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CADRON, MARIE-ROSALIE, dite de la Nativité (Jetté), fondatrice de l’Institut des Sœurs de Miséricorde, née à Lavaltrie, Bas-Canada, le 27 janvier 1794, fille d’Antoine Cadron, dit Saint-Pierre, cultivateur, et de Rosalie Roy, dit Desjardins, décédée à Montréal le 5 avril 1864.

Pendant ses 50 premières années, Rosalie Cadron a une vie à peu près conforme à celle des femmes de son temps. Le 7 octobre 1811, à l’âge de 17 ans, elle épouse Jean-Marie Jetté et de ce mariage naissent 11 enfants ; elle devient veuve le 14 juin 1832. Mais, en 1845, après 13 ans de veuvage, dégagée de ses responsabilités familiales, elle donne à sa vie une orientation qui marquera l’histoire sociale et religieuse de Montréal.

Depuis cinq ans, la veuve Jetté s’occupe de quelques filles-mères dans l’ombre de son foyer, avec une largeur de vue peu commune pour l’époque et un réel sens des valeurs humaines. De son côté, Mgr Ignace Bourget* est persuadé qu’il faut, dans un Montréal en pleine urbanisation, venir en aide aux filles-mères que rejettent les familles et pour lesquelles la société a du mépris. L’évêque estime aussi que, pour répondre aux besoins nouveaux de la société, l’Église doit créer des communautés nouvelles, sans traditions ni attaches antérieures gênantes. La veuve Jetté lui semble donc destinée à poursuivre et à stabiliser son action charitable envers les filles-mères, en fondant une communauté vouée « aux œuvres de miséricorde temporelles et spirituelles ».

Malgré l’opposition de ses enfants, qui anticipent la désapprobation de la société montréalaise, Rosalie Jetté s’installe le 1er mai 1845, avec une pénitente, au faubourg Saint-Laurent, rue Saint-Simon, dans une petite maison donnée pour l’œuvre nouvelle par Antoine-Olivier Berthelet*, riche citoyen de Montréal et bienfaiteur régulier des œuvres de Mgr Bourget. La communauté naissante franchit l’étape décisive de sa fondation le 16 janvier 1848, par la profession religieuse de la fondatrice et de ses collaboratrices. Devenue sœur de la Nativité, la veuve Jetté refuse tout poste d’autorité dans sa communauté, se jugeant incapable de bien gouverner l’œuvre pendant la période de développement qui s’annonce. Dans l’ombre, elle participe cependant à tout le ministère de l’institut : accueil des pénitentes, soin des enfants nouveau-nés à « la maternité », soin des malades à domicile jusqu’en 1862, visite des prisons, etc.

Après avoir vécu à l’asile de la rue Saint-Simon et aux maisons plus spacieuses mais encore bien pauvres des rues Wolfe et Sainte-Catherine, elle assiste avec satisfaction, en 1851, à l’aménagement permanent et définitif de la communauté dans la maison mère de la rue Campeau. Surtout, elle voit avec bonheur, au cours des années qui suivent, le public revenir de son aversion pharisaïque pour les filles-mères et reconnaître de plus en plus l’utilité de sa communauté. Enfin, en 1859, elle accueille, comme le complément inespéré de son œuvre, la fondation de l’ordre secondaire des Madeleines, dont les sœurs, recrutées parmi les pénitentes, sont admises aux vœux de religion et vivent au sein de la communauté, avec des règles particulières qui les vouent à la contemplation.

Quand, après cinq ans de maladie et d’isolement, sœur de la Nativité s’éteint en 1864, la communauté dont elle a façonné l’âme, a fait ses preuves. Elle se compose alors de 33 religieuses professes, de 11 novices et postulantes, de 25 Madeleines et autres femmes attachées à l’institut. Selon sa fin, la communauté a donné refuge à 2 300 filles-mères, en plus de soulager, à l’occasion, les autres misères qui se présentaient.

La charité de la veuve Jetté avait donc triomphé des préjugés de son temps. Elle avait réussi à résoudre en grande partie un délicat problème social, et l’hôpital de la Miséricorde, qui a joué un rôle essentiel dans l’histoire de Montréal, en témoignera jusqu’en 1973.

Andrée Désilets

Archives de l’Institut des Sœurs de Miséricorde (Cartierville, Québec), Mémoire sur l’origine et les progrès de l’établissement de Sainte-Pélagie à Montréal jusqu’en 1867.— Mélanges religieux, 18481852.— É.-J. [-A.] Auclair, Histoire des Sœurs de Miséricorde de Montréal ; les premiers soixante-quinze ans de 1848 à 1923 (Montréal, 1928).— P.-H. Barabé, Mère de la Nativité, sa miséricorde, Autour de Mgr Bourget : centenaires (Ottawa et Hull, Québec, 1942), 73–89.— P.-A. Fournet, Marie de la Nativité et les origines des Sœurs de Miséricorde, 1848–1898 (Montréal, 1898).— Pia Roseau [Rita Piuze-Balthazar], Grand-mère Rosalie ; vie de Mère de la Nativité, fondatrice des Sœurs de Miséricorde (Montréal, 1964).— La chapelle de l’Institut de la Miséricorde, La Semaine religieuse de Montréal, XIII (1889) : 209s.— Couvent de la Miséricorde ; vêture et profession religieuse, La Semaine religieuse de Montréal, LXXXVIII (1929) : 510s.— La crèche ; chez les Sœurs de Miséricorde, La Semaine religieuse de Montréal, XLVIII (1906) : 357360.— Nouvelle mission des Sœurs de Miséricorde à Green Bay, état du Wisconsin, La Semaine religieuse de Montréal, XXXVI (1900) : 243–245.— L’œuvre de la crèche des Sœurs de Miséricorde, La Semaine religieuse de Montréal, XLII (1903) : 335s.— Profession religieuse chez les Sœurs de Miséricorde, La Semaine religieuse de Montréal, XLI (1903) : 207s.— Les Sœurs de la Miséricorde, La Semaine religieuse de Montréal, II (1883) : 4345.— Les Sœurs de Miséricorde à Montréal-Ottawa-New-York-Winnipeg-Edmonton-Green Bay, La Semaine religieuse de Montréal, XXXVII (1901) : 13s.— Sœurs de Miséricorde ; vêture et profession, La Semaine religieuse de Montréal, XCIII (1934) : 76s.— Sœurs de Miséricorde ; vêture et profession religieuse, La Semaine religieuse de Montréal, LXVI (1915) : 152.

Bibliographie générale

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Andrée Désilets, « CADRON, MARIE-ROSALIE, de la Nativité », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cadron_marie_rosalie_9F.html.

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Auteur de l'article:   Andrée Désilets
Titre de l'article:   CADRON, MARIE-ROSALIE, de la Nativité
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   23 août 2014