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DENIS (Denys) DE SAINT-SIMON, ANTOINE-CHARLES, officier dans les troupes de la Marine, né à Québec le 3 novembre 1734, fils de Charles-Paul Denys* de Saint-Simon et de Marie-Joseph Prat, décédé à Port-au-Prince, île de Saint-Domingue (île d’Haïti), le 8 juin 1785.

Antoine-Charles Denis de Saint-Simon entra dans les troupes de la Marine comme cadet en janvier 1746 et participa, dès le début de la guerre de Sept Ans, aux opérations militaires dans la région de l’Ohio. Il prit part à la bataille qui opposa, le 9 juillet 1755, Daniel-Hyacinthe-Marie Liénard* de Beaujeu à Edward Braddock non loin du fort Duquesne (Pittsburgh, Pennsylvanie) et, l’année suivante, le gouverneur Vaudreuil [Rigaud] écrivit à son sujet au ministre de la Marine : « Il s’est trouvé à toutes les découvertes et dans l’affaire du général Braddock. Il est encore à la Belle Rivière [Ohio] où il est constamment en party sur l’ennemi. » Saint-Simon fut nommé enseigne en second dans les troupes de la Marine le 1er mai 1757 et promu enseigne en pied le 1er janvier 1759. Il fit campagne cette année-là aux frontières de l’Acadie et, en juin 1760, gagna Montréal à travers bois, depuis la baie des Chaleurs, pour y porter les dépêches de la cour qui venaient d’arriver de Bordeaux. Cet exploit attira sur lui l’attention de Bougainville* qui demanda à Choiseul en 1763 que « ce jeune homme, courageux et robuste », soit affecté à son service pour l’expédition qu’il préparait aux îles Malouines (îles Falkland). Comme Saint-Simon avait en outre l’habitude de traiter avec les Indiens et de s’en faire respecter, Bougainville voulait le nommer à l’état-major de la nouvelle colonie. Saint-Simon était alors à Tours où il se morfondait en compagnie de tout un groupe d’officiers canadiens rapatriés en France après la Conquête. Il fit quelques difficultés pour accepter les offres de Bougainville car il désirait retourner au Canada pour y régler des affaires de famille, mais la promesse d’une commission de capitaine d’infanterie pour remplir les fonctions d’aide-major aux îles Malouines acheva de le décider.

L’expédition, à laquelle s’étaient joints une quarantaine de colons canadiens ou acadiens, quitta Saint-Malo le 6 septembre 1763. S’étant embarqué sur la corvette Sphinx, commandée par François Chenard de La Giraudais, Saint-Simon arriva aux îles Malouines le 3 février suivant et fut immédiatement envoyé en reconnaissance dans les parties nord et ouest de l’archipel. Il participa activement à la création des premiers établissements, mais retourna en France dès le mois d’avril avec Bougainville pour revenir dans la nouvelle colonie en janvier 1765 avec 40 hommes des troupes de la Marine anciennement stationnés au Canada, une commission de capitaine et un brevet d’aide-major.

En 1766, au cours d’une expédition dans le détroit de Magellan, Saint-Simon fut chargé de contracter alliance avec les Patagons. Il s’embarqua sur la flûte Étoile, commandée par La Giraudais et qui partit des Malouines le 24 avril avec l’Aigle. Les premiers contacts avec les Patagons eurent lieu le 5 mai. Saint-Simon leur remit les traditionnels présents, harpons, couvertures, bonnets de laine rouge, couteaux, étoffes, pipes et tabac ; l’alliance fut officiellement conclue le 1er juin lorsqu’il leur présenta le pavillon du roi. Bougainville retrouva d’ailleurs ce pavillon entre leurs mains 18 mois plus tard lorsqu’il franchit le détroit avec la Boudeuse et l’Étoile. Saint-Simon s’était révélé lors de ce voyage bon diplomate, sachant habilement éviter tout incident entre Français et Patagons, et bon observateur, si l’on en juge par la description qu’il a laissée de ces populations.

Lors de l’évacuation des îles Malouines après leur cession à l’Espagne, en avril 1767, Saint-Simon embarqua sur la frégate espagnole Liebre qui appareilla le 27 avril pour Montevideo en Uruguay. Il ne parvint au Ferrol (El Ferrol del Caudillo), en Espagne, que le 12 janvier 1768 et gagna Lorient, en France, en février. Une nouvelle demande de retour au Canada ne semble pas avoir eu de succès et il retourna à Tours qui continuait à jouer le rôle de centre d’accueil pour les anciens officiers du Canada. Saint-Simon fut nommé, le 16 avril 1769, capitaine à la légion de Saint-Domingue ; lors de la dissolution de ce corps, il passa, le 18 août 1772, au régiment du Port-au-Prince et termina sa carrière dans cette garnison. Il devint chevalier de Saint-Louis le 24 décembre 1773.

Denis de Saint-Simon fut toujours apprécié de ses supérieurs. Le gouverneur de Saint-Domingue, le marquis de Vallière, notait qu’il avait « servi dans tous les temps avec la distinction d’un excellent et brave officier ». Son dernier chef, le marquis de Laval, colonel du régiment du Port-au-Prince, écrivait : « on ne peut que donner des témoignages distingués au zèle et à la manière dont M. de Saint-Simon s’acquitte de ses devoirs et fait son service [...] Cet officier est d’autant plus susceptible des grâces du Roi qu’il a sacrifié sa fortune en Canada pour continuer ses services en France. »

Étienne Taillemite

AN, Col., C11A, 101, f.160v. ; D2C, 4, f.176 ; 59, f.44 ; 96, f.29 ; E, 363 bis (dossier Saint-Simon) ; F2A,14 ; Marine, C7, 296 (dossier Denis de Saint-Simon) ; Section Outre-mer, G1, Port-au-Prince (Haïti), 8 juin 1785.— ANQ-Q, État civil, Catholiques, Notre-Dame de Québec, 4 nov. 1734.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), I : 166 ; VII : 176 ; X :141 ; XI : 82.— [A.-J.-H. de Maurès de Malartic, comte de Malartic], Journal des campagnes au Canada de 1755 à 1760 [...], Gabriel de Maurès de Malartic et Paul Gaffarel, édit. (Dijon, France, 1890), 335.— [F.-] M. Bibaud, Le panthéon canadien ; choix de biographies, Adèle et Victoria Bibaud, édit. (2e éd., Montréal, 1891). Il est à noter que, dans sa notice, Bibaud* confond les carrières d’Antoine-Charles Denis de Saint-Simon, qui fait l’objet de la présente biographie, et de Claude-Anne de Saint-Simon (1743–1819), marquis, puis duc de Saint-Simon, maréchal de camp, qui participa à la guerre d’Indépendance américaine et qui émigra en Espagne lors de la Révolution française  [É. T.].— Tanguay, Dictionnaire.— J.-É. Martin-Allanic, Bougainville navigateur et les découvertes de son temps (2 vol., Paris, 1964), passim.— C.-F. Bouthillier, La bataille du 9 juillet 1755, BRH, XIV (1908) : 222s.

Bibliographie générale

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Étienne Taillemite, « DENIS DE SAINT-SIMON, ANTOINE-CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/denis_de_saint_simon_antoine_charles_4F.html.

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Auteur de l'article:   Étienne Taillemite
Titre de l'article:   DENIS DE SAINT-SIMON, ANTOINE-CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   23 octobre 2014