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FLANNERY, WILLIAM, prêtre, basilien, instituteur et journaliste, né à Nenagh (république d’Irlande), probablement le 12 janvier 1829, fils aîné de William Flannery et de Margaret Carroll ; décédé le 21 décembre 1901 à Borrisokane (république d’Irlande).

William Flannery quitta l’Irlande en 1845, au début de la grande famine, et termina ses études classiques à Annonay, en France, chez les pères basiliens. Il entra au noviciat le 28 novembre 1851 et enseigna l’anglais aux autres novices au collège Sainte-Barbe. Peu après qu’il ait été tonsuré, le père Pierre Tourvieille, supérieur général, l’affecta avec trois collègues dans les missions canadiennes, où se trouvait déjà le père Patrick Moloney. Flannery, Jean-Mathieu Soulerin*, Joseph-B. Malbos et Charles Vincent* quittèrent la France le 4 août 1852 et arrivèrent à Toronto via New York le 21 août. Mgr Armand-François-Marie de Charbonnel* les avait invités à venir desservir les Irlandais catholiques de plus en plus nombreux de la ville et des missions environnantes, et à ouvrir un petit séminaire. Même s’il n’était pas encore prêtre, Flannery était bien préparé pour le travail missionnaire dans le Haut-Canada. C’était un instituteur d’expérience et, comme il était Irlandais, il pourrait facilement nouer des relations avec bon nombre de catholiques de la région.

En septembre, les basiliens ouvrirent le St Mary’s Lesser Seminary. Le jour, Flannery enseignait le latin aux 6 plus jeunes des 21 élèves, et le soir, il étudiait la théologie. Le dimanche, il faisait des visites hors de la ville avec le père Soulerin. Sur les instances de Charbonnel, le séminaire fusionna avec le St Michael’s College, établissement tenu par les Frères des écoles chrétiennes au palais épiscopal. Dès que les basiliens eurent pris la direction du collège, le nombre d’élèves se multiplia. Les locaux du palais étant trop exigus, ils durent, quelques années plus tard, chercher un emplacement où ériger leur propre maison. En 1856, le nouvel établissement ouvrit ses portes à Clover Hill, domaine de John Elmsley* dans la banlieue nord de Toronto. Flannery, qui était l’un des fondateurs du collège, continua d’y enseigner le latin et fut par la suite promu à la distinction de professeur de belles-lettres. C’était un pédagogue né. Il connaissait à fond sa matière, et la tâche de former la première génération de catholiques torontois à faire des études supérieures lui convenait tout à fait.

Flannery fut ordonné prêtre le 22 mai 1853. Outre son poste d’enseignant, il reçut la charge d’une mission à prédominance irlandaise à Weston (Toronto). Il devait y superviser la construction d’une église (ouverte au culte le 17 septembre 1854) et y dire la messe au moins un dimanche sur deux. Homme affable et prédicateur convaincant, il veilla fidèlement aux besoins spirituels des catholiques de Weston durant cinq ans et célébra aussi des offices dans d’autres missions du vaste diocèse de Toronto, le plus souvent pour aider le collège. Quand il annonça son intention de rentrer en Irlande, en juillet 1857, les catholiques de Weston lui exprimèrent leur gratitude en lui remettant 190 $, ce qui représentait presque quatre fois sa rémunération annuelle.

En démissionnant de Weston, Flannery quitta officiellement la congrégation des basiliens. Deux raisons motivaient son départ. Premièrement, il était tout à fait opposé à la prononciation des vœux, que le chapitre général de 1852 avait rendue obligatoire. Selon lui, ce changement trahissait l’esprit des constitutions sous lesquelles il était entré au noviciat. Deuxièmement, en s’obstinant dans son refus de prononcer des vœux – au lieu des quatre promesses traditionnelles – il se trouvait dans une position malaisée par rapport à ses confrères qui choisissaient de se soumettre à la règle. Incertain de son statut dans la communauté, et trouvant de plus en plus difficile de vivre au collège, il choisit de partir en 1857.

Le père Flannery était déchiré. D’une part, il se sentait redevable aux basiliens d’avoir nourri sa vocation. D’ailleurs, il allait demeurer proche d’eux jusqu’à la fin de ses jours. D’autre part, selon le père John Francis Boland, « le travail paroissial était le domaine qui lui convenait le mieux ». Il ne put jamais concilier la liberté dont il jouissait à Weston avec le conformisme de la vie au collège. Soulerin estimait que, devant ce dilemme, il fut « trop enclin à fuir ».

Flannery ne devait retourner dans son Irlande natale que pour les vacances d’été, mais y resta finalement plus de trois ans. Comme il avait fait la sourde oreille à Soulerin qui le suppliait de ne pas quitter Toronto, il dut renoncer à la confiance et à la protection de Mgr Charbonnel. Il souhaitait sincèrement que le diocèse de Toronto l’adopte, mais l’évêque résista à toutes ses cajoleries. Blessé par ce rejet, il se tourna vers son cousin Michael Flannery, nouvel évêque de Killaloe, en Irlande, qui le nomma curé de Toomyvara. Il gagna tout de suite l’affection de ses paroissiens et de la presse, mais il gardait « toujours la nostalgie des grands espaces de l’Amérique ». Son souhait se réalisa en novembre 1860 quand Mgr Flannery l’envoya recueillir des fonds en Amérique du Nord pour la restauration du château de Nenagh, tour médiévale qu’il souhaitait intégrer à une nouvelle cathédrale. Le père Flannery se rendit à New York, à Montréal et à Toronto, et visita en chemin d’innombrables communautés irlandaises, ce qui lui permit d’amasser la somme impressionnante de 600 £. Une fois l’argent parvenu en Irlande, il s’installa de nouveau à Toronto. Le nouvel évêque, John Joseph Lynch*, Irlandais lui aussi, accepta de l’affecter à la mission de Streetsville (Mississauga). La nomination entra en vigueur dès octobre 1863. Flannery demeura à Streetsville jusqu’en 1867 et y connut une période heureuse. Grâce aux montants recueillis au cours d’une tournée de conférences aux États-Unis en 1866, il construisit un vaste presbytère dans la localité voisine, Dixie (Mississauga). Il était en train de dresser les plans de l’église St Patrick de Dixie lorsqu’une malheureuse querelle l’opposa à Lynch. Selon l’évêque, le vin de messe utilisé dans le diocèse était impropre à l’utilisation sacramentelle. Le fabricant, Justin DeCourtenay, qui était un paroissien de Flannery, protesta avec véhémence contre ce jugement. Flannery prit son parti et, d’après le père Denis O’Connor* en novembre 1867, « dit carrément sa façon de penser ». Son audace lui coûta l’appui d’un autre évêque, et il dut quitter Streetsville. Après un bref séjour dans la paroisse St Francis de Sales, à Pickering, il chercha de nouveau refuge en Irlande.

John Walsh*, évêque de Sandwich (Windsor, Ontario), intervint en sa faveur et l’invita à devenir son secrétaire particulier. Flannery allait exercer cette fonction jusqu’en 1869. Pendant son premier séjour à London (le siège épiscopal à compter de 1868), il sollicita toutes les paroisses et toutes les missions du diocèse pour éponger l’énorme dette laissée par le prédécesseur de Walsh, Mgr Pierre-Adolphe Pinsoneault*. En moins d’un an, la dette de 30 000 $ fut intégralement remboursée. Il est difficile d’estimer combien Flannery lui-même recueillit d’argent, mais ses sermons durent compter pour beaucoup dans l’extraordinaire rapidité du remboursement. Bilingue, il sut convaincre les catholiques anglophones et francophones de la région de se montrer généreux.

En septembre 1870, après avoir été un an administrateur intérimaire de la mission d’Amherstburg, Flannery fut muté à la paroisse Holy Angels à St Thomas. Enfin, il prenait racine. Les 28 années qu’il passa à cet endroit furent les plus stables et les plus productives de son existence. Il remplaça l’église à pans de bois, construite en 1830, par une construction de briques, plus grande, qui coûta 14 000 $. Située rue Talbot, dans le centre de la ville, la nouvelle église ouvrit ses portes le 10 novembre 1872. Une école catholique occupa l’ancien bâtiment pendant quelques années. Quand un autre bâtiment de briques fut terminé, en 1879, on réserva une section pour le couvent des Sisters of St Joseph [V. Catherine Ann Campbell*], qui se virent ensuite confier l’administration courante de l’école. Flannery recueillit 1 000 $ pour l’acompte de l’école en allant lui-même frapper à la porte de toutes les maisons de la paroisse, sans égard à la religion des occupants.

Flannery renforça la cohésion du catholicisme à St Thomas en veillant à la prospérité de sa paroisse et en consolidant sa position financière. Bien que les catholiques n’aient constitué qu’une fraction de la population locale, la loyauté qu’il leur inspirait était telle que le catholicisme devint une force avec laquelle il fallait compter. Les somptueuses célébrations qui marquèrent en 1878 le vingt-cinquième anniversaire de son ordination et en 1895 celui de sa cure témoignaient bien de l’affection de ses paroissiens. Ils étaient tellement contents de lui que dans les années 1880, ils acceptèrent de porter son salaire annuel à 1 000 $.

Pendant qu’il était curé à St Thomas, Flannery fit aussi du journalisme catholique. Durant de nombreuses années, il fut corédacteur du Catholic Record de London ; ses contemporains goûtaient fort la culture remarquable et l’esprit désarmant de ses éditoriaux et articles de fond. Il collabora en outre au Catholic Register de Toronto. Conformément à la coutume, il ne signait rien de ce qu’il écrivait dans ces deux journaux, si bien qu’il est quasi impossible d’identifier ses textes. Le seul qu’on puisse lui attribuer est un opuscule intitulé Defence of the Jesuits et paru à London vers 1889. Cette brochure reprenait des lettres sur la question des biens des jésuites qu’il avait publiées dans les journaux de St Thomas et de London, surtout en réponse au révérend Benjamin Fish Austin, directeur d’un collège méthodiste, l’Alma Ladies’ College, et auteur d’un virulent placard contre les jésuites. Bien qu’il ait eu beaucoup d’amis protestants et qu’il ait toujours pris garde de les offenser, Flannery avait estimé de son devoir d’intervenir dans ce cas. Par ses réponses directes à chacune des principales accusations d’Austin contre les jésuites, il réussit à démolir toute l’argumentation de son adversaire. Plus que jamais, après la parution de Defence of the Jesuits, il fut reconnu comme un auteur de premier ordre et un redoutable spécialiste en histoire ecclésiastique et en théologie. Apologiste inébranlable du catholicisme, il s’appuyait toujours sur les faits et sur la raison. Le Georgetown College de Washington, dans le district de Columbia, le récompensa de ses efforts en lui décernant en 1892 un doctorat honorifique en théologie.

En septembre 1898, Flannery fut promu doyen de Windsor et devint curé de l’église St Alphonsus, dans le centre de la ville. Hélas, une querelle avec un petit groupe de paroissiens, dont la famille Pacaud, qui publiait Le Progrès, assombrit son séjour à cet endroit. La dispute portait sur la façon dont il parlait français en chaire, et leurs plaintes lui empoisonnaient l’existence. À la fin, il dut même se défendre contre son propre vicaire, le père Joseph-Napoléon Ferland, qui avait écrit au délégué apostolique un long mémoire dans lequel il alléguait que le pasteur irlandais des catholiques francophones de St Alphonsus faisait fi de leurs droits historiques. Dans une réponse de 13 pages, Flannery corrigea patiemment les nombreuses erreurs de fait de son vicaire.

Fatigué, amer et sans doute usé par l’âge, Flannery ne souleva aucune objection lorsque, à la mi-janvier 1901, on le muta dans une paroisse rurale, St Columban. Il s’y trouvait depuis quelques mois à peine lorsqu’il eut une attaque de paralysie. Craignant que sa fin ne soit proche, il décida d’aller faire ses adieux à l’Irlande ; la dernière fois qu’il s’y était rendu, c’était en 1896, à titre de délégué à l’Irish Race Convention. Il se trouvait chez sa sœur à Borrisokane, à quelques milles de son lieu de naissance, lorsqu’une deuxième attaque l’emporta.

Le père William Flannery avait appuyé le Parti conservateur au Canada et avait été un partisan convaincu de l’autonomie irlandaise. Il avait quitté la communauté des prêtres de Saint-Basile, mais dès qu’il s’était trouvé dans un milieu propice, il était devenu un curé modèle, un journaliste catholique accompli et prolifique, et un personnage public respecté. Homme intelligent et instruit, il aurait pu avoir une plus grande renommée si, comme le nota Henry James Morgan* en 1898, il avait été « assez ambitieux pour convoiter les honneurs du monde des lettres ».

Michael Power

Une généalogie de la famille du sujet a été préparée pour l’auteur par Nancy Murphy du Nenagh District Heritage Centre (Nenagh, république d’Irlande) à partir de transcriptions indexées des registres des baptêmes et des mariages qui sont en la possession de la Nenagh District Heritage Society.  [m. p.]

Arch. basiliennes d’Annonay, France, M1/42 ; N5/54, 5J ; NS/378–379, 411–412.— Arch. of the Diocese of London, Ontario, M.F.F., 1.2.1. (J.-F. Ferland, mémoire à Mgr Falconio ; Flannery à Falconio, réponse à ce mémoire) ; J.W., R.O.D. (papiers John Walsh, registre des documents officiels), D-3.— Arch. of the Roman Catholic Archdiocese of Toronto, C (papiers Charbonnel), A-252 ; A-263 ; A-264, AB 14.75 ; A-265 ; « The history of Dixie Parish – covering Mississauga, 1856–1913 » ; L (papiers Lynch), AH11.08.— Georgetown Univ. Arch. (Washington), Commencement program, 21 juin 1892.— Superintendent Registrar’s Office, Nenagh, Death certificate, Borrisokane, n° 451.— Univ. of St Michael’s College Arch. (Toronto), R. J. Scollard, « Notes on the history of the Congregation of Priests of Saint Basil », I, VII–VIII, XIV, XXIII, XXVI, LV (transcriptions).— Catholic Record (London), 31 janv. 1879, 16 mai 1885, 28 déc. 1901.— Daily Times (St Thomas, Ontario), 24 févr. 1912 : 9.— Evening Record (Windsor, Ontario), 30 août 1892, 24 déc. 1900, 16 juin 1901.— London Free Press, 24 déc. 1901.— Nenagh News and Tipperary Vindicator, 4 janv. 1902.— Tipperary Advocate (Nenagh), 3 nov. 1860, 25 mai, 13 juill. 1861.— Toronto Mirror, 20 août 1852, 27 mai 1853, 25 août, 15 sept. 1854, 17 juill. 1857.— B. F. Austin, The Jesuits : their origins, history, aims, principles, immoral teaching, their expulsions from various lands and condemnation by Roman Catholic and Protestant authorities (St Thomas, 1889).— F. J. Boland, « An analysis of the problems and difficulties of the Basilian fathers in Toronto, 1850–1860 » (thèse de ph.d., Univ. d’Ottawa, 1955).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— The city and diocese of London, Ontario, Canada : an historical sketch [...], J. F. Coffey, compil. (London, 1885).— Brian De Breffney, Castles of Ireland (Londres, 1977).— D. F. Gleeson et H. G. Leaske, « The castle and manor of Nenagh », Royal Soc. of Antiquaries of Ire., Journal (Dublin), 66 (1936) 247–269.— James Hanrahan, The Basilian Fathers (1822–1972) : a documentary study of one hundred and fifty years of the history of the Congregation of Priests of St. Basil (Toronto, 1973).— History and album of the Irish Race Convention, which met in Dublin the first three days of September, 1896 [...] (Dublin, [1897]).— Charles Roume, A history of the Congregation of St. Basil to 1864, K. J. Kirley et W. J. Young, trad. (Toronto, 1975).— R. J. Scollard, Dictionary of Basilian biography : lives of the members of the Congregation of Priests of Saint Basil from its beginnings in 1822 to 1968 (Toronto, 1969), 56.— L. K. Shook, « St. Michael’s College : the formative years, 1850–1853 », SCHEC Report, 17 (1950) : 37–52.— Thomas West, History of the St. Thomas parish, 1830–1921 (s.l., 1921).

Bibliographie générale

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Michael Power, « FLANNERY, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/flannery_william_13F.html.

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Auteur de l'article:   Michael Power
Titre de l'article:   FLANNERY, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   29 juillet 2014