DCB/DBC Mobile beta
+

Nouvelles du DBC/DCB

Nouvelles biographies

Biographies modifiées

Biographie du jour

GORDON, WILHELMINA (Minnie) (Smith) – Volume XV (1921-1930)

née le 5 février 1849 à Pictou, Nouvelle-Écosse

La Confédération

Le gouvernement responsable

Sir John Alexander Macdonald

De la colonie de la Rivière-Rouge au Manitoba (1812–1870)

Sir Wilfrid Laurier

Sir George-Étienne Cartier

Sports et sportifs

Les fenians

Les femmes dans le DBC/DCB

Les conférences de Charlottetown et de Québec en 1864

Les textes introductifs du DBC/DCB

Les Acadiens

Module éducatif

La guerre de 1812

Les premiers ministres du Canada en temps de guerre

La Première Guerre mondiale

Titre original :  Gravestone of Michael Whelan, in Saint Michael's Cemetery, 
Miramichi, Northumberland County, New Brunswick, Canada. Photo from FindAGrave.com by user geneapal.com.

Provenance : Lien

WHELAN, MICHAEL, poète folklorique, né le 27 avril 1858 au bord de la rivière Renous, au Nouveau-Brunswick, fils de William Whelan et d’Ellen (Mary, Mary Ellen) Keary ; décédé célibataire le 10 mai 1937 à Chatham, Nouveau-Brunswick, et inhumé dans cette ville au cimetière St Michael.

Michael Whelan, surnommé le « barde de Renous », naquit au sein d’une famille irlandaise catholique modeste installée près de la Renous, affluent de la rivière Miramichi-du-Sud-Ouest, dans un hameau qu’on connaîtrait sous la dénomination de Grainfield. Il était le sixième des huit enfants de sa fratrie qui parvinrent à l’âge adulte. Son père venait du comté de Queen (comté de Laois, république d’Irlande) ; sa mère, Néo-Brunswickoise, avait une ascendance irlandaise. Dans cette misérable région rurale de la province, la plupart des hommes coupaient des arbres ou pratiquaient l’agriculture de subsistance, mais Michael ne correspondait pas à ce profil. Il fréquenta des écoles publiques, obtint un brevet local et enseigna pendant quelque temps. Il ferait de la tenue de livres pour des marchands de bois, dont Jabez Bunting Snowball*, propriétaire d’une grande scierie à Chatham, et on l’engagerait parfois comme ouvrier.

La lecture et l’écriture de poèmes et de vers semblaient constituer les seules activités auxquelles Whelan vouait une réelle passion. En 1895, dans la préface de son premier livre, Poems and songs, il prétend que des journaux de Montréal, Toronto, Boston et New York, notamment, avaient fait paraître ses textes. En fait, ses écrits se trouvaient principalement dans l’hebdomadaire Union Advocate de Newcastle, au Nouveau-Brunswick. Les Union Advocate Press publièrent d’ailleurs Poems and songs ; l’ouvrage de 98 pages rassemble des poèmes parus précédemment. La plupart d’entre eux adoptent un style formel et un ton sérieux, et un grand nombre abordent des thèmes religieux, reflets de l’ardente foi catholique de leur auteur. Certaines compositions reprennent les mélodies de chansons et de ballades populaires. Le recueil comprend de nombreuses commémorations de personnes récemment disparues, des poèmes introspectifs, et des pièces sur des sujets locaux, canadiens et irlandais. Dans My shamrock, par exemple, Whelan médite sur son affection pour le Canada et, à la fois, pour la patrie de ses ancêtres :

Bien que je ne l’aie pas vue et n’espère pas [la] voir,
La jolie petite Émeraude qui luit sur l’océan,
Je l’aime pour l’amour de mon père, la chère terre
                              [de sa naissance,
Après mon cher Canada, l’endroit [qui m’est] le
                              [plus cher sur la terre.

Les vers de Whelan continuèrent à paraître dans les journaux, mais 19 ans passèrent avant la publication d’un deuxième recueil en 1914. Dans Queen of the north and other songs and sonnets, au contenu moins religieux et au ton plus léger, figure The Dungarvon Whooper, récit très apprécié à propos d’une voix fantomatique qui hanta les bois de Miramichi à la suite d’un meurtre dans un camp de bûcherons. L’histoire illustre la croyance catholique selon laquelle l’âme d’un défunt ne peut reposer en paix tant que sa dépouille n’a pas reçu une sépulture chrétienne [V. Noel Lola*]. Certains poèmes portent également sur les questions du jour. Woman – the rose, par exemple, comporte cette strophe :

Et si elle réussit comme enseignante
Et dans la plupart des autres vocations dignes de
                              [mention,
Même si on lui interdit la prêtrise,
Pourquoi diable l’empêcher de voter ?

Entre 1916 et 1932, diverses presses de la région de Miramichi produisirent 16 petits recueils des œuvres de Whelan. The maid of the Miramichi and other poems, paru en 1924, contient un long texte, The poets, révélateur des connaissances littéraires, des goûts et des influences de l’auteur, et The cry of labor, qui accuse la classe dirigeante du pays d’avoir provoqué les difficultés économiques du prolétariat :

Notre gouvernement boucle les terres à bois
Pour que le magnat puisse les gouverner,
Et des gardiens surveillent les pêches
Que Dieu nous accorda,
Notre bois [nous] est pris pour la moitié de sa valeur
Alors que le marchand [en] tire le bénéfice,
Nos fermes sont hypothéquées et perdues,
Alors que le fermier travaille et pleure.

L’année suivante, dans The great Miramichi fire of 1825 in story and song, des vers sur des hommes d’affaires locaux mettent en évidence les talents satiriques de Whelan. Les derniers livrets, peu nombreux, comportent plusieurs poèmes et vers tirés de publications antérieures, ainsi que quelques textes en prose.

L’œuvre de Whelan s’avéra conventionnelle dans la forme comme dans le fond. L’auteur partageait ses valeurs fondamentales – la foi dans le christianisme, l’amour du pays et de la communauté, et le respect pour la dignité de la vie quotidienne – avec ses lecteurs. Ceux-ci aimaient aussi certainement les lieux de Miramichi que célébrait le poète et connaissaient nombre des personnes à qui il rendit hommage par la poésie. Les affinités culturelles de Whelan avec son lectorat en firent le poète lauréat officieux de son coin de province. Son recueil de 1927, Canada : queen of the north, rédigé en l’honneur du soixantième anniversaire de la Confédération, cite deux des personnages les plus réputés du Nouveau-Brunswick. L’homme d’affaires lord Beaverbook [Aitken*] y déclare ceci : « Je me souviens très bien de vos poèmes dans les rubriques du Union Advocate lorsque j’étais enfant, et j’admirais beaucoup votre travail. » Quant au futur premier ministre Richard Bedford Bennett*, il écrit : « Depuis de nombreuses années, je lis vos poèmes et vos articles dans The Chatham World, toujours avec plaisir. »

Mince et athlétique, Whelan était d’une taille peu commune. En 1986, un ancien voisin, Joe Kehoe, se rappellerait qu’il mesurait environ six pieds sept pouces, et qu’il avait une « apparence agréable » et un « air supérieur ». Kehoe raconta la rumeur selon laquelle Whelan avait aimé une femme morte prématurément, tragédie qui marqua un tournant dans sa vie. « Il n’avait jamais bu avant [la] mort [de cette femme], dit Kehoe, et il n’arrêta plus jamais après. » Dans un discours, le père Robert Grattan évoqua en 1981 la dépendance du poète à ce qu’il nomma la « goutte de la créature » (en d’autres mots, « whisky du diable »). Il affirma que, à un moment, plusieurs frères de Whelan, inquiets de son alcoolisme, l’avaient convaincu de les rejoindre au Minnesota ; il était retourné chez lui à peine deux ans plus tard.

Dans les dernières décennies de sa vie, Whelan parcourut à pied la vallée de la rivière Miramichi, allant de porte en porte pour vendre des exemplaires de ses publications à quiconque avait quelques sous à dépenser. Plus il vieillissait, plus il se voyait affligé d’infirmités, et plus il devint un objet de sympathie et de pitié. Vers l’âge de 75 ans, il se trouva à bout d’énergie, de ressources personnelles ou de soutien familial. On l’interna à l’hospice des pauvres du comté. Il mourut à Chatham le 10 mai 1937 ; il avait 79 ans. Le North Shore Leader de Newcastle déclara que « le défunt […] était un gentleman célèbre dans tout Miramichi pour sa poésie, et louait particulièrement les beautés de la rivière Miramichi et du district de Renous ». Le Union Advocate fit remarquer avec tristesse que Whelan, qui avait composé des poèmes en hommage à nombre de ses concitoyens à la suite de leur trépas, n’avait lui-même « personne pour lui offrir une complainte digne de ce nom à l’heure de son départ ». Dans un autre passage (repris par le North Shore Leader), le Union Advocate nota également ceci : « La vie fut un dur combat pour M. Whelan, car les aspirations poétiques ne produisent pas beaucoup d’argent sonnant et il eut sans aucun doute de nombreux jours d’amertume, mais il était toujours gai et profondément reconnaissant envers ceux qui lui faisaient preuve de gentillesse. C’était un homme extrêmement cultivé, avec une vraie touche d’esprit irlandais, et de vastes talents pour la conversation. » Les deux notices nécrologiques eurent la délicatesse de ne pas mentionner que Whelan avait fini sa vie à l’hospice des pauvres et que sa dépouille reposait dans une tombe anonyme au cimetière St Michael de Chatham.

Dans son premier recueil publié, Whelan avait inclus un poème intitulé My epitaph, dont voici quelques vers :

Mon cœur a toujours eu soif de vérité,
J’ai toujours aimé le bon et le vrai ;
[Mes] jours d’enfance et ma jeunesse perdue
Ont passé sous mon regard attristé,
Et je ne suis pas ce que je serais,
Chaque jour et chaque année qui passe me trouve
Impatient d’être et de faire ce que je devrais être et
                                 [faire.

L’opprobre que subit Whelan, homme doux et talentueux, qui avait pris le thé dans un millier de cuisines en laissant derrière lui de minces volumes de vers qu’on léguerait avec le service de porcelaine familial, troubla l’âme des générations suivantes dans la région de Miramichi. En 1981, un groupe de citoyens érigea un monument de granit à sa mémoire au cimetière St Michael. En 1987 parut le premier article savant sur sa vie et sa carrière littéraire. Deux ans plus tard, l’Irish Canadian Cultural Association of New Brunswick mit son importance en lumière et entraîna ainsi la publication d’un recueil édité de ses œuvres.

En Thomas Moore, Michael Whelan avait trouvé son « barde irlandais favori » et une « douce âme sœur ». Son étoile ne brille probablement pas autant que celle de Moore au firmament. À titre de poète populaire, il jouit cependant d’un statut emblématique encore inégalé dans la tradition folklorique de Miramichi et au sein des cercles culturels irlandais de la province.

W. D. Hamilton

De nombreuses bibliothèques du Nouveau-Brunswick conservent certains exemplaires des 18 recueils de poésie publiés de Michael Whelan, mais aucune n’en possède une collection complète. Dans l’introduction de son ouvrage Michael Whelan, folk poet of Renous River : a collection of his poetry (Fredericton, 1990), M. O. Nowlan décrit la complexité d’établir une bibliographie exhaustive de l’œuvre de Whelan ; le livre contient une liste de titres annotée en appendice. Whelan est l’auteur de : Poems and songs (Newcastle, N.-B., 1895) ; Queen of the north and other songs and sonnets (Newcastle, 1914) ; Songs of the World War (Renous River, N.-B., 1916) ; The pioneers and other poems ([Newcastle], 1917) ; The great Miramichi fire, 1825 ; the polar heroes ; and fourteen other poems (Chatham, N.-B., 1921) ; The call of Christ and other poems (Chatham, 1922) ; « In memoriam » : men and women of Miramichi (Renous River, 1923) ; The maid of the Miramichi and other poems (Chatham, 1924) ; The great Miramichi fire of 1825 in story and song, with other poems (s.l., 1925) ; The sacred silence and other poems (s.l., [1925 ?]) ; The garden of God and other poems (Renous River, 1926) ; Canada : queen of the north : the all-Canadian edition for the 60th anniversary of confederation (Chatham, 1927) ; The Dungarvon Whooper and other songs of the Miramichi (Renous River, 1928) ; Some heroes of history (Renous River, 1928) ; Piracy, prophecy, politics and poetry (Chatham, 1929) ; The book beautiful (Chatham, 1930) ; Slogans and other songs ([Renous River, 1930 ?]) ; et Timely topics (Renous River, 1932).

L’initiale « J » figure après le prénom de Whelan sur sa pierre tombale au cimetière St Michael ; d’autres sources et ses propres écrits tendent par ailleurs à démontrer que Whelan ne possédait pas de second prénom.

Arch. privées, W. D. Hamilton (Saint-Jean, N.-B.), Interview with Joe Kehoe, Renous River, 27 juin 1986.— Find a Grave, « Memorial no 135417416 » : www.findagrave.com (consulté le 23 oct. 2018).— Fred Cogswell, « Collection of folk poetry evokes nostalgia », Daily Gleaner (Fredericton), 14 déc. 1990.— North Shore Leader (Newcastle), 21 mai 1937.— Union Advocate (Newcastle), 19 mai 1937.— « An address by Reverend Robert Grattan – on the occasion of the dedication of a tombstone in honor of Michael J. Whelan, poet of Renous […] » (Chatham, s.d. ; exemplaire en notre possession).— W. D. Hamilton, Dictionary of Miramichi biography (Saint-Jean, 1997) ; « Michael Whelan : “poet of the Renous” », dans son ouvrage Miramichi papers (Fredericton, 1987), 61–76.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

W. D. Hamilton, « WHELAN, MICHAEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 5 févr. 2023, http://www.biographi.ca/fr/bio/whelan_michael_16F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique


Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/whelan_michael_16F.html
Auteur de l'article:    W. D. Hamilton
Titre de l'article:    WHELAN, MICHAEL
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2022
Année de la révision:    2022
Date de consultation:    5 février 2023