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KĀPEYAKWĀSKONAM (Kah-pah-yak-as-tocum, Une Flèche ; connu en anglais sous le nom de One Arrow), chef d’une bande de Cris des Saules, né vers 1815, probablement dans la vallée de la rivière Saskatchewan ou aux environs, décédé le 25 avril 1886 à Saint-Boniface, Manitoba.

Une Flèche était chef d’une bande de Cris des Saules qui, jusqu’au moment où le bison disparut des Prairies canadiennes dans les années 1870, avait coutume de chasser dans la région divisée en deux par la rivière Saskatchewan-Sud et s’étendant depuis l’établissement du lac aux Canards (Duck Lake), au nord, jusqu’aux lacs Little Manitou et Goose, au sud-est et au sud-ouest respectivement. Après avoir gagné les monts Cypress en 1879, dans une tentative ultime et désespérée pour trouver du bison, la grande majorité des membres de la bande s’installèrent en permanence dans leur réserve, quatre milles à l’est de la Saskatchewan-Sud, derrière l’établissement métis de Batoche (Saskatchewan). Lorsqu’on eut arpenté son territoire de 16 milles carrés en 1881, il semble que la bande s’en alla chasser du côté est, dans les forêts et les hautes prairies de la vallée de la rivière Carotte où elle pouvait trouver du petit gibier.

Au début, le groupe d’Une Flèche ne fit pas impression sur les fonctionnaires du département des Affaires indiennes par ses efforts pour subvenir à ses besoins grâce à l’agriculture ; cependant, le département ne prêta guère attention au fait que, en 1884, la bande n’avait encore reçu du gouvernement qu’une petite partie des instruments aratoires et une partie du bétail promis en 1876 aux termes du traité no 6. Les Indiens d’Une Flèche durent également attendre jusqu’en 1884 l’aide des instructeurs et conseillers agricoles qu’on avait octroyée à la plupart des autres bandes ; une fois le travail amorcé, le groupe fit de rapides progrès.

Le chef Une Flèche ne se fit remarquer qu’au moment où éclata la rébellion du Nord-Ouest en 1885. En 1876, il avait uni ses efforts à ceux des chefs Barbu [Kamīyistowesit] et Saswaypew (Cut Nose) pour entraver les négociations du traité no 6 au fort Carlton (Fort Carlton, Saskatchewan) ; mais, le 28 août, cinq jours après la conclusion du traité, lui et les deux autres chefs donnèrent leur adhésion officielle à l’entente. En 1880, ces trois chefs furent arrêtés sous l’accusation d’avoir incité leurs gens à abattre le bétail du gouvernement ; un jury refusa toutefois de les déclarer coupables, au grand dépit des fonctionnaires du département des Affaires indiennes. Quatre ans plus tard, en août 1884, Une Flèche prit part à un grand conseil de chefs auquel assistaient aussi Gros Ours [Mistahimaskwa] et Papaway (Lucky Man) afin de discuter des doléances des Indiens. Il se joignit, semble-t-il, à ceux qui soutenaient que les « belles promesses » faites au moment du traité « dans le but de leur enlever leur pays » n’avaient pas été tenues, et à ceux qui menaçaient de prendre des mesures, indéterminées mais non violentes, en vue de forcer le gouvernement à agir. Dans toute cette affaire, cependant, Une Flèche ne semble avoir joué qu’un rôle de second plan.

À bien des égards, la participation d’Une Flèche à la rébellion du Nord-Ouest reste confuse. Comme sa réserve était la plus rapprochée de l’établissement des Métis sur la Saskatchewan-Sud, ses Indiens se trouvaient évidemment les plus susceptibles de subir leur influence. Le 17 mars 1885, Gabriel Dumont*, un des leaders métis, rendit visite à la bande et invita Une Flèche à prendre part à une réunion deux jours plus tard. Le lendemain, John Bean Lash, agent des Affaires indiennes, se présenta et obtint du chef une extravagante déclaration de loyauté. En quittant la réserve, Lash fut fait prisonnier par Louis Riel et une troupe de quelque 40 Métis en armes qui se livraient ainsi à l’un des premiers actes manifestes de la rébellion. Le chef et sa bande ne participèrent probablement pas à la capture de Lash, mais le 19, dirigés par le Métis Michel Dumas, leur conseiller agricole, les hommes d’Une Flèche abattirent toutes leurs bêtes et se joignirent aux rebelles ; ce fut, semble-t-il, la première bande indienne à agir de la sorte. Par la suite, le prisonnier Lash et d’autres personnes aperçurent le chef et ses hommes en armes avec Riel et ses Métis, immédiatement après la bataille livrée à l’établissement du lac aux Canards le 26 mars, ainsi qu’à Batoche et aux environs jusqu’au 12 mai, date de la prise de cet établissement.

À la vérité, il semble qu’Une Flèche était trop vieux et trop faible pour prendre une part active aux hostilités. Dès 1882, il avait tenté de résigner ses fonctions de chef, en raison de son grand âge et de ses infirmités, mais un fonctionnaire du département des Affaires indiennes l’en avait dissuadé. Une Flèche fut néanmoins arrêté sous l’inculpation d’attentat à la sûreté de l’État et traduit en justice à Regina le 13 août 1885. Le vieillard ne comprit absolument rien au déroulement du procès. Son avocat confessa qu’il fut incapable de gagner la confiance de son client et que, de ce fait, il ne put offrir une plaidoirie cohérente. Le seul témoin de la défense qui devait attester la bonne conduite du chef ne se présenta pas, et on ne traduisit pas en langue crise, au profit du prisonnier qui ne parlait pas l’anglais, la plus grande partie de la preuve du demandeur. L’accusé prit la parole seulement après le prononcé de la sentence de culpabilité. Il nia avoir participé activement à la rébellion et il expliqua que Dumont l’avait forcé à quitter sa réserve et à se joindre aux rebelles à Batoche. Il déclara n’avoir tiré sur personne et n’avoir jamais eu l’intention de le faire. Ses explications ne servirent à rien et il fut condamné à passer trois ans au pénitencier de Stony Mountain, au Manitoba.

En prison, la santé d’Une Flèche déclina rapidement et, le 10 avril 1886, après n’avoir purgé qu’un peu plus de sept mois de sa peine, il fut élargi. Il était toutefois dans un si piètre état qu’il ne put se rendre chez lui, ni même marcher. Pendant son séjour en prison, le chef s’était converti au catholicisme, ce qui avait attiré l’attention de l’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Alexandre-Antonin Taché* ; lorsqu’il recouvra sa liberté, on le transporta à l’archevêché où, après être resté une quinzaine de jours entre la vie et la mort, il expira le 25 avril, jour de Pâques. Pendant son incarcération, le département des Affaires indiennes avait tenté vainement, en coupant les vivres aux membres de sa bande, de les obliger à laisser leur réserve et à déménager à l’établissement du lac aux Canards où l’agent des Affaires indiennes et d’autres fonctionnaires pouvaient les surveiller plus étroitement. L’un des derniers gestes d’Une Flèche fut d’adresser une plainte à Edgar Dewdney*, commissaire des Affaires indiennes, au sujet des mauvais traitements infligés aux membres de sa bande.

Une Flèche ne fut pas un chef extraordinaire. Il ne joua pas un rôle de leader au sein du mouvement qui visait à favoriser le règlement des réclamations et des doléances des Indiens du Nord-Ouest contre le gouvernement canadien, mais peu de gens mirent en doute son appui à ce mouvement. Même s’il fut l’un des trois seuls chefs emprisonnés pour avoir participé à la rébellion de 1885, on peut difficilement croire que les gestes obscurs et inefficaces qu’il posa de concert avec les Métis étaient assez graves pour justifier sa condamnation. À la vérité, durant toute cette affaire et au cours des événements qui suivirent, il avait l’air d’un vieillard de tragédie, détruit par des forces sur lesquelles il n’avait aucun pouvoir et qu’il ne pouvait comprendre.

Kenneth J. Tyler

APC, MG 26, A, 210 : 89 419–89 426 ; MG 27, I, C4 ; RG 10, B3, 3 584, file 1 130 ; 3 697, file 15 423 ; 3 719, file 22 685 ; 3 746, file 24 549 ; CII, Duck Lake Agency, 1591–1601 ; RG 13, B2, 816 : 2 444.— Canada, Ministère des Affaires indiennes et du développement du Nord, Central Registry files (Ottawa), Treaty annuity paysheets for treaties 4, 6–7, 1879–1890.— Glenbow-Alberta Institute, W. A. Fraser, « Plains Crees, Assiniboine and Saulteaux (Plains) bands, 1874–84 » (copie dactylographiée, 1963).— Canada, Parl., Sessional papers, 1880–1886 (rapports annuels du dép. des Affaires indiennes, 1880–1885) ; 1886, XIII, no 52 : 13–33.— Morris, Treaties of Canada with the Indians.Daily Manitoban (Winnipeg), 1886.— Le Manitoba (Saint-Boniface), 1886.— S. E. Bingaman, « The North-West rebellion trials, 1885 » (thèse de {{m.a}}., Univ. of Saskatchewan, Regina, 1971).

Bibliographie générale

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Kenneth J. Tyler, « KĀPEYAKWĀSKONAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kapeyakwaskonam_11F.html.

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Auteur de l'article:   Kenneth J. Tyler
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 août 2014