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Titre original :  Photograph G. Gervais, copied in 1868 Anonyme - Anonymous Copied in 1868, 19th century Silver salts on paper mounted on paper - Albumen process 8.5 x 5.6 cm Purchase from Associated Screen News Ltd. I-31621.0.1 © McCord Museum Keywords:  male (26812) , Photograph (77678) , portrait (53878)

Provenance : Lien

GERVAIS, GUALBERT, zouave pontifical et professeur, né le 23 septembre 1844 à Berthier-en-Haut (Berthierville, Québec), fils de Nicolas Gervais, cultivateur, et de Catherine Tellier, décédé le 12 avril 1888 à Montréal et inhumé, deux jours plus tard, dans le cimetière de la paroisse Sainte-Geneviève-de-Berthier, dans son village natal.

Après avoir terminé des études secondaires dans son village natal, Gualbert Gervais entre à l’école normale Jacques-Cartier de Montréal en septembre 1860. Il y demeure jusqu’en 1865 et obtient les trois diplômes décernés par cet établissement, soit l’élémentaire, le modèle et l’académique. Durant ce séjour, il entretient avec l’abbé Hospice-Anthelme-Jean-Baptiste Verreau*, principal de l’école, des relations empreintes de respect et de reconnaissance ; d’ailleurs, tout au long de sa carrière, Gervais bénéficiera de la protection de son ancien principal. À l’origine, Verreau voit en cet étudiant un candidat à la prêtrise. Après de multiples invitations, il lui demande, en 1866, de se prononcer : « Je vous ai souvent dit que je ne vous crois pas fait pour ce monde. Me trompais-je ? Écrivez-moi une fois [...] nettement sur cette affaire. Je vous laisserai tranquille ensuite. » Influencé sans doute par sa santé défaillante, Gervais profite de l’occasion pour abandonner définitivement l’idée d’entrer dans les ordres. Au mois d’août 1867, il accepte, à défaut de pouvoir se trouver un emploi dans l’enseignement, le poste de secrétaire du principal que lui offre Verreau ; en plus d’être nourri, logé et blanchi, il reçoit le maigre salaire de $4 par mois.

En décembre 1867, Gervais s’enrôle dans le bataillon des zouaves qui s’organise à Montréal afin de porter secours aux états pontificaux, menacés par le mouvement de l’unité italienne [V. Ignace Bourget]. À l’instar de la majorité de ses compatriotes zouaves, la difficulté pour Gervais de trouver un emploi ne constitue pas le principal mobile de son engagement dans l’armée pontificale. Il est surtout convaincu que l’avenir du catholicisme dépend du maintien, à Rome, du pouvoir temporel du pape. Cette cause est à ce point sacrée qu’il ne lui déplairait pas d’y laisser sa vie, comme il l’écrit, l’année suivante, à ses parents, puis au curé de Sainte-Geneviève-de-Berthier. Il aborde ainsi sa mission avec un esprit de piété et de dévouement. Promu caporal en novembre 1869, il est affecté à des tâches administratives qui lui procurent l’avantage de demeurer à Rome en permanence, alors que la majorité de ses compatriotes doivent se déplacer fréquemment d’une garnison à l’autre. Pour le reste, sa vie de zouave n’est pas très différente de celle des autres : après le travail, il se retire au local aménagé pour les Canadiens par l’aumônier Louis-Edmond Moreau, où il peut profiter d’une salle de jeu, d’une bibliothèque et d’un restaurant. Les nombreuses lettres adressées à ses parents et à son bienfaiteur Verreau, qui finance son séjour à Rome, témoignent d’une profonde admiration pour Pie IX qu’il vénère à l’égal d’un saint. Après la capitulation de Rome, en septembre 1870, il est déporté en Angleterre, puis rapatrié avec les autres volontaires canadiens qui, pas plus que lui, n’ont eu, sauf quelques rares exceptions, l’occasion de combattre pour la défense de l’intégrité du territoire pontifical. Non sans regret et ironie, il écrit avoir servi « en brave, dans un bureau ».

En septembre 1872, Gervais est engagé à l’école normale Jacques-Cartier comme professeur adjoint, au traitement de $400 par année, logé et nourri. Il cumule, à partir de 1875, le poste de secrétaire-trésorier et celui de professeur ; à ce dernier titre, il enseigne l’arithmétique ainsi que l’histoire du Canada et des États-Unis. Sa rémunération passe alors à $600, puis à $700 en 1883. Il conserve ce salaire jusqu’à sa mort en 1888, soit après plus de 15 années d’expérience dans le domaine de l’éducation. Cette rémunération équivaut à peu près au salaire d’un relieur ou d’un imprimeur montréalais possédant la même expérience, si l’on en juge par le salaire annuel moyen de ces corps de métiers qui se chiffre en 1891 à $558 et $546 respectivement. Mais Gervais ne semble pas s’en plaindre, car c’est un homme effacé, discret, voire résigné. À l’occasion de son décès, Gédéon Ouimet*, surintendant du département de l’Instruction publique, écrit : « Ce pauvre Gervais a eu le tort de se laisser mourir. Tout de même, il est bien débarrassé des peines de la vie. » Ce désintéressement à l’égard de l’existence matérielle et cette attitude de soumission devant la mort semblent inspirés par la foi religieuse qui l’animait, comme en témoigne son frère cadet Oscar : « Sa vie a été bien paisible en tous lieux ; sans bruit il l’a passée, [ayant] toujours à son esprit l’éternité. »

René Hardy

AP, Sainte-Geneviève-de-Berthier (Berthierville), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 23 sept. 1844.— Arch. de 1’univ. du Québec à Montréal, 2P, Brouillard, 1867, 1875–1888 ; Corr., Gualbert Gervais à ses parents, 27 déc. 1867 ; Napoléon Legendre à H.-A.-J.-B. Verreau, 17 sept. 1872 ; Verreau à Legendre, 19 juill. 1875 ; Gédéon Ouimet à Verreau, 13 avril 1888 ; Reg. des professeurs, 3 : 115.— ASQ, Fonds Viger-Verreau, Cartons 29, nos 223–225 ; 30, nos 173, 180–182, 219, 225, 249 ; 34, no 157.— Jean De Bonville, Jean-Baptiste Gagnepetit : les travailleurs montréalais à la fin du XIXe siècle (Montréal, 1975), 90.— [L.-J A. Desrosiers, Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires ; récit des fêtes jubilaires de l’école normale Jacques-Cartier, 1857–1907 (Montréal, 1909), 336, 377.— René Hardy, « Les zouaves pontificaux et la diffusion de l’ultramontanisme au Canada français, 1860–1870 » (thèse de ph.d., univ. Laval, 1978).

Bibliographie générale

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René Hardy, « GERVAIS, GUALBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gervais_gualbert_11F.html.

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Auteur de l'article:   René Hardy
Titre de l'article:   GERVAIS, GUALBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   21 août 2014