de son livre. Il fit aussi parler de lui d’autres façons. Le 2 novembre 1874, « le célèbre poète canado-écossais » prononça une conférence sur Shakespeare à Johnstone ; John Fraser, retraité et résident de la ville, présidait la réunion. Le 8 décembre, il fit une deuxième conférence, cette fois sur le spiritualisme. Partisan de cette doctrine depuis 1871, il exprima « des vues sur la question avec beaucoup de talent et de courage », selon le journal de Johnstone, et déclara qu’« elle commandait l’étude des plus grands penseurs du temps ». Le 21 décembre, à la veille de son départ, on tint une assemblée publique en son honneur à Johnstone. John Fraser y lut un discours, et on offrit à McLachlan un volume de Shakespeare et 24 volumes de Scott que l’on avait achetés grâce à une souscription locale. « Très ému », il parla de sa foi dans le spiritualisme et brossa un vivant portrait de son « humble demeure » à Johnstone et de sa mère.

La renommée de McLachlan se propageait aussi en Amérique du Nord. Le 20 janvier 1876, on parla de lui dans un article du Scottish American qui s’intitulait « The Scottish-American poets ». En octobre 1877, une longue critique signée William Proudfoot Begg parut dans le Canadian Monthly ; notant que seul Poems and songs était facile à trouver, Begg disait espérer une « édition complète [...] qui serait aussi bien un hommage [au poète] qu’un sujet de joie et de fierté pour son pays d’adoption ».

En octobre 1877, l’édition complète de ses œuvres n’était cependant pas la priorité de McLachlan. Avec Clamina, il était en train de négocier l’achat d’un demi-lot dans le canton d’Amaranth. Ils prirent une hypothèque de 2 500 $ en décembre et s’installèrent sur leur terre de 100 acres probablement au début de 1878. Durant quelques années, McLachlan exploita la ferme avec ses fils Malcolm et Alexander. Puis, en 1882, Malcolm alla rejoindre ses frères Daniel et John, médecin, à Pembina (Dakota du Nord). En septembre de la même année, John mourut. Son père en éprouva un vif chagrin, car John « était certainement le plus intellectuel de la famille et, à tout prendre, celui qui avait le tempérament le plus riche ». Seule sa foi profonde en la « vie spirituelle » l’aida à supporter cette perte. Malgré l’insistance de leurs fils, les McLachlan ne se rendirent pas dans le Centre-Ouest américain. En 1889, Clamina et le poète, alors âgé de plus de 70 ans, s’engagèrent formellement à vendre la ferme du canton d’Amaranth à leur fils Alexander ; ils continuèrent cependant à vivre avec lui.

Dans les 20 dernières années de sa vie, McLachlan publia régulièrement des poèmes dans le Scottish American et collabora au Canadian Monthly, au Saturday Night, au Week et au Grip. Le 8 mai 1886, le Grip annonçait que l’écrivain, dont le nom était « familier depuis longtemps au Canada », était sur le point de devenir l’un de ses collaborateurs réguliers : il parlerait « de la grande question du travail [et plaiderait] pour la cause de la justice comme seul un authentique poète [pouvait] le faire ». De mai 1886 à décembre 1888, McLachlan publia au delà d’une cinquantaine de poèmes dans ce magazine. La plupart tournaient en dérision les mesures de l’Église et de l’État qui nuisaient à l’« ouvrier » et à l’« artisan ». Entre autres, McLachlan attaquait sir John Alexander Macdonald, qu’il qualifiait de « vieux débauché », et louangeait l’homme politique britannique William Ewart Gladstone pour sa « Foi en la paternité de Dieu/ Et en la fraternité de l’homme ». En raison de leur nombre et de leur caractère, ces poèmes du Grip apportèrent à McLachlan la compensation financière qu’il attendait depuis longtemps, tout comme d’autres genres de bénéfices. Le 19 mars 1887, le Toronto Press Club le fêta, et dans un poème composé en son honneur l’Écossais David Boyle* le qualifia de « narquois, vif, fin ». À Guelph la même année, selon le Scottish American, on dit que McLachlan « par ses poèmes et ses chants [...] avait atteint [...] une renommée nationale ».

En juin 1887, on annonça le projet de créer un fonds de reconnaissance pour McLachlan afin d’acheter la ferme du canton d’Amaranth et d’y construire une maison pour lui. Les participants écrivirent des lettres à plusieurs périodiques, et on envoya au Canada et aux États-Unis une circulaire demandant une aide matérielle pour « un poète dont les écrits regorge[aient] de chaleureuse sympathie pour ses frères ». Les principaux administrateurs « de toute les sociétés écossaises » figuraient parmi les 69 membres du comité organisateur ; James Bain*, bibliothécaire principal de la Toronto Public Library, et George Monro Grant*, directeur du Queen’s College, faisaient partie du comité de direction. En 1888, l’éditeur torontois George Maclean Rose, membre du comité, publia une deuxième édition de Poems and songs. Dans la notice qu’il consacra au poète dans Cyclopœdia of Canadian biography, qui parut aussi en 1888, Rose insistait pour que McLachlan « soit considéré comme un bienfaiteur de son pays, car il a[vait] jeté un halo sur la plus humble demeure ». Pourtant, malgré l’appui de groupes comme « les Calédoniens de Minneapolis », il fallut presque trois ans pour constituer le fonds. Le 28 avril 1890, au cours d’« un grand banquet » à l’hôtel Walker House de Toronto, McLachlan reçut la somme de 2 100 $, et on lui lut une adresse témoignant de l’estime qu’il inspirait « en tant que poète, homme loyal et ami fidèle ».

Le 31 mars 1895, Alexander McLachlan fils mourut subitement. L’année suivante, ses parents, administrateurs de sa succession, vendirent la ferme et s’installèrent à Orangeville. McLachlan lui-même mourut en 1896 ; son décès fut annoncé dans les journaux du Canada, des États-Unis et d’Écosse. On trouve maintenant à l’Orangeville Public Library une plaque commémorative en l’honneur de celui que l’on considère comme « le Robbie Burns du Canada ».

Mary McLachlan, avant de mourir en 1899, avait commencé à « rassembler et à classer [les] nombreuses compositions poétiques [de son père] en vue de publier une sélection de ce qui pourrait sembler le plus digne d’être présenté sous une forme durable ». Ce fut un groupe composé notamment de William Proudfoot Begg, David Boyle et Edward Hartley Dewart qui acheva son travail. Ils choisirent les poèmes, en révisèrent la ponctuation « pour le sens » et y firent des « retouches », dont beaucoup avaient été indiquées par McLachlan avant sa mort. Dewart rédigea une introduction et l’on ajouta une notice biographique à l’ensemble. The poetical works of Alexander McLachlan parut chez William Briggs* à Toronto en 1900.

De temps à autre, des critiques ont déploré que l’on néglige Alexander McLachlan et sa poésie. Or, de son vivant, il reçut beaucoup d’honneurs et, malgré ses difficultés, ses vers lui rapportèrent de bonnes sommes d’argent. Depuis sa mort, des poèmes de lui ont paru dans bon nombre d’anthologies de littérature canadienne. The poetical works a été publié de nouveau en 1974. McLachlan figure dans tous les grands dictionnaires biographiques récents du Canada – quoique les notices qui lui sont consacrées reprennent des renseignements erronés sur sa vie et ses œuvres. Plusieurs critiques ont consacré des articles à ses poèmes. Bon nombre d’entre eux ont surtout vu en lui « le fondateur » de la « poésie démocratique » au Canada. Toutefois, on aurait tort de confondre son radicalisme avec le matérialisme historique. Par sa loyauté à la reine et à la patrie, sa foi en la supériorité des Anglo-Saxons, et particulièrement des Écossais, ses louanges aux travailleurs et ses efforts en vue d’améliorer leur condition, son attachement à l’éthique du travail, sa célébration de la liberté et de l’indépendance, et même sa foi dans le spiritualisme, il est plutôt un représentant typique des réformistes canadiens-anglais du xixe siècle. En fait, son « génie » fut de parvenir à exprimer, dans sa poésie, les aspirations de bon nombre de ses contemporains, qu’ils aient vécu au Canada ou à l’étranger. Aujourd’hui, son importance provient de ce qu’il rend compte des croyances religieuses et des valeurs sociales qui ont contribué à façonner le Canada victorien et de ce que son œuvre, au delà du temps, réaffirme ces idéaux nationaux.

Mary Jane Edwards

En plus des volumes de poésie cités dans le texte, Alexander McLachlan a écrit des poèmes individuels largement dispersés dans la presse périodique du Canada, de l’Écosse et des États-Unis. Les textes manuscrits liés à la préparation de The poetical works sont conservés dans les Alexander McLachlan papers à la MTRL.

W. P. Begg, « Alexander McLachlan’s poems and songs », Canadian Monthly and National Rev. (Toronto), 12 (juill.–déc. 1877) : 362.— W. W. Buchanan et W. F. Kean, « Alexander McLachlan (1818–1896) : the Robert Burns of Canada », Royal College of Physicians and Surgeons of Canada, Annals (Ottawa), 17 (1984) : 155–161.— Jean Burton, « Alexander McLachlan – the Burns of Canada », Willisons Monthly (Toronto), 3 (1927–1928) 268–269.— James Duff, « Alexander McLachlan » Queen’s Quarterly (Kingston, Ontario), 8 (1900–1901) 132–144.— V. G. Hopwood, « A Burns of the backwoods », New Frontiers (Toronto), 1 (1952–1953), n° 3 : 31–38.— K. J. Hughes, « The completeness of McLachlan’s The emigrant », English Studies in Canada (Fredericton, N.-B.), 1 (1975) : 172–187 ; « McLachlan’s style » Journal of Canadian Poetry (Ottawa), 1 (1978), n° 2 : 1–4 ; « Poet laureate of labour », Canadian Dimension (Winnipeg), 11 (1975–1976), n° 4 : 33–40.— Donald McCaig, « Alexander McLachlan », Canadian Magazine, 8 (nov 1896-mai 1897) : 520–523.

Bibliographie générale

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Mary Jane Edwards, « McLACHLAN, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mclachlan_alexander_12F.html.

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Auteur de l'article:   Mary Jane Edwards
Titre de l'article:   McLACHLAN, ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   26 octobre 2014