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COLVILL (Colville), ALEXANDER, 7e baron COLVILL, officier de marine, né le 28 février 1717 (ancien style) probablement à Dundee en Écosse, fils aîné de John Colvill, 6e baron Colvill, et d’Elizabeth Johnston ; il épousa le 1er octobre 1768 lady Elizabeth, fille d’Alexander Erskine, 5e comte de Kellie, et veuve de Walter Macfarlane ; décédé le 21 mai 1770 à Drumsheugh, près d’Édimbourg en Écosse.

Alexander Colvill connut un début de carrière inusité ; il entra dans la marine grâce à une lettre du roi et devint volontaire (à peu près l’équivalent du cadet de marine actuel) en 1732, au moment où ce système avait pratiquement disparu. La plupart des garçons s’embarquaient sur les navires grâce au « crédit » dont ils jouissaient auprès du capitaine mais, apparemment, la famille Colvill était peu fortunée et n’avait aucune relation dans la marine. À 15 ans, Colvill quitta Dundee pour se rendre à Bantry Bay (comté de Cork, république d’Irlande), où, en avril 1733, il s’embarqua sur le Lime, armé de 20 canons. Après deux années comme volontaire, il devint midshipman sur le même bateau. En 1737, il s’embarqua sur le Phœnix, navire de 20 canons, puis l’année suivante, sur le Rose, également armé de 20 canons. Le 25 janvier 1739/1740, il passa un examen pour devenir lieutenant et, après avoir été sans emploi pendant huit mois, probablement parce qu’il n’avait pas de « crédit », il fut effectivement promu le 31 août 1739. Bien qu’on eût commencé à préparer la guerre avec l’Espagne, il put difficilement trouver un navire ; toutefois, le 6 septembre 1739, il s’embarqua sur la galiote à bombes Alderney qui faisait voile vers les Antilles en tant qu’escorteur d’un navire dont Colvill connaissait le capitaine, pour avoir servi sous ses ordres. Colvill prit part aux sièges de Portobelo, à Panama, et de Carthagène, en Colombie. En 1740, pour la première fois depuis son départ de chez lui en 1732, il revit son père, dont le régiment se trouvait aux Antilles. Son père mourut en 1741, alors qu’ils y étaient encore tous les deux. Par suite de ce décès, évoqua plus tard Colvill, sa « santé fut pendant quelque temps visiblement affaiblie ». Le 17 avril, il s’était embarqué sur le Hampton Court, navire de 70 canons, à bord duquel il retourna en Angleterre en septembre ; il put promouvoir ses intérêts en accordant des faveurs au nom d’un parent du premier lord de l’Amirauté, lord Winchelsea [Daniel Finch].

Le 18 avril 1742, en tant que lieutenant en second du Russell, armé de 80 canons, il fit voile vers la Méditerranée. Le 9 novembre, il s’embarqua sur le Namur, armé de 90 canons, vaisseau de l’amiral Thomas Mathews. Il commanda successivement le brûlot Mercury, la galiote à bombes Terrible et, à partir du 25 juin 1743, le navire-hôpital Sutherland. Le 5 mars 1743/1744, il reçut le commandement de la galère Dursley, armée de 20 canons, puis, le 24 juillet 1744, celui du Leopard, également armé de 20 canons. C’est à ce dernier poste qu’il se distingua pendant les quatre années qui suivirent, en capturant et détruisant plusieurs navires, dont un certain nombre battant pavillon neutre. « Il se présente parfois des circonstances critiques, déclara-t-il plus tard en évoquant ces activités, où il peut devenir nécessaire d’exercer rigoureusement le pouvoir sans s’arrêter à la notion de justice ». Il repartit de la Méditerranée sur le Leopard en 1748 mais quitta le navire le 19 décembre. Sa part de prise s’élevait à environ £5 000. Sa mère étant décédée cette-année-là, il eut à entretenir deux sœurs et un frère cadet.

De 1749 à 1752, il commanda le Success, armé de 20 canons, stationné en Nouvelle-Angleterre, où, en dirigeant avec efficacité le convoi annuel qui trafiquait le sel des Antilles, il réussit à créer des relations exceptionnellement harmonieuses avec les marchands de Boston. À son retour en Angleterre, il obtint « par une sorte de mérite négatif » une promotion du Board of Admiralty, ses travaux de carénage ayant coûté deux fois moins cher que ceux effectués par les autres capitaines des stations d’Amérique. Le 10 janvier 1753, il devint capitaine du Northumberland, navire de 70 canons, à bord duquel il servit pendant neuf ans. Après avoir été affecté au transport à Minorque, le Northumberland revint stationner à Plymouth jusqu’en janvier 1755, date à laquelle la flotte commença ses préparatifs de guerre.

En mars 1755, Colvill s’embarqua sur le Northumberland avec l’amiral Boscawen, afin de prendre part aux tentatives visant à intercepter les renforts français vers l’Amérique, et il retourna avec l’escadre de Boscawen en novembre. L’année suivante, le Northumberland croisa dans les eaux territoriales anglaises ; en 1757, il fit partie de l’escadre du vice-amiral Francis Holburne* envoyée en Nouvelle-Écosse. Après que la tentative pour prendre Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), eut été abandonnée la même année, le Northumberland fut au nombre des navires qui se tinrent au large de Louisbourg, à l’affut de la flotte française qui avait envahi la rade ; il fut pris dans le désastreux ouragan de septembre 1757. Le navire partit pour Halifax, et lorsque Holburne retourna en Angleterre le 14 novembre, il donna ordre à Colvill de hisser une flamme de commodore et d’assumer les fonctions de commandant en chef en Amérique du Nord.

Holburne chargea Colvill d’aménager un quai de carénage à Halifax et de préparer l’escadre à prendre la mer dès que possible pour l’expédition de Louisbourg en 1758. L’aménagement du quai fut rendu impossible à cause des rigueurs de l’hiver ; cependant, lorsque sir Charles Hardy arriva de New York pour prendre le commandement le 22 mars, il trouva huit vaisseaux de ligne prêts à prendre la mer, tandis qu’un autre vaisseau de ligne et un sloop avaient commencé à croiser. Colvill restait commodore. Partie le 5 avril, l’escadre assiégea Louisbourg jusqu’au 14 juin, contribuant largement au succès de l’expédition. À sa grande indignation, Colvill dut rentrer son pavillon en juin avec l’arrivée de plusieurs capitaines plus anciens. Il retourna en Angleterre après la campagne, alors que le tiers de son équipage avait été emporté par le scorbut.

Le navire repartit pour l’Amérique en 1759, arrivant à Louisbourg le 14 mai, au rendez-vous de l’expédition contre Québec. Il ne put jouer un grand rôle dans la campagne, puisqu’il fut ancré avec les autres grands navires du contre-amiral Philip Durell, à l’est de l’île d’Orléans du 27 juin au 22 septembre. Après la reddition de Québec, le vice-amiral Charles Saunders*, qui commandait les forces navales britanniques durant l’opération, ordonna à Colvill de reprendre le poste de commandant en chef en Amérique du Nord pour l’hiver. Sa tâche consistait à préparer l’escadre à Halifax pour retourner sur le Saint-Laurent aussitôt que possible au printemps.

En 1760, une escadre venue directement d’Angleterre sous le commandement du capitaine Robert Swanton gagna Québec le 12 mai et mit fin au siège qui avait été entrepris par Lévis*. Néanmoins, on estime généralement que les dispositions prises par Colvill pour que son escadre, y compris cinq vaisseaux de ligne, soit postée sur le Saint-Laurent dès le 16 mai furent l’un des facteurs décisifs dans la conquête du Canada. Ce n’est qu’à partir de ce moment que James Murray*, commandant à Québec, put maîtriser parfaitement le fleuve. Les glaces rendaient l’exploit de Colvill encore plus méritoire.

Pendant les mois qui suivirent, en tant que doyen des officiers de marine en Amérique du Nord, il arma en guerre des sloops et des schooners qu’il envoya à la recherche de petits corsaires français dans le bas Saint-Laurent. Une escadre indépendante, partie de Louisbourg sous les ordres du capitaine John Byron*, détruisit les navires de guerre et autres vaisseaux français qui s’étaient réfugiés sur la rivière Ristigouche. Pour venir à bout de la situation qui prévalait en amont de Québec, Colvill envoya le capitaine Joseph Deane à bord du Porcupine, accompagné d’une flotte qui aiderait l’armée à maintenir son avance sur Montréal. Après la capitulation du 8 septembre 1760, Colvill organisa le transport à La Rochelle en France de plus de 4 000 prisonniers français ; il envoya les autres en Angleterre sur des navires de l’escadre de Swanton. Il réglementa le pilotage, désigna un charpentier de navire à l’entretien des vaisseaux nécessaires à l’armée et fournit à la garnison de Québec, pour la soutenir durant l’hiver, du bois de l’île d’Orléans et du charbon de Louisbourg. Il s’embarqua pour Halifax le 10 octobre 1760, laissant à Swanton le soin de surveiller le transport des prisonniers, et arriva à destination le 24 octobre. Au moment où l’ordre de l’amirauté enjoignant à Swanton de remplacer Colvill parvenait à Halifax, Swanton était déjà sur le chemin du retour.

Affligé de « maux de gorge, d’enflures aux jambes, d’innombrables souffrances des pieds à la tête, de sciatique, de scorbut et de rhumatisme », Colvill se voua principalement, pendant les deux années qui suivirent, à améliorer le chantier maritime à Halifax. Lorsque éclata la guerre contre l’Espagne en 1762, il affecta les forces disponibles à l’expédition de La Havane. Le 3 juillet 1762, il apprit la nouvelle de la prise de St John’s, Terre-Neuve, par Charles-Louis d’Arsac* de Ternay, qui disposait de deux vaisseaux de ligne, d’une frégate, de deux navires armés en flûte et de 570 hommes. Colvill commença à retenir des navires à leur arrivée à Halifax, de sorte que le 10 août il put partir avec le Northumberland, le Gosport, armé de 40 canons et commandé par le capitaine John Jervis, ainsi que le King George, navire de 20 canons de la province du Massachusetts, et rejoindre à Placentia l’Antelope, armé de 50 canons et commandé par le capitaine Thomas Graves, de même que le Syren, navire de 24 canons sous le commandement du capitaine Charles Douglas*. Il avait tenté en vain de persuader les autorités de la Nouvelle-Écosse de lui fournir des troupes pour aller libérer St John’s, mais, le 11 septembre, le colonel William Amherst arriva de New York avec 1 300 hommes ; la troupe débarqua à Torbay le 13 septembre. Les Français filèrent en douce deux jours plus tard, déjouant facilement l’escadre anglaise à la faveur de la nuit et du brouillard. Bien que cette dérobade eût pu être défavorable à Colvill et aux prestigieux capitaines qui se trouvaient sous ses ordres, l’affaire n’eut pas de répercussions. II avait déjà été rappelé en Angleterre, où, à son arrivée le 26 octobre, il apprit qu’il avait été promu contre-amiral de l’escadre blanche cinq jours auparavant. L’expédition de Terre-Neuve eut au moins un effet important : James Cook*, alors navigateur à bord du Northumberland, et Joseph Frederick Wallet DesBarres* avaient commencé les relevés hydrographiques de la côte de Terre-Neuve sur les ordres de Colvill.

L’amirauté avait l’intention de confier à Colvill un poste de commandant sur la Méditerranée, mais la signature des préliminaires de la paix eut pour effet d’abroger cette commission. Le 27 janvier 1763, il remplaça Durell comme amiral du port à Plymouth. En juin, avec beaucoup d’hésitation, il accepta le nouveau poste de commandant en charge des opérations navales en Amérique du Nord. Parti le 31 août, il arriva à Halifax le 13 octobre. C’est dans cette ville qu’il établit un « quartier général permanent, ou lieu de rendez-vous général », en raison de l’excellent port et de la proximité des nouvelles acquisitions du Cap-Breton et de Québec, mais surtout parce que c’était « dans toute l’Amérique l’endroit qui se prêtait le mieux à la réparation des bateaux du roi » et qu’il offrait moins de possibilités de désertion que les ports situés plus au sud. Ses navires étaient stationnés depuis Québec jusqu’à la Floride, en vue de juguler le mépris notoire des lois du commerce et de la navigation en Amérique. Ses tentatives de faire respecter la loi rencontrèrent des difficultés de toute sorte, et il fut déçu dans ses espoirs avoués de tirer des bénéfices de sa situation. Se basant sur une proclamation royale du 1er juin 1763, il espérait toucher le sixième du montant total de la vente des navires condamnés pour contrebande, ce qui aurait constitué un profit sans précédent. Mais les échappatoires à la loi, les ingérences de certains dirigeants de la colonie et l’impossibilité de maintenir un équipage adéquat sur les vaisseaux en Amérique du Nord contribuèrent à priver Colvill d’« un avantage dont [il] était pleinement assuré au moment d’entreprendre le voyage ». Il réussit, malgré cette déception, à réduire la contrebande ; il contribua au succès des études hydrographiques de la Nouvelle-Écosse et du golfe Saint-Laurent, tout en fixant Halifax comme base navale en temps de paix. En août 1766, Philip Durell vint prendre le commandement des forces navales en Amérique, mais il mourut peu après son arrivée. Colvill confia alors le poste de commandant par intérim des forces navales en Amérique au capitaine Joseph Deane avant de partir pour l’Angleterre. Il passa les quatre dernières années de sa vie dégagé de toute fonction.

Colvill n’eut aucun enfant de son bref mariage contracté en 1768 mais auparavant, entre 1750 et 1766, sa « famille » navale, constituée normalement de son secrétaire et de ses domestiques, s’était accrue à trois reprises par la venue des mères de ses enfants naturels. La première de ces femmes, identifiée par les seules initiales D.T., était originaire de la Nouvelle-Angleterre. Elle mourut en 1752 ; son fils Charles, né près de Boston en 1751, devint lieutenant de marine. La deuxième, B.S., venait d’Exeter, Angleterre. Elle vint vivre avec Colvill à Plymouth en 1753 et mourut en Angleterre peu de temps avant qu’il revienne de Halifax en 1762 ; son fils, James Alexander, né en 1760, vivait à Exeter en 1770. Finalement, en 1765, Elizabeth Greene de Halifax donna à Colvill une fille, nommée Sophia. Il confia au révérend John Breynton*, recteur de l’église St Paul’s de Halifax, les fonds qu’il avait mis de côté pour cette famille de la Nouvelle-Écosse. L’amiral légua sa fortune, entièrement acquise pendant qu’il était « au service de [son] roi et de [son] pays durant les deux dernières guerres », à ses enfants, qui « vinrent au monde stigmatisés du nom de bâtard à cause de [son] inconduite », à leurs tuteurs, à sa femme ainsi qu’aux enfants de ses deux sœurs. Son frère cadet, qui servit également dans la marine, avait péri en mer en 1761. Un portrait en buste de Colvill demeure en la possession de John Colville, l’actuel lord Colville, dans le Fifeshire.

W. A. B. Douglas

APC, MG 18, L1, Colvill’s memoirs, 1732–1764 (photostat).— PRO, Adm. 1/480–182 : Prob. 11/960, f.354.— Correspondence of William Pitt (Kimball).— Despatches of Rear-Admiral Philip Durell, 1758–1759, and Rear-Admiral Lord Colville, 1759–1761, C. H. Little, édit. (« Maritime Museum of Canada, Occasional papers », 4, Halifax, 1958).— Despatches of Rear-Admiral Sir Charles Hardy, 1757–1758, and Vice-Admiral Francis Holburne, 1757, C. H. Little, édit. (« Maritime Museum of Canada, Occasional papers », 2, Halifax, 1958).— Despatches of Vice-Admiral Charles Saunders, 1759–1760 : the naval side of the capture of Quebec, C. H. Little, édit. (« Maritime Museum of Canada, Occasional papers », 3, Halifax, 1958).— The recapture of Saint Johns, Newfoundland : dispatches of Rear-Admiral, Lord Colville, 17611762, C. H. Little, édit. (« Maritime Museum of Canada, Occasional papers », 6, Halifax, 1959).— D. M. Clark, The impressment of seamen in the American colonies, Essays in colonial history presented to Charles McLean Andrews by his students (New Haven, Conn., 1931), 198–224.— J. S. Corbett, England in the Seven YearsWar ; a study in combined strategy (2e éd., 2 vol., Londres, 1918).—Carl Ubbelohde, The vice-admiralty courts and the American revolution (Chapel Hill, C.N., 1960).— N. R. Stout, The Royal Navy in American waters, 1760–1775 (thèse de {{ph.d.,}} University of Wisconsin, Madison, Wisc., 1962).

Bibliographie générale

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W. A. B. Douglas, « COLVILL, ALEXANDER, 7e baron COLVILL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/colvill_alexander_3F.html.

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Auteur de l'article:   W. A. B. Douglas
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   1 août 2014