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LE TAC, XISTE (Sixte), prêtre, récollet, missionnaire, né à Rouen vers 1650, décédé dans sa ville natale le 10 août 1718.

Ce n’est qu’en juin 1676 que Xiste Le Tac s’embarqua pour le Canada. Il fit du ministère dans la région de Québec jusqu’en janvier 1678, puis il se rendit à Trois-Rivières où il exerça les fonctions curiales à la paroisse, érigée en cure par Mgr de Laval le 30 octobre 1678. Dès cette première année, Le Tac dirigea la construction d’une résidence pour les Récollets et, en 1682, celle d’une nouvelle église paroissiale, plus modeste que la précédente qui n’avait pas été achevée. Au cours de cette année 1682, M. Gaultier de Bruslon avait été nommé curé de Trois-Rivières ; Xiste Le Tac continua cependant de desservir la paroisse à titre de vicaire. En 1683, il revint à Québec et y demeura jusqu’en 1689 ; pendant un certain temps ; il y fut directeur du tiers-ordre et maître des novices. En juin, il se rendit à Plaisance (Placentia), en compagnie du père Joseph Denys et de Mgr de Saint-Vallier [La Croix] qui voulait établir les Récollets à Terre-Neuve. Ce dernier nomma Le Tac supérieur de la mission et le père Denys, curé de la paroisse de Plaisance.

Peu après le 7 septembre de la même année, Le Tac retourna en France. Il avait pour mission de remettre à Louis XIV les lettres de l’évêque de Québec qui demandait des récollets pour les missions d’Acadie. Mais la querelle de Le Tac avec M. Parat*, gouverneur de Plaisance, au sujet de l’emploi des graves, était peut-être la raison principale de son départ pour l’Europe. Il ne devait plus revoir la Nouvelle-France et il mourut au couvent des Récollets de Rouen le 10 août 1718.

Xiste Le Tac doit sa notoriété à Eugène Réveillaud qui, ayant trouvé aux archives départementales de la Seine-et-Oise un manuscrit anonyme, l’édita en 1888, affirmant que cette Histoire chronologique de la Nouvelle-France était l’œuvre de Le Tac. Réveillaud s’appuyait sur l’écriture du manuscrit « rapprochée d’autres documents » ; Benjamin Sulte avait corroboré l’affirmation, après avoir comparé le manuscrit aux registres de Trois-Rivières, où Xiste Le Tac avait inscrit plusieurs actes de baptême, mariage et sépulture. Peut-on pour autant déclarer aussi catégoriquement que Le Tac est l’auteur de ce manuscrit ? Cette similitude d’écriture, encore une fois, a induit Réveillaud en erreur. Dans les documents qu’il publie, à la suite de l’Histoire chronologique, il attribue à Le Tac un document — « Estat de la mission des PP Recollets de Canada » — qu’il date de 1682. Or, O.-M. Jouve, se basant sur une preuve faite d’un regroupement de documents et d’affirmations contenues dans ce texte, conclut que ce manuscrit date des années 1685–1686 et que le père Exupère Dethunes* en serait l’auteur. La preuve de Jouve nous semble beaucoup plus convaincante que l’explication de Réveillaud. De plus, pourquoi l’auteur de l’Histoire chronologique, décrivant avec beaucoup de détails diverses régions de la Nouvelle-France, ne mentionne-t-il même pas, dans sa description de Trois-Rivières, la construction d’une résidence et d’une église à laquelle Le Tac a participé activement pourtant ? Et pourquoi le manuscrit, commencé, toujours selon Réveillaud, en 1689, durant le séjour de Le Tac à Terre-Neuve, et terminé lors de son retour en France, n’a-t-il jamais été publié avant 1888 ? Parce qu’il s’engouffra, « sans espoir de revoir jamais le jour, dans les archives du couvent de Saint-Germain-en-Laye » ? Pourtant, Le Tac demeura en France jusqu’à sa mort en 1718 !

L’auteur de l’Histoire chronologique n’a pas écrit une œuvre originale. Il avoue dans sa préface : « J’ay trouvé ces autheurs [Lescarbot*, Champlain*, Sagard*, Du Creux] si obscurs que j’ay pensé que je rendrois quelques service au public si je developpois ce qui s’est passé jusques à ce temps [...] et de passer quantité de choses que je n’ay pas crû devoir estre marquées » ; il ne veut pas écrire, à l’exemple des Jésuites, des « livres farcis de contes [...] pour tromper le public ». Il se propose d’écrire son histoire en trois parties, consacrant la première à « ce qui s’est passé depuis que les François ont commencé de hanter le Canada, juques à [...] l’an 1629, et même [...] juques en 1632 [...]. La seconde depuis 1632 juques en 1670, que les PP Récollets y sont revenus, et la troisième depuis 1670 juques à cette présente année ». Cependant, l’auteur n’a terminé que la première partie et a tenu partiellement sa promesse. Dans les deux premiers chapitres, il nous donne une « idée générale de l’Amérique et la Nouvelle France » et, dans les 14 autres, il se contente de faire un « abrégé » des auteurs « qui se sont trouvés dans son cabinet » ; il n’avait pas oublié de mentionner, dans sa préface, que les Jésuites ont passé la mer « pour bander tout leur zelle a perdre une petite Communauté de Religieux de Saint François ».

Voilà l’œuvre que Xiste Le Tac aurait écrite un manuscrit de 47 pages qui dormait dans les archives depuis 200 ans, peut-être, lorsque Réveillaud le découvrit et le publia. Ce dernier en accorda la paternité à Le Tac sur une preuve des plus fragiles, pour ne pas dire sur une simple présomption. Nous doutons de l’identification faite par Réveillaud ; mais nous pouvons difficilement suggérer un autre auteur, car, si l’écriture du document de 1682, selon Réveillaud, ressemble à celle de l’Histoire chronologique, alors le père Dethunes pourrait aussi en être l’auteur ? Quoi qu’il en soit, cette Histoire chronologique est à notre avis — et nous reprenons le jugement de Biggar — « à part l’intéressante description de la Nouvelle-France en 1689, […]de peu ou de nulle valeur ».

Michel Paquin

Archives de la Seine-et-Oise (Versailles), H (clergé régulier), récollets, Chronologie de la Nouvelle France, 47pp. ; Eugène Réveillaud a publié ce manuscrit sous le titre d’Histoire chronologique de la Nouvelle France ou Canada depuis sa découverte (mil cinq cents quatre) juques en lan mil six cents trente deux par le Père Sixte Le Tac, Récollet (Paris, 1888).— Archives des Franciscains de Québec, Dossier Xiste Le Tac ; Dossier Exupère Dethunes.— Archives de la Seine-Maritime (Rouen), H (clergé régulier), récollet, ff.13s.— ASQ, mss 200.— Recensement du Canada, 1681 (Sulte).— Le Jeune, Dictionnaire.— H. P. Biggar, The early trading companies of New France (Toronto, 1901), 287–290.— Jouve, Les Franciscains et le Canada : aux Trois-Rivières, passim.— Hugolin [Stanislas] Lemay, Le père Joseph Denis, premier récollet canadien (1657–1736) (2 vol., Québec, 1926), I : 183 ; L’établissement des Récollets de la province de Saint-Denis à Plaisance en lîle de Terre-Neuve (1689) (Québec, 1911).— H.-A. Scott, Au berceau de notre histoire, MSRC, XVI (1922), sect. i : 51–54.— Sulte, Mélanges historiques (Malchelosse), I : 56.

Bibliographie générale

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Michel Paquin, « LE TAC, XISTE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_tac_xiste_2F.html.

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Auteur de l'article:   Michel Paquin
Titre de l'article:   LE TAC, XISTE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   29 juillet 2014