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CHEROUOUNY (nommé à diverses époques « Le Meurtrier », « Le Réconcilié »), chef montagnais, un des Indiens mêlés au meurtre de deux Français près du cap Tourmente en 1616, tué, en mission de paix chez les Agniers, en 1627.

Bien que le doute subsiste à ce sujet, il semble que Cherououny ait été l’instigateur des meurtres de 1616. Il fréquentait le poste français de Québec et, cet été-là, il y avait été insulté et battu par le serrurier. Peu après, alors que ce dernier et le matelot Charles Pillet se trouvaient à la chasse près du cap Tourmente, Cherououny et un compagnon les suivirent, les tuèrent et lancèrent les corps dans le Saint-Laurent. On découvrit ces corps en 1618 et les Français entendirent parler du crime par un indigène hostile aux meurtriers. Craignant les représailles des Français, les Indiens de la région se retirèrent à Trois-Rivières, où Sagard prétend qu’ils se préparèrent à attaquer les Français. En même temps, ils envoyaient Erouachy, autre chef montagnais, pour négocier avec les Français et leur offrir les cadeaux qu’ils avaient l’habitude de faire pour régler les meurtres. Par la suite, on persuada un des meurtriers (Le Clercq exprime l’avis qu’il s’agissait du complice de Cherououny) de se rendre à Québec avec certains des principaux chefs pour entrer en pourparlers avec les Français. Ceux-ci, craignant les Indiens et ne voulant pas nuire à la traite, décidèrent de ne pas insister pour que les meurtriers fussent mis à mort, tout en différant la décision jusqu’au retour des navires de France. Champlain, à son arrivée, convint qu’il valait mieux éviter tout acte trop énergique. Par la suite, cependant, il ne permit pas à Cherououny de revenir à Québec et il s’appliqua à l’humilier publiquement partout où ils se rencontraient.

Après quoi, les gens de Cherououny, dont les sentiments à l’égard des Français n’étaient pas fixés, le tinrent pour un homme important. Au début de juillet 1623, Erouachy révéla un plan que Cherououny avait préparé pour attaquer les Français simultanément à Tadoussac et à Québec. Il a pu y être incité par les trafiquants basques indépendants qu’on a accusés de soulever les Indiens, le long du bas Saint-Laurent contre les Français de Québec. Après que les mesures défensives des Français eurent détruit tout espoir de succès, Cherououny nia toute connaissance du complot. Avec l’espoir d’éviter d’autres ennuis, Émery de Caën et d’autres persuadèrent Chain plain de lui accorder un pardon royal, ce qui fut fait en grande pompe le 31 juillet 1623. Champlain eut par la suite le sentiment que les Indiens avaient vu dans ce pardon un signe de faiblesse.

En 1627, Cherououny se trouvait parmi les chefs qui reçurent des présents des Hollandais et de leurs alliés indigènes, qui leur demandaient le rompre la paix de 1624 et d’attaquer les Agniers. Tout en appuyant fortement ce plan au début, Cherououny changea d’idée quand il apprit que Champlain le désapprouvait, et il dénonça le projet en public à Trois-Rivières. Malgré les avertissements de Cherououny et des Français, quelques jeunes guerriers partirent pour le pays des Iroquois et revinrent avec deux prisonniers capturés sous les dehors de l’amitié. Cherououny leur conserva la vie jusqu’à l’arrivée de Champlain à la mi-juillet. Champlain persuada les indigènes de rendre un des captifs et de traiter avec les Iroquois.

Le 24 juillet 1627, Cherououny partit pour la contrée des Agniers, accompagné de deux indigènes et du Français Pierre Magnan. En août, les Français apprirent que les Iroquois avaient tué Cherououny et ses hommes. Il existe deux versions de cet incident. Un Algonquin, qui s’était échappé du village où il se trouvait, raconta que les Agniers avaient bien reçu les voyageurs, mais que quelques Onontagués, venus au village, avaient tué les Montagnais, qu’ils tenaient pour des alliés des Algonquins avec qui ils s’étaient battus. (On a aussi prétendu que les meurtriers étaient des Tsonnontouans, V. Hand-book of American Indians north of Mexico, éd. F. W. Hodge (2 vol., Washington, 1910), II : 507, 1 112.) Par la suite, Erouachy raconta qu’un Iroquois, détenu par les Loups (Mohicans), avait affirmé qu’un Algonquin de l’île aux Allumettes, qui avait des parents parmi les Iroquois et qui détestait Cherououny, avait prévenu les Iroquois que la mission de paix n’était qu’un prétexte pour espionner dans leur pays. Les Iroquois tirent semblant d’accueillir favorablement l’ambassade, mais ils saisirent Cherououny et Magnan qu’ils firent mourir dans des tortures cruelles. Ils tuèrent le troisième homme alors qu’il tentait de fuir et ils adoptèrent le quatrième, qui était de race iroquoise et qui avait été fait prisonnier dans son enfance.

En dépit de ses tergiversations, Cherououny se révéla une forte personnalité douée de notables facultés de chef. L’injure qu’il avait subie, sa vengeance, puis sa réconciliation avec les Français de Québec forment le thème dominant de sa vie telle que nous la connaissons. Malgré l’aide qu’il accorda aux Français après 1623, on peut douter que lui-même et Champlain aient vraiment éprouvé de l’amitié l’un pour l’autre.

Bruce G. Trigger

Champlain, Œuvres (Biggar).— Sagard, Histoire du Canada (Tross).— Desrosiers, Iroquoisie, 96102.

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Bruce G. Trigger, « CHEROUOUNY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cherououny_1F.html.

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Auteur de l'article:   Bruce G. Trigger
Titre de l'article:   CHEROUOUNY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   20 octobre 2014