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Alexander Parker Willis. Provenance : Photo de Notman and Son, prise le 13 mars 1912 ; avec l’aimable autorisation de Mark W. Gallop.

WILLIS, ALEXANDER PARKER, enseignant, vendeur, marchand et manufacturier, né le 11 mai 1845 près de Millsville, Nouvelle-Écosse, fils de James Willis et d’Elizabeth Fitzpatrick ; le 15 mai 1876, il épousa à Montréal Jane Burness Duncan (décédée en 1904), et ils eurent une fille et neuf fils, dont deux moururent en bas âge, puis le 26 juin 1906, à Montréal, Laura Elizabeth Castle, et ils eurent deux fils ; décédé le 14 juillet 1934 à Westmount, Québec.

Alexander Willis grandit dans une ferme établie sur une terre graveleuse, au pied de la montagne Dalhousie, dans le comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse. Sa famille et lui étaient les seuls membres de l’Église d’Angleterre au sein d’une communauté de presbytériens écossais. James Willis, plus intéressé par la politique que par sa ferme, était un magistrat local, un conservateur militant et un tribun de Charles Tupper*. Alexander étudia à la Pictou Academy, puis, sans doute à partir de 1864 ou de 1865, entama une carrière d’enseignant dans plusieurs localités du comté de Pictou, et peut-être à Halifax. Arrivé à l’âge adulte, il adopta le second prénom Parker, d’après l’écrivain américain Nathaniel Parker Willis (aucun lien de parenté), qu’il admirerait sa vie durant. Plus tard, il donnerait le nom d’Idlewild à sa propriété à la campagne, d’après la retraite de l’auteur au bord du fleuve Hudson, dans l’État de New York.

À l’époque où il enseignait, Willis recevait un salaire de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts pour son travail en tant que catéchiste anglican et officiant laïque. Ces activités devaient préluder à des études en vue de devenir ministre. Après que ses ambitions eurent été « accueillies d’une manière plutôt froide » au cours d’un entretien avec Hibbert Binney*, évêque anglican de la Nouvelle-Écosse, Willis décida en 1871 de quitter la province et de se lancer dans une carrière commerciale. Il débuta comme vendeur itinérant et mit le cap sur l’ouest, à pied, en compagnie d’un autre ancien maître d’école, Daniel Miner Stearns. En prenant soin de vérifier à quelle confession appartenaient les foyers où ils entraient, ils vendaient des images oléographiques du pape ou de Martin Luther. Ils se séparèrent à Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu), au Québec. Stearns partit vers le sud et devint ministre à Philadelphie ; Willis poursuivit son chemin en direction de Montréal, où il arriva vers juin 1873.

Après avoir momentanément travaillé chez un libraire, Willis fut employé par William Scott, négociant en art, encadreur et représentant de machines à coudre, rue Notre-Dame, au cœur du quartier des affaires montréalais. Quand Scott choisit de se spécialiser dans l’art, Willis parvint à convaincre Richard Mott Wanzer*, fabricant de la machine à coudre Little Wanzer, véritable succès commercial, de lui concéder l’exclusivité du produit dans la province de Québec. Il l’obtint en septembre 1877, en association avec James E. Roy. L’entreprise Willis and Roy s’agrandit rapidement. En 1881, après le départ de Roy pour Halifax, où ce dernier devint le représentant de Wanzer pour l’ouest de la Nouvelle-Écosse, elle fut renommée Willis and Company. Willis était à la tête de l’entreprise, mais plusieurs de ses frères, et par la suite ses fils, travailleraient avec lui. Willis and Company finit par représenter Wanzer dans l’ensemble des provinces Maritimes et dans l’est de l’Ontario.

Willis contribua au succès commercial de la Wanzer, compacte et bon marché, et en retira des profits, mais au milieu des années 1880, l’augmentation de la concurrence américaine et la diminution de la demande durant la crise économique de cette décennie l’incitèrent à élargir sa gamme de produits. Vers 1883, il ajouta des orgues, et plus tard des pianos, de différents fabricants. En 1888, toute référence aux machines à coudre avait déjà été supprimée. Les années 1890 furent une période très prospère pour Willis, qui emménagea successivement dans des demeures de plus en plus grandes. Selon le Dominion Illustrated de Montréal, le siège social et les salles d’exposition de son entreprise rue Notre-Dame occupaient, en 1891, « deux appartements vastes et bien éclairés, avec un atelier de réparations et des salles d’accord ». L’entreprise possédait un capital de 300 000 $ et employait « une quarantaine de personnes à Montréal et autant […] dans différentes succursales dans l’est de l’Ontario, au Québec, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard ». Cette croissance fut stimulée par une promotion novatrice, qui comprenait des cadeaux publicitaires et des primes à l’achat. Les modalités de paiement par versements devinrent une importante méthode de vente. Dans un contexte où le Code civil de la province de Québec permettait la saisie des pianos et des orgues par les propriétaires en cas de non-paiement du loyer, et ce, même si des versements restaient à faire sur les instruments en question, Willis commença à militer pour faire changer la loi. En 1898, ses 15 années de campagne aboutirent à des modifications qui assuraient la protection des marchands d’articles ménagers payables par versements.

Au cours des décennies, Willis and Company représenta de nombreux manufacturiers de pianos et d’orgues canadiens et américains, dont le plus important était William Knabe and Company de Baltimore, au Maryland. En 1901 apparut pour la première fois un piano de marque Willis, fabriqué sous contrat par la Compagnie canadienne de pianos de Sainte-Thérèse-de-Blainville, dont Damase Lesage* était propriétaire. Willis and Company Limited, constituée juridiquement quatre ans plus tard, acheta la majorité des actions de l’entreprise familiale Lesage en 1907 et acquit par le fait même sa propre unité de production. Les Lesage travaillèrent avec la compagnie jusqu’en 1911, date à laquelle ils lui cédèrent le reste de leurs actions et ouvrirent une usine concurrente, qu’ils nommèrent A. Lesage.

Après avoir passé près d’un quart de siècle dans le Vieux-Montréal, Willis emménagea dans le nouveau centre du commerce de la ville, rue Sainte-Catherine Ouest, suivant l’exemple de ses concurrents au lieu d’innover. En 1911, l’édifice Willis, de huit étages, ouvrit ses portes au coin des rues Sainte-Catherine et Drummond. Sa taille doublerait en 1927. En plus des bureaux et des salles d’exposition, les installations, plus grandes, comprenaient une salle de concert, qui offrait une vitrine aux instruments de Willis ainsi qu’au talent des musiciens de passage à Montréal. L’édifice serait toujours debout au début du xxie siècle, avec la grande enseigne Willis Pianos bien en vue.

La production de Willis and Company Limited atteignit son plus haut niveau entre 1916 et 1920 ; l’usine fabriquait, en moyenne, 2 000 pianos par an. Durant les années 1920, la production se maintint à environ 1 200 pianos par an. L’entreprise était réputée pour la qualité de ses pianos, qui comptaient parmi les meilleurs instruments de fabrication industrielle au Canada et parmi les plus coûteux. En 1927, elle employait plus de 150 travailleurs. Elle était assez solidement établie pour traverser la crise économique des années 1930 sans trop de perturbation. Elle demeurerait la propriété de la famille Willis jusqu’en janvier 1967.

Au début des années 1920, Willis avait déclaré que, sa famille et son entreprise mises à part, les seules choses qui l’intéressaient étaient « la marche et les travaux de comité ». Ces travaux, concernant son église et le domaine de l’éducation, occupèrent une place majeure dans sa vie. Peu après son arrivée à Montréal, il était devenu un défenseur actif de l’Église d’Angleterre et un donateur de la paroisse et du diocèse. Ses rôles les plus prépondérants, ceux de trésorier honoraire (1912–1934) et de vice-président (1921–1934) du Montreal Diocesan Theological College, conciliaient ces deux intérêts. Après le décès de sa première épouse, en 1904, il dota la bibliothèque du collège en son nom. Il siégea également aux conseils d’hôpitaux et de différents organismes protestants. Ses fils eurent la possibilité de choisir entre devenir ministre du culte et travailler pour l’entreprise Willis ; l’aîné et le benjamin optèrent pour la carrière ecclésiastique.

Les pianos avaient plus qu’un simple intérêt commercial pour Alexandre Parker Willis ; ils étaient un prolongement de son premier métier d’enseignant. Willis n’apprit jamais à jouer du piano, mais il considérait manifestement cet instrument comme un véhicule culturel et, selon sa propre expression, un « home builder » (participant à l’épanouissement de la famille). Méfiant à l’égard de l’innovation technologique, il jura qu’il ne ferait jamais le commerce de la musique transmise par des moyens artificiels tels que les phonographes et les postes de radio. Il affirma également, en 1932, que le fait d’écouter simplement de la musique ne pouvait apporter que très peu de culture et qu’il fallait l’exprimer soi-même. Il resta président de son entreprise jusqu’à la veille de son décès, deux ans plus tard, à l’âge de 89 ans.

Mark W. Gallop

Arch. privées, M. W. Gallop (Montréal), J. J. Willis, « Reminiscences of the family business » (ms., s.l.n.d.) ; Willis and Company Limited, minutes, 15 oct. 1934 (texte dactylographié).— BAC, R233-35-2, Montréal, quartier Saint-Laurent, dist. 90, subdist. 1, div. 5 : 66 ; R233-37-6, Hochelaga, subdist. d-7 : 7.— BAnQ-CAM, CE601-S131, 15 mai 1876.— FD, Anglican, Saint George (Montréal), 26 juin 1906.— Gazette (Montréal), 27 juin 1906, 17 sept. 1925, 12 mai 1932, 16 juill. 1934.— Montreal Daily Star, 18 sept. 1877, 17 sept. 1927, 16 juill. 1934.— Standard (Montréal), 28 juill. 1934.— Annuaire, Montréal, 1876–1934.— « Celebrates his 86th birthday », Canadian Music and Radio Trades (Toronto), 32 (1931–1932), no 1 : 19.— Encyclopédie de la musique au Canada (Kallmann et al.).— « 50th mile post of Willis and Co., Limited fittingly celebrated in Montreal », Canadian Music Trades Journal (Toronto), 26 (1925–1926), no 5 : 24–30, 32, 62–65.— « Formal opening of new Willis store in Ottawa », Canadian Music Trades Journal, 26 (1925–1926), no 4 : 37.— « In memoriam : Mr. A. P. Willis », Montreal Churchman, 22 (1934), no 8 : 7.— Wayne Kelly, Downright upright : a history of the Canadian piano industry (Toronto, 1991).— J. P. MacPhie, Pictonians at home and abroad : sketches of professional men and women of Pictou County ; its history and institutions (Boston, 1914).— John Murray, The Scotsburn congregation, Pictou County, Nova Scotia : its history, professional men, etc. (Truro, N.-É., 1925).— The musical red book of Montreal [...], B. K. Sandwell, édit. (Montréal, 1907).— Prominent people of the province of Quebec, 1923–24 (Montréal, s.d.).— Special number of the Dominion Illustrated devoted to Montreal, the commercial metropolis of Canada (Montréal, 1891).— The Willis family, Jean Buchanan et al., compil. ([Toronto ?], 1977 ; copie à BAC).

Bibliographie générale

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Mark W. Gallop, « WILLIS, ALEXANDER PARKER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/willis_alexander_parker_16F.html.

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Auteur de l'article:   Mark W. Gallop
Titre de l'article:   WILLIS, ALEXANDER PARKER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2014
Année de la révision:   2014
Date de consultation:   22 novembre 2014