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GÉLINAS, ÉVARISTE, journaliste, fonctionnaire au gouvernement fédéral, né en 1840 à Saint-Barnabé, comté de Saint-Maurice, non loin d’Yamachiche, du second mariage de Joseph Gélinas avec Théotiste Hudon-Beaulieu, décédé à Ottawa le 7 janvier 1873.

La famille d’Évariste Gélinas descendait, selon Benjamin Sulte*, d’Étienne Gélineau (il signait Gellyneau ou Gélineau), né à Saintes, capitale de la Saintonge, et qui avait émigré avec son fils Jean au Canada en 1662. Ses petits-fils furent parmi les premiers à s’établir à Yamachiche. Leur descendance y est très nombreuse sous les noms de Gélinas, Gérin, Lacourse et Bellemare.

Dans sa treizième année, soit en octobre 1852, Évariste Gélinas entrait au collège de Nicolet pour y faire ses études classiques, qu’il terminait en 1860. Élève de philosophie, il avait été élu en 1859 président de l’académie du collège, l’année même où la maison s’était donné un supérieur prestigieux en la personne de l’abbé Louis-François Laflèche*, qui depuis son retour de l’Ouest canadien, en juillet 1856, exerçait sur les élèves une emprise incomparable, grâce à la parole animée du professeur disert et à l’ascendant du prêtre qui avait dévoué 12 ans de sa vie à l’évangélisation missionnaire.

Sur les traces de deux Yamachichois, au surplus ses parents, Antoine Gérin-Lajoie* et Raphaël Bellemare, il était entré peu après sa sortie du collège à la Minerve, dont il assuma la presque totalité de la rédaction de 1861 à 1865. À la tête du principal journal bas-canadien, organe du parti conservateur, Évariste Gélinas dut évoluer au milieu de circonstances difficiles, dont les moindres ne furent certes pas trois élections générales, trois changements de ministères, surtout l’alliance, stupéfiante aux yeux de ses adversaires, de George-Étienne Cartier, alors à l’apogée de sa puissance politique et qui avait l’appui du clergé, avec George Brown, en vue de préparer les voies à la Confédération. Les journaux libéraux tels le Défricheur de Jean-Baptiste-Éric Dorion*, le Pays de Charles Daoust*, qui avait succédé en décembre 1863 à Louis-Antoine Dessaulles* comme rédacteur en chef, l’Union nationale de Médéric Lanctot et l’Ordre dénoncèrent cette alliance et cherchèrent à capter la confiance du clergé : « Nous avons le droit, écrivait le journaliste de l’Ordre, le 4 juillet 1864, de faire au clergé du pays un orgueilleux appel à ses sympathies ! Ce serait mentir à notre conscience, ce serait un acte de la plus lâche hypocrisie que de vouloir nier l’influence énorme que le clergé a exercée depuis quelques années sur nos affaires politiques. Sans aucun doute, cette influence n’a pesé en faveur du parti conservateur que sous l’impression honnête et patriotique qu’on assurait par là le salut de la religion et par suite celui de la nationalité. Aujourd’hui tout se dévoile ! »

Évariste Gélinas répondit de sa meilleure encre à cette invite intéressée. Dans la Minerve du 9 juillet 1864, il donnait un exemple de sa manière et du niveau où se tenait la polémique de l’époque : « La presse rouge [...] se trouve prise tout à coup d’une belle passion pour ce qui faisait autrefois l’objet de ses sarcasmes. Elle devient nationale, patriotique, dévote même. La voilà maintenant la presse aux bons principes ! Quoi donc, elle va même jusqu’à courtiser le clergé, elle n’a plus peur ni de l’étole ni de l’eau bénite ! » S’en prenant du même coup à Dessaulles et aux autres journalistes libéraux qui, logiques avec eux-mêmes, étaient favorables à l’unification italienne et souhaitaient, par conséquent, la disparition du pouvoir temporel pontifical, que l’ensemble des catholiques considérait alors comme essentiel à l’indépendance spirituelle du pape, il ajoutait, véhément : « Vous, les soutiens du catholicisme, allons donc ! Mais êtes-vous catholiques seulement ? Depuis quand avez-vous cessé d’être libres-penseurs ? Et ce cher Garibaldi, vous le planteriez là, tout net ! Ingrats ! »

Ces quatre années de travail intense dans le journalisme avaient ébranlé la santé de Gélinas. En 1865, il partait pour un voyage de repos en Europe. À son retour au bout de quelques mois, il obtenait du parti conservateur, qu’il avait fidèlement servi, le poste de surnuméraire de première classe au département de la milice, à Ottawa. Durant les loisirs que lui laissait son emploi de fonctionnaire, Évariste Gélinas revint au journalisme, mais comme pigiste, dirions-nous aujourd’hui, en rédigeant pour la Minerve et l’Opinion publique de spirituelles chroniques, qu’il signa, soit des initiales C. T., soit « Un Solitaire » ou encore du pseudonyme Carle Tom. Ces causeries vivement enlevées le haussèrent d’emblée au rang d’un Hector Fabre*, qui, au décès de Gélinas à l’âge de 33 ans, rendait ainsi hommage au talent d’humoriste de son rival dans l’Événement du 10 janvier 1873 : « Le recueil de ses choniques formerait un piquant ouvrage auquel on pourrait donner le titre de Comédie humaine. »

Évariste Gélinas avait épousé à Québec, le 3 septembre 1862, la deuxième fille d’Étienne Parent, Mathilde-Sabine, qui lui donna quatre fils.

Philippe Sylvain

ANQ, Collection Chapais, Fonds Langevin, É. Gélinas à H.-L. Langevin, 8 nov. 1864.— St Joseph’s Church (Ottawa), registre des sépultures.— Le Canadien (Québec), 10 janv. 1873.— Le Constitutionnel (Trois-Rivières), 8 janv. 1873.— Le Courrier de l’Outaouais (Hull), 8 janv. 1873.— L’Événement (Québec), 10 janv. 1873.— Le Journal des Trois-Rivières, 9 janv. 1873.— L’Opinion publique (Montréal), 30 janv. 1873.— L’Union des Cantons de l’Est (Arthabaska), 9 janv. 1873.— Tanguay, Dictionnaire, IV.— F.-L. Desaulniers, Les vieilles familles d’Yamachiche (4 vol., Montréal, 1898–1908), 11 : 197, 237.— J.-A.-I. Douville, Histoire du collège-séminaire de Nicolet, 1803–1903, avec les listes complètes des directeurs, professeurs et élèves de l’institution (2 vol., Montréal, 1903), I : 323, 454 ; II : 180.— Benjamin Sulte, Nos écrivains d’il y a cinquante ans, Le Bien public (Trois-Rivières), 5 sept. 1918.

Bibliographie générale

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Philippe Sylvain, « GÉLINAS, ÉVARISTE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gelinas_evariste_10F.html.

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Auteur de l'article:   Philippe Sylvain
Titre de l'article:   GÉLINAS, ÉVARISTE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   28 juillet 2014