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BÉDARD, JEAN-BAPTISTE, charpentier et arpenteur, né le 18 mai 1761 à Charlesbourg (Québec), fils de Thomas Bédard et de Marie-Angélique Fiset ; le 17 avril 1792, il épousa à Québec Marie-Anne Toupin, puis le 13 juin 1815, à Saint-Ambroise (Loretteville, Québec), Madeleine Daigle ; décédé le 7 janvier 1818 à Québec.

La carrière de Jean-Baptiste Bédard comme charpentier débuta en 1782, au moment où le séminaire de Québec l’engagea, grâce à l’influence de son frère Thomas-Laurent*, supérieur de l’institution. Ainsi, cette année-là, il fut envoyé, en qualité « d’entrepreneur », à la maison Bellevue, résidence d’été pour les étudiants du séminaire, à Saint-Joachim ; par la suite, il fut chargé de divers travaux de construction et d’entretien concernant les bâtiments du séminaire de Québec jusqu’en 1787. Même après avoir été nommé arpenteur en 1790, il continuera à offrir ses services aux ecclésiastiques du séminaire. D’ailleurs, Bédard effectuera pour cette institution des travaux d’arpentage dans la seigneurie de Beaupré, dans l’arrière-fief de la Trinité et à Baie-Saint-Paul. En 1796, il recevra également des honoraires pour avoir construit la charpente de la chapelle du séminaire.

Bédard fut admis à la pratique de l’arpentage sans avoir, semble-t-il, reçu de formation préalable dans ce domaine. L’examen de ses procès-verbaux révèle que l’essentiel de son activité s’est déroulé entre 1790 et 1795. Résident de Québec, il travailla principalement dans les seigneuries environnantes comme celle de Rigaud- Vaudreuil, dans la Beauce, où il dressa à l’automne de 1791 pas moins de 116 procès-verbaux pour le compte de son propriétaire, Gaspard-Joseph Chaussegros* de Léry fils.

À partir de 1796, l’arpentage devint une activité secondaire dans la carrière de Bédard, puisqu’il retourna progressivement à ses occupations premières, celles de maître charpentier. La liste des projets de construction importants auxquels il participa est très longue. Il obtint d’abord une certaine notoriété à la suite des déboires de Martin Cannon, lequel avait érigé un pont de pierre, sur la rivière Jacques-Cartier, qui s’était écroulé au printemps de 1802. Bédard se présenta alors devant les commissaires Gabriel-Elzéar Taschereau, Jonathan Sewell* et John Craigie avec un nouveau modèle de pont, muni d’un système complexe de cintres et d’arcs, pour remplacer le précédent. À l’été de 1804, le pont fut finalement reconstruit par Bédard, moyennant £50, à la grande satisfaction des commissaires qui avaient craint quelque peu que leur réputation soit affectée par la chute du premier pont.

Sans doute enhardi par ce succès, Bédard réclama en 1806 le droit exclusif d’ériger des ponts en bois selon deux modèles qu’il avait inventés. La chambre d’Assemblée lui accorda effectivement ce privilège, pour une durée de 14 ans, par une loi sanctionnée le 16 avril 1807. Il est impossible d’établir le nombre de ponts qui furent construits selon les plans de Bédard. Quoi qu’il en soit, il fut pressenti en 1810 pour la construction d’un pont sur la rivière Montmorency, mais le coût des travaux fut jugé trop élevé par le grand voyer de la région de Québec, Jean-Baptiste-Philippe d’Estimauville*. Il aurait également préparé les plans d’un pont sur la rivière Saint-Maurice en 1816.

En 1807, Bédard avait été mêlé à la construction de la fameuse halle du marché de la haute ville, d’après les plans du major William Robe. Cette halle de forme circulaire, considérée comme un projet architectural audacieux, ne fut jamais construite selon les plans initiaux et ne fut point appréciée par les citoyens de la ville, au point qu’en 1815 Joseph Bouchette* écrivait qu’elle ne devait pas « continuer à être une preuve publique de mauvais goût ». Bédard, qui avait bâti le comble de la halle, dut probablement avoir connaissance de sa démolition ordonnée par une loi de la chambre d’Assemblée en 1815 afin de prévenir les risques d’incendie.

Lorsque la construction de la prison de Québec fut entreprise en 1808 sous la direction de François Baillairgé*, c’est à Bédard que furent confiés tous les travaux de charpenterie ; l’édifice abritera le Morrin Collège à compter de 1862. De même, en 1817, c’est à lui que sera donné le contrat, au montant de £2 390, en vue de prolonger la rue Saint-Paul, à Québec.

Les connaissances de Bédard furent également mises à contribution pour la construction de bâtiments religieux. Ainsi, entre 1799 et 1804, il érigea la charpente, le toit et le clocher de l’église anglicane de Québec qui devint par la suite la cathédrale Holy Trinity. Le clocher fut notamment qualifié d’ouvrage savant par l’architecte en charge des travaux, le major Robe, avec qui il fut associé à quelques occasions. En 1809, Bédard dressa la charpente de l’église presbytérienne St Andrew, à Québec, puis, en 1813, le toit, la voûte et le clocher de l’église de Saint-Augustin (près de Québec). À ce dernier endroit, les syndics de la paroisse s’étaient engagés à lui fournir neuf « hommes de corvée » pour l’assister dans ses travaux. Afin de mettre en œuvre tous ces ouvrages d’envergure, Bédard avait recours à des emprunts, ne dépassant généralement pas £100, auprès de notables ou de membres de sa famille. Ces liquidités servaient surtout à acheter le bois de construction qui provenait principalement d’un marchand de Sainte-Anne-de-la-Pérade (La Pérade).

L’œuvre d’un maître charpentier s’avère difficile à évaluer, les qualités architecturales d’un édifice étant, règle générale, attribuées au concepteur du projet, et non à l’exécutant. D’ailleurs, les études récentes en histoire de l’architecture ignorent à peu près totalement l’apport de Bédard à des œuvres importantes comme la prison de Québec, la cathédrale Holy Trinity ou l’église St Andrew. Il n’est certainement pas présomptueux d’affirmer qu’il compta parmi les quelques artisans locaux qui réussirent à s’adapter rapidement aux nouveaux styles d’architecture que les Britanniques tentaient d’implanter dans le Bas-Canada. Son ingéniosité dans la construction de ponts a été en outre reconnue par ses contemporains.

À son décès en 1818, Jean-Baptiste Bédard habitait rue Saint-Joachim, à Québec, dans une luxueuse maison en pierre de deux étages qu’il avait fait construire par Pierre-Florent Baillairgé, huit ans auparavant, au coût de £347. Il possédait également quelques propriétés dans le faubourg Saint-Roch.

Gilles Langelier

Les procès-verbaux de l’arpenteur Jean-Baptiste Bédard, rédigés de 1790 à 1817, sont conservés aux ANQ-Q, sous la cote CA1–3.

ANQ-Q, CE1-1, 17 avril 1792, 7 janv. 1818 ; CE1-7, 18 mai 1761 ; CE1-28, 13 janv. 1815 ; CN1-16, 7 avril 1809 ; CN1-26, 1er juin 1808 ; CN1-230, 3 mai 1804, 6 mai, 19 juin 1809, 3 avril, 6 juill. 1813, 4 juin, 12 déc. 1814, 17 avril, 8 juill., 5 déc. 1817.— APC, RG 1, E15, A, 288 ; 289 ; E17 ; RG 4, A1 : 27670s. ; B33, 18.— ASQ, C 37 : 5, 8, 20, 22, 45, 53, 93, 104, 152s., 155, 169 ; S, S-168 ; S-169.— B.-C., Statuts, 1807, c.15 ; 1815, c.7.— La Gazette de Québec, 24 juin 1790, 10 avril 1806, 26 févr., 26 mars, 2, 9, 16 avril, 7, 21 mai 1807, 10 janv. 1818.— Omer Bédard, Généalogie des familles Bédard du district de Québec (Québec, 1946), 42s., 52s., 98s.— Bouchette, Description topographique du B.-C., 468s.— Luc Noppen et al., Québec : trois siècles d’architecture ([Montréal], 1979), 54s., 320.— A. J. H. Richardson, « Guide to the architecturally and historically most significant buildings in the old city of Quebec with a biographical dictionary of architects and builders and illustrations », Assoc. pour l’avancement des méthodes de préservation, Bull. (Ottawa), 2 (1970), nos 3–4.— F. C. Würtele, « The English Cathedral of Quebec », Literary and Hist. Soc. of Quebec, Trans. (Québec), nouv. sér., 20 (1891) : 80.

Bibliographie générale

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Gilles Langelier, « BÉDARD, JEAN-BAPTISTE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bedard_jean_baptiste_5F.html.

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Auteur de l'article:   Gilles Langelier
Titre de l'article:   BÉDARD, JEAN-BAPTISTE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   31 juillet 2014