DCB/DBC Mobile beta
+

BAILLIE HAMILTON, KER (il signait Ker B. Hamilton), soldat et administrateur colonial, né le 13 juillet 1804 à Cleveland (North Yorkshire, Angleterre), fils du révérend Charles Baillie Hamilton et de lady Charlotte, fille du 9e comte de Home ; le 19 avril 1834, il épousa Emma Blair, et ils eurent cinq filles ; décédé le 6 février 1889 à Tunbridge Wells (Royal Tunbridge Wells, Angleterre).

Ker Baillie Hamilton étudia à la Royal Military Academy à Woolwich (maintenant partie de Londres) et, en 1822, il alla faire du service militaire en Inde. Au cours de l’année 1826, il fut nommé commis aux écritures à la fonction publique et secrétaire particulier du gouverneur de l’île Maurice, entreprenant dès lors une carrière dans l’administration coloniale. Il devint greffier du Conseil exécutif et secrétaire colonial intérimaire de la colonie du Cap (République d’Afrique du Sud), en 1829, lieutenant-gouverneur de Grenade, en 1846, et administrateur de la Barbade et des îles Windward, en 1851.

L’année suivante, on nomma Baillie Hamilton gouverneur de Terre-Neuve. Malgré ses 30 années d’expérience dans les colonies, il n’était pas préparé à la politique tumultueuse de cette île. Il n’avait pas l’habitude de traiter avec les libéraux coloniaux et, en tant qu’anglican de tendance évangélique, il détestait non seulement les catholiques, tel Mgr John Thomas Mullock*, mais aussi les anglicans de la High Church, comme l’évêque Edward Feild*. De plus, son expérience coloniale et ses relations avec l’aristocratie et le clergé (son père était archidiacre et son beau-frère, évêque) le prédisposaient à tenter de diriger les affaires politiques et religieuses de la colonie. Il n’était guère doué pour jouer un rôle d’arbitre impartial et de médiateur.

Baillie Hamilton arriva à Terre-Neuve au fort de la campagne libérale en faveur du gouvernement responsable. Les libéraux, dirigés par Philip Francis Little*, virent d’un très bon œil l’appui que donna Baillie Hamilton à leurs propositions de 1853 relatives à un accord de réciprocité avec les États-Unis, mais ils éprouvèrent rapidement de l’aversion pour lui lorsqu’ils découvrirent son opposition au gouvernement responsable. L’agitation sur ce sujet avait commencé dans les années 1840, et le puissant Mullock s’était déclaré ouvertement en faveur de cette forme de gouvernement. Le prédécesseur de Baillie Hamilton, sir John Gaspard Le Marchant*, avait toutefois affirmé que la colonie était inapte à avoir même des institutions représentatives. Dans sa première dépêche confidentielle (que le ministre des Colonies, le duc de Newcastle, trouva excellente), Baillie Hamilton s’opposa à tout changement constitutionnel à Terre-Neuve, parce que sa population de pêcheurs, peu nombreuse et dispersée, avait une instruction rudimentaire et l’inexpérience de toute forme de gouvernement autonome, faute d’institutions municipales. Il avança que les autres colonies de l’Amérique du Nord avaient prospéré pendant trois quarts de siècle sous le régime alors en vigueur à Terre-Neuve et que les Terre-Neuviens étaient trop occupés à discuter de théories abstraites pour s’occuper de problèmes réels. Il déplorait, de plus, la division des partis selon la religion et le fait que les catholiques, bien qu’en minorité, étaient unis dans l’action politique et pouvaient l’emporter dans les bureaux de vote sur les protestants qui, eux, demeuraient séparés suivant leur dénomination.

Pour riposter à la dépêche de Baillie Hamilton, Little et Robert John Parsons se rendirent en Angleterre dans le but de s’assurer l’aide du principal membre du parti radical, Joseph Hume, afin qu’il persuade Newcastle d’accorder le gouvernement responsable. Ils réussirent et, le 22 mars 1854, la nouvelle de la décision de Newcastle parvint à l’île. En dépit du fait que le gouvernement responsable connaîtrait peut-être sa mise à l’épreuve la plus sévère à Terre-Neuve, Newcastle jugeait que la colonie devait jouir du même traitement que le reste de l’Amérique du Nord britannique. La position de Baillie Hamilton s’en trouvait ébranlée ; il tenta de la rétablir en insistant sur la mise en application, d’une façon qui ne serait pas hostile aux intérêts des protestants, des trois conditions posées par Newcastle : une augmentation du nombre de sièges à l’Assemblée, l’arrêt du paiement des dépenses des députés à même les fonds du trésor de la colonie et l’octroi de pensions aux fonctionnaires coloniaux dont les postes seraient éliminés à la suite du changement dans le régime de gouvernement. Lorsque l’Assemblée accepta de doubler le nombre de sièges, mais d’une façon qui favoriserait les libéraux, le Conseil législatif rejeta cette mesure avec le plein appui de Baillie Hamilton. Sir George Grey, le nouveau ministre des Colonies, pria instamment Baillie Hamilton de servir d’arbitre impartial et de médiateur dans l’impasse où se trouvaient les chambres ; celui-ci refusa malgré le mécontentement du ministère des Colonies. L’Assemblée refusa d’accomplir tout travail à la chambre et, en juin 1854, on décida d’envoyer des délégations en Angleterre. Little et Parsons représentèrent les intérêts de l’Assemblée, Edward Mortimer Archibald et William Bickford Row*, ceux du conseil, et Hugh William Hoyles, chef de l’opposition à l’Assemblée, fut délégué par le Central Protestant Committee. On sortit enfin de l’impasse le 9 novembre, non pas à cause du gouverneur, mais parce que les fonctionnaires qui siégeaient au conseil craignaient de perdre leur pension s’ils n’acceptaient pas la proposition originale. La paix ne se fit toutefois pas immédiatement car, croyant que des élections à l’hiver empêcheraient les électeurs protestants d’exercer leur droit de suffrage dans les régions éloignées du nord et du sud, Baillie Hamilton décida de les retarder jusqu’en mai 1855. Selon lui, Little le menaça de « conséquences préjudiciables à lui-même, personnellement », si les élections n’avaient pas lieu bientôt ; Baillie Hamilton, fort de l’appui du ministère des Colonies, se montra toutefois inflexible.

En plus de combattre les libéraux, Baillie Hamilton s’était aussi lancé avec ardeur et même avec rancœur dans le conflit qui opposait Feild et un groupe de riches marchands de St John’s et de Harbour Grace sous la direction de William Thomas, anglican de tendance évangélique. Il y avait trois questions en litige : la nomination d’un titulaire pour succéder au révérend Charles Blackman* à l’église St Thomas à St John’s, le refus des sacrements aux anglicans peu disposés à fournir un appui financier à leur église et l’engagement de ministres du culte auxquels l’évêque refusait le permis d’exercer le ministère. Baillie Hamilton se considéra comme le défenseur évangélique affrontant l’évêque tractarien et il porta plainte contre Feild à la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts. En 1854, des lettres concernant cette controverse parurent dans deux journaux religieux de Londres, le Record et le Guardian, et Feild menaça de protester publiquement auprès du ministre des Colonies contre l’intervention de Baillie Hamilton ; un calme relatif revint seulement lorsque ce dernier quitta Terre-Neuve. Bien que Baillie Hamilton fût disposé à travailler comme gouverneur au sein d’un gouvernement responsable, le ministère des Colonies trouva qu’il serait plus utile ailleurs et le transféra à Antigua en mars 1855 ; Charles Henry Darling* lui succéda à Terre-Neuve.

Baillie Hamilton remplit avec succès les fonctions de gouverneur d’Antigua et des îles Leeward pendant les 12 années suivantes. En 1867, il prit sa retraite à Tunbridge Wells où il vécut paisiblement jusqu’à sa mort. Tout en louant ses « idées libérales et éclairées » sur les moyens de communication télégraphique et à vapeur et ses « dépêches très bien faites » sur la question de la côte française, l’historien Daniel Woodley Prowse* reproche à Baillie Hamilton d’être « l’homme le plus inapte que le gouvernement britannique ait pu choisir pour remplir un poste difficile ». Il est évident que Terre-Neuve était une colonie malaisée à gouverner et il ne fait pas de doute que Ker Baillie Hamilton envenima tous les conflits auxquels il se mêla.

Frederick Jones

Guildhall Library (Londres), Commonwealth and Continental Church Soc., Nfld. School Soc., Committee minutes, 1839–1880 ; Reports, 1823–1880.— PRO, CO 194/139–142 ; 195/21–22.— USPG, D9A ; D9B.— The Church of England in Newfoundland, as indicated in a correspondence between Thomas E. Collett and the lord bishop of Newfoundland and the Rev. W. K. White [...] (St John’s, [1853]).— H. W. Hoyles, Case of the Protestant inhabitants against the unconditional concession of responsible government (Londres, 1854).— John Little, The constitution of the government of Newfoundland, in its legislative and executive departments [...] ([St John’s], 1855).— Guardian (Londres), 5, 12, 25 avril, 24 mai 1854.— Record (Londres), 23, 30 mars 1854.— Times (Londres), 9 févr. 1889.— Times and General Commercial Gazette, 3 juin 1854.— Gunn, Political hist. of Nfld.— Prowse, Hist. of Nfld.— Wells, « Struggle for responsible government in Nfld. ».— Frederick Jones, « The early opposition to Bishop Feild of Newfoundland », Canadian Church Hist. Soc., Journal (Glen Williams, Ontario), 16 (1974) : 30–41.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Frederick Jones, « BAILLIE HAMILTON, KER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baillie_hamilton_ker_11F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/baillie_hamilton_ker_11F.html
Auteur de l'article:   Frederick Jones
Titre de l'article:   BAILLIE HAMILTON, KER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   22 décembre 2014