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DUFRESNE, JACQUES, imprimeur et promoteur de sociétés d’entraide, né le 26 avril 1844 à Québec, fils de Jacques Dufresne, menuisier, et d’Éléonore Perrault ; le 1er mai 1866, il épousa au même endroit Delphine Bédard, et ils eurent trois filles et un fils ; décédé le 16 juillet 1896 à Ottawa.

Jacques Dufresne avait, semble-t-il, appris le métier de typographe pendant sa jeunesse à Québec. Peu après son mariage en 1866, la récession qui frappait la province de Québec l’incita vraisemblablement à faire comme des milliers de ses compatriotes francophones : aller chercher du travail dans l’est de l’Ontario. Il arriva à Ottawa vers 1870 afin d’occuper un emploi d’imprimeur dans la fonction publique fédérale. Il devint prote du service d’imprimerie gouvernemental et, toute sa vie, fit partie de l’Ottawa Typographical Union No. 102, dont il fut deux fois président.

Peu après l’arrivée de Dufresne à Ottawa, lui et d’autres francophones catholiques commencèrent à se regrouper en sociétés d’entraide qui avaient pour double objectif d’offrir des services sociaux – notamment de l’assurance-vie et des services de placement – et de constituer des organisations nationales fortes qui permettraient aux Franco-Ontariens de résister à l’assimilation. De plus, à cette époque, l’Ontario était envahi par les confréries américaines, non catholiques ou non françaises qui venaient y fonder des sociétés locales par milliers. Inquiets, bien des Franco-Ontariens voyaient là une menace nationale précise, un phénomène qui risquait d’accélérer l’assimilation des Québécois immigrés, établis pour la plupart le long de la frontière entre l’Ontario et la province de Québec. Le groupe qu’on craignait le plus à Ottawa était irlandais, la Catholic Mutual Benefit Association. Dufresne fut donc de l’élite outaouaise qui se donna pour mission de contrer cette tendance en formant ses propres sociétés catholiques et françaises, qui s’occupèrent d’abord de recruter des membres, d’assister aux fêtes nationales et d’insuffler un sentiment patriotique à leurs membres.

Dufresne occupa des postes de direction dans deux sociétés locales d’entraide, l’Union Saint-Thomas et l’Union Saint-Pierre, et il fut président de la Société Saint-Vincent-de-Paul d’Ottawa, œuvre catholique vouée au secours des pauvres. C’est toutefois à l’Union Saint-Joseph d’Ottawa, fondée en 1863, qu’il accomplit son travail le plus important. Membre à compter de 1872, il fut président de 1881 à 1883 après avoir été deuxième vice-président en 1879 et vice-président en 1880 et en 1881. À titre de membre du conseil, il contribua à convertir en 1895 cette petite société locale d’entraide en une compagnie d’assurances mutuelle moderne où l’on appliquait de solides principes actuariels. En 1895 également, conscient que la communauté franco-ontarienne, de plus en plus nombreuse, devait former une association provinciale, Dufresne convainquit les membres de l’Union Saint-Thomas et de l’Union Saint-Pierre de la nécessité d’une fusion avec l’Union Saint-Joseph d’Ottawa, sous la devise : L’union fait la force. Élu au conseil d’administration cette année-là, il parcourut la vallée de l’Outaouais afin de persuader ses compatriotes franco-ontariens d’adhérer au nouvel organisme. Il ne vécut cependant pas assez longtemps pour voir le fruit de ses efforts, mais l’Union Saint-Joseph (qui devint plus tard l’Union du Canada) prendrait une telle expansion qu’en 1910 elle compterait 150 succursales partout dans la province. Fait des plus importants, ce sont les membres de sa direction qui formèrent le premier noyau de ce qui allait être l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario [V. Napoléon-Antoine Belcourt*], fondée à Ottawa en 1910.

Jacques Dufresne avait appris en 1895 qu’il souffrait d’insuffisance rénale. En 1896, il alla consulter un spécialiste à Montréal, mais son état de santé se détériora au milieu de l’année et il dut quitter son poste au département des Impressions et de la Papeterie publiques. Compte tenu de son long dévouement à la cause de l’entraide et de la survivance nationale des francophones catholiques, sa mort en juillet eut quelque chose de pathétique : il s’éteignit là même où l’Union Saint-Joseph se réunissait autrefois, au 392 de la rue Sussex, dans un immeuble dont il avait fait sa résidence et où il logeait des pensionnaires.

Gayle M. Comeau

L’information concernant la participation de Jacques Dufresne à l’Ottawa Typographical Union, obtenue du Typographical Journal (Indianapolis, Ind.), 1 (1889)4 (1892), a été fournie par Gregory S. Kealey de la Memorial Univ. of Nfld., St John’s.  [g. m. c.]

AN, RG 31, C1, 1891, Ottawa.— ANQ-Q, CE1-97, 26 avril 1844, 1er mai 1866 (mfm à la Bibliothèque de la ville de Montréal, Salle Gagnon).— CRCCF, C20.— L’Union Saint-Joseph (Ottawa), 15 juill., 15 août 1896 (copies au CRCCF).— Daily Free Press (Ottawa), 16 juill. 1896.— Ottawa Evening Journal, 16, 18 juill. 1896.— Le Temps (Ottawa), 16 juill. 1896.— G. M. Comeau, « The role of the Union St-Joseph du Canada in the organization of the Association Canadienne-Française d’éducation d’Ontario, 1900–1910 » (thèse de {{m.a}}., univ. de Montréal, 1982).— Charles Leclerc, l’Union St. Joseph du Canada ; son histoire, son œuvre, ses artisans [...] 1863–1913 (Ottawa, 1919), 62–63.— L. G. Robillard, les Sociétés de bienfaisance ([Montréal, 1897]).

Bibliographie générale

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Gayle M. Comeau, « DUFRESNE, JACQUES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dufresne_jacques_12F.html.

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Auteur de l'article:   Gayle M. Comeau
Titre de l'article:   DUFRESNE, JACQUES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 octobre 2014