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AUFFRAY, CHARLES-DOMINIQUE, instituteur et cultivateur, né en 1794 à Lamballe, France, fils naturel de Jeanne-Mathurine Auffray ; décédé le 28 mars 1837 à Pré-d’en-Haut, Nouveau-Brunswick.

Charles-Dominique Auffray ne connut jamais son père, un soldat mort au combat quelques mois avant sa naissance. Sa mère décida d’aller demeurer chez son père, Charles Auffray. Elle se maria par la suite, mais mourut peu de temps après, et son père la suivit dans la tombe en 1807. Charles-Dominique n’avait alors que 13 ans, et c’est son oncle Victor Auffray qui le recueillit.

Durant sa jeunesse, Auffray fréquenta l’école communale, puis s’engagea comme apprenti chez des maîtres orfèvres dans différentes villes françaises. En 1813, il s’enrôla dans l’armée de Napoléon. Après six mois de campagne, il fut blessé et par la suite, soit à la restauration de Louis XVIII, il obtint un congé provisoire de l’armée. Même s’il n’était nullement déchargé du service actif, il s’embarqua à Saint-Malo en 1816 pour St John’s en compagnie d’un orfèvre du nom d’Auguste Flulin, qui l’avait engagé. Toutefois, en arrivant à destination, maître Flulin, qui avait en sa possession des articles de contrebande, vit les agents des douanes confisquer tous ses effets, et il n’eut alors pas d’autre choix que de donner congé à son engagé.

Après un séjour de six semaines à St John’s, Auffray réussit à passer à l’Île-du-Prince-Édouard, plus précisément au village acadien de Cascumpec, situé non loin de Tignish sur la côte nord-ouest de l’île. Comme il savait lire et écrire – les habitants le considéraient comme savant –, il offrit ses services à titre d’instituteur. Pendant les trois années qui suivirent, soit de 1816 à 1819, il enseigna dans cette localité, mais ne tarda pas à susciter de la méfiance, selon ce que rapportera un chroniqueur quelque 80 ans plus tard : « Il se conduisit de manière à s’attirer les soupçons et bientôt par ses bizarreries il se mérita le nom de sorcier. On en dit tant sur son compte, qu’à la fin, Auffry fut obligé de déguerpir de l’endroit. » De fait, les parents d’une fille qui portait son enfant le poursuivirent devant le juge de paix. Après avoir donné satisfaction aux parents, Auffray quitta Cascumpec en 1819 et alla s’établir dans un autre village acadien, mais cette fois dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, à Barachois, où on l’engagea également comme instituteur.

Auffray passa deux ans dans ce village où il semble avoir eu l’intention de se fixer de façon permanente : il était fiancé à une fille de l’endroit et il présenta une requête au lieutenant-gouverneur de la province, George Stracey Smyth*, pour obtenir une concession de terre dans un nouvel établissement sis à proximité de Barachois. Toutefois, on rejeta sa demande et Antoine Gagnon, missionnaire responsable de la desserte de Barachois, refusa, semble-t-il, de le marier en raison de présomptions sérieuses qu’il y avait des empêchements. L’archevêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis*, consulté par Gagnon sur cette affaire, donna son consentement au mariage mais conseilla au missionnaire d’en référer également à l’évêque de son diocèse, Mgr Angus Bernard MacEachern*. Ce dernier avait déjà fait savoir à Gagnon qu’il ne célébrerait le, mariage que si deux témoins pouvaient jurer sur l’Évangile et le crucifix que le prétendant n’était pas marié ou que sa femme était morte. Comme il n’y avait personne à Barachois pour témoigner en sa faveur, Auffray, de toute évidence, dut renoncer à cette union.

À l’automne de 1822, à Memramcook, Auffray servit de témoin au mariage d’un ami et compatriote, Gabriel Herbert, de Dunkerque, lui aussi instituteur. D’après la tradition, il y rencontra une jeune demoiselle et en devint amoureux, de sorte qu’il quitta Barachois pour s’établir dans la mission voisine de Memramcook, où le missionnaire Louis Gingras* ne posa aucun obstacle à ses projets de mariage. Ainsi donc, le 4 novembre 1823, il épousa Nathalie Bourgeois et s’établit définitivement à Pré-d’en-Haut, village acadien sis sur la rive est de la Petitcodiac. Fait intéressant à noter, il avait déclaré au missionnaire qu’il était le fils de Charles-Victor Auffray et de Jeanne Cantin ; il jugeait sans doute qu’en disant la vérité son mariage serait annulé. Au moment de la cérémonie, il se présentait toujours comme « maître d’école », mais un an plus tard, au baptême de son premier enfant (il en aurait cinq autres entre 1827 et 1835), il était qualifié de « laboureur ». C’est d’ailleurs ce métier qu’il exerça jusqu’à sa mort, survenue le 28 mars 1837. Depuis un certain temps, il projetait, semble-t-il, un voyage dans son pays natal et avait mis de côté, dans ce but, un peu d’or, mais sa mort prématurée vint mettre fin à ce projet.

Charles-Dominique Auffray figure au nombre des premiers instituteurs ou « maîtres ambulants » de la communauté acadienne, tant à l’Île-du-Prince-Édouard qu’au Nouveau-Brunswick, après le Grand Dérangement de 1755. De fait, il fut en quelque sorte le précurseur de Jean Leménager – marié d’ailleurs à sa belle-sœur Élizabeth Bourgeois –, de Gabriel Herbert, d’Alexis-Théodore de La Burgue, de Jacques Grenet et d’Henri Renouard, des Français qui au cours de la première moitié du xixe siècle communiquèrent aux Acadiens du sud-est du Nouveau-Brunswick les rudiments de la grammaire et de l’arithmétique.

R. Gilles Leblanc

AAQ, 210 A, X : 424 ; 311 CN, V : 54, 56–58.— Arch. of the Diocese of Saint John (Saint-Jean, N.-B.), Antoine Gagnon papers, no126.— Arch. paroissiales, Saint-Henri (Barachois, N.-B.), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures (mfm au Centre d’études acadiennes, univ. de Moncton, Moncton, N.-B.) ; Saint-Thomas (Memramcook, N.-B.), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures (mfm au Centre d’études acadiennes).— Centre d’études acadiennes, 604-1-1 (C. Renaud, « Histoire généalogique de Dr. Jean-Marie Auffrey ») ; A-4-7, no 503.— G. Buote, « la Paroisse de Cascumpec », l’Impartial (Tignish, Î.-P.-É.), 17 mars 1904 : 3.

Bibliographie générale

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R. Gilles Leblanc, « AUFFRAY, CHARLES-DOMINIQUE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/auffray_charles_dominique_7F.html.

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Auteur de l'article:   R. Gilles Leblanc
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 avril 2014