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Titre original :  Musée Colby-Curtis Museum Blog: 19th Century Libraries in Stanstead Part 3 : Silas Dickerson’s Stanstead Circulating Library

Provenance : Lien

DICKERSON, SILAS HORTON, imprimeur, journaliste, éditeur, fonctionnaire et homme politique, né le 12 mai 1799 au New Jersey ; le 1er septembre 1822, il épousa à Montréal Mary Price, et ils eurent sept enfants ; décédé le 23 octobre 1857 à Stanstead-Plain, Bas-Canada.

Silas Horton Dickerson immigra assez jeune dans le Haut-Canada, puisqu’on le retrouve apprenti imprimeur à Kingston à l’âge de 14 ans. Il travailla ensuite à Montréal comme typographe chez Nahum Mower, propriétaire du Canadian Courant and Montreal Advertiser. Au printemps de 1823, il s’installa à Stanstead où il commença à publier un hebdomadaire, le British Colonist and St. Francis Gazette, premier journal à être imprimé dans les Cantons-de-l’Est.

L’entreprise de Dickerson connut des débuts difficiles. La région que son journal couvrait était large et mal pourvue en voies de communication, sa clientèle dispersée et pauvre. Le journaliste dut souvent accepter le paiement des abonnements en nature. Durant les premières années, le British Colonist, en plus de reproduire des nouvelles empruntées aux journaux américains, s’intéressa particulièrement aux questions religieuses. Dickerson accorda une large place aux articles traitant de religion et de morale, et aux lettres de missionnaires, surtout méthodistes. Bref, il se faisait l’écho dans les Cantons-de-l’Est de l’activité de son ancien patron, Nahum Mower, qui encourageait à Montréal la publication de périodiques protestants. À partir de 1826, Dickerson ouvrit régulièrement les pages de son hebdomadaire à des correspondants locaux qui, sous des pseudonymes divers, réclamaient pour les Cantons-de-l’Est l’amélioration du système routier et de l’infrastructure administrative.

Pour avoir inséré dans son journal des commentaires de lecteurs sur les procédés du juge John Fletcher*, magistrat du district de Saint-François, Dickerson fut cité par ce dernier à comparaître devant le tribunal le 25 mars 1826, arrêté, puis condamné à £5 d’amende. L’auteur d’un article incriminé, Francis Armstrong Evans, de Kingsey, dont Dickerson avait dû révéler le nom au juge, fut également arrêté, emprisonné durant trois mois, puis remis en liberté conditionnelle après avoir payé une caution de £200. Pour le journaliste du British Colonist, l’attitude du juge Fletcher mettait en cause la liberté de la presse dans la région. Aussi décida-t-il, sur les conseils de l’avocat sherbrookois Pierre-Joseph Cressé, de poursuivre le juge devant la Cour du banc du roi à Trois-Rivières pour procédés illégaux. Ce geste déclencha une guérilla juridique de plus de deux ans entre le juge Fletcher, le journaliste Dickerson, son avocat et ses correspondants incriminés. De septembre 1826 à juin 1828, Dickerson fut arrêté à quatre reprises, condamné trois fois pour outrage à magistrat et emprisonné pendant plusieurs semaines. Le montant des amendes et des cautionnements qu’il eut à payer durant cette période s’éleva à plus de £600. Enfin, en 1828, la cour de Trois-Rivières se déclara incompétente dans cette affaire.

Malgré ces revers juridiques et financiers, Dickerson n’en poursuivit pas moins la publication de son journal, dont l’engagement politique alla en se précisant. À la fin de 1828, il avait présenté une pétition contre le juge Fletcher à la chambre d’Assemblée à Québec, qui instaura un comité spécial pour enquêter sur cette affaire. En 1829, le comité conclut que le juge avait outrepassé ses droits et agi arbitrairement envers plusieurs personnes, et il demanda au gouverneur en chef sir James Kempt de le priver de sa charge. Ces recommandations comme celles de nouvelles commissions d’enquête de la chambre en 1831, 1832 et 1836, portant sur la conduite du juge et sur d’autres sujets, restèrent lettre morte. Dickerson ne fut ni réhabilité ni indemnisé, mais il avait gagné auprès des milieux progressistes de la province l’image d’un martyr de la liberté de la presse.

Croyant en tirer un capital politique, Dickerson se présenta comme candidat à l’élection de 1829 dans la circonscription nouvellement créée de Stanstead. Il n’obtint qu’un nombre dérisoire de voix, mais son journal devint de plus en plus favorable aux politiques de la majorité réformiste en chambre et s’afficha chaud partisan des Quatre-vingt-douze Résolutions en 1834. Le succès grandissant des idées du British Colonist parmi la population d’origine américaine des Cantons-de-l’Est, la tribune qu’y trouvait le député de Stanstead, Marcus Child, ouvertement passé du côté réformiste, tout cela inquiéta les milieux loyalistes dont les têtes de file étaient les notables de Sherbrooke, Edward Hale*, John Felton, Samuel Brooks et Hollis Smith*. Profitant du fait que Dickerson était criblé de dettes, des marchands sherbrookois firent vendre son matériel d’imprimerie en juin 1834. Ironie du sort : les presses, amenées à Sherbrooke, servirent à imprimer un journal tory, le Farmer’s Advocate and Townships Gazette.

Privé de son journal, Silas Horton Dickerson n’en continua pas moins à se battre pour ses idées. Président de l’association réformiste de la circonscription de Stanstead en 1834, il accueillit à ce titre Louis-Joseph Papineau* à Stanstead, venu célébrer la victoire des réformistes Child et John Grannis aux dernières élections. Lors de l’insurrection de 1837, il se réfugia aux États-Unis, et on perd sa trace pendant plusieurs années. Il revint cependant à Stanstead où il fut nommé en 1854 percepteur des douanes. En janvier 1857, il devint le premier maire de la municipalité du village de Stanstead-Plain. Il mourut à cet endroit quelques mois plus tard d’une congestion pulmonaire.

Jean-Pierre Kesteman

ANQ-E, CN1-23, 12 oct. 1833 ; CN1-24, 27 avril 1835 ; T12-501, 1826, n° 245 ; 1832, n° 109.— ANQ-M, CE1-63, 1er sept. 1822.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1828-1829, app. MM ; 1830 ; 1831, app. CC ; 1831-1832, app. W ; 1835-1836, app. EE.— British Colonist and St. Francis Gazette (Stanstead, Québec), 1823-1831.— Stanstead Journal (Rock-Island, Québec), 29 oct. 1857.— St. Francis Courier and Sherbrooke Gazette (Sherbrooke, Québec), 1834.— Vindicator and Canadian Advertiser (Montréal), 1829-1835.— Beaulieu et Hamelin, la Presse québécoise, 1 : 46-47, 64-65, 71-72, 144-145.— Morgan, Sketches of celebrated Canadians.— B. F. Hubbard, Forests and clearings ; the history of Stanstead County, province of Quebec, with sketches of more than five hundred families, John Lawrence, édit. (Montréal, 1874 ; réimpr., 1963).— Maurice O’Bready, De Ktiné à Sherbrooke ; esquisse historique de Sherbrooke : des origines à 1954 (Sherbrooke, 1973).— J.-P. Kesteman, « les Premiers Journaux du district de Saint-François (1823-1845) », RHAF, 31 (1977-1978) : 239-253.

Bibliographie générale

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Jean-Pierre Kesteman, « DICKERSON, SILAS HORTON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dickerson_silas_horton_8F.html.

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Auteur de l'article:   Jean-Pierre Kesteman
Titre de l'article:   DICKERSON, SILAS HORTON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   24 avril 2014