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WARD, SAMUEL RINGGOLD, abolitionniste, journaliste et conférencier, né de parents esclaves, Anne (Harper ?) et William Ward, dans le Maryland, le 17 octobre 1817, décédé à la Jamaïque, probablement en 1866.

Les parents de Samuel Ringgold Ward s’enfuirent à Greenwich, dans le New Jersey, en 1820, puis se rendirent à New York, en 1826, où Samuel étudia sous la direction des quakers et enseigna dans les écoles fréquentées par les Noirs. En janvier 1838, alors qu’il était professeur à Newark, New Jersey, il épousa une demoiselle Reynolds ; un fils devait naître de ce mariage. Ward fut autorisé à prêcher, en mai 1839, par la New York Congregational (General) Association et il devint pasteur de deux paroisses de Blancs dans l’état de New York, de 1841 à 1851. Entre ces deux ministères, de 1843 à 1846, il étudia la médecine et le droit. Déjà, il avait attiré l’attention de Lewis Tappan, un des principaux abolitionnistes de New York, et il avait été nommé représentant de l’American Anti-Slavery Society en 1839. Devenu membre du parti Liberty, il entreprit, en 1844, une première tournée de conférences auprès des groupements favorables à l’abolition, la tempérance et la paix. De 1845 à 1848, Ward dirigea le True American and Religious Examiner dans le canton de Cortlandville, New York, puis il se rendit à Syracuse, New York, en 1849 pour diriger la publication de l’Impartial Citizen, qu’il déménagea à Boston en 1850. En octobre 1851, il fut de ceux qui facilitèrent l’évasion de William Henry, l’une des principales personnes impliquées dans l’évasion de l’esclave « Jerry ». Pour ne pas être arrêté, Ward s’enfuit à Toronto.

Ward se fit rapidement connaître de la nouvelle Anti-Slavery Society of Canada et il fut nommé au comité exécutif vers la fin de 1851. L’année suivante, le président de la société, Michael Willis*, donnant suite à la suggestion de l’abolitionniste américain Samuel J. May, fils, envoya Ward en tournée de conférences dans le Haut-Canada ; avec l’aide de Thomas Henning, secrétaire de la société, Ward organisa des filiales dans le comté de Grey ainsi qu’à Hamilton, Kingston et Windsor. En avril 1853, la société dépêcha Ward en Angleterre pour recueillir des fonds en vue d’aider les esclaves fugitifs qui affluaient alors au Haut-Canada, et, en l’espace de dix mois, il parvint à réunir £1 200. Il demeura en Grande-Bretagne et prit la parole aux réunions tenues par la British and Foreign Anti-Slavery Society en 1853 et 1854 ; il écrivit son Autobiography of a fugitive Negro et incita Mary Jane Kinnaird, l’épouse d’un philanthrope anglican, à fonder au Canada une école destinée aux Noirs affranchis.

Ward affirma qu’un quaker anglais de ses amis, John Candler, lui offrait 50 acres de terrain à la Jamaïque et il partit pour Kingston avec son fils, vers la fin de 1855, pour délivrer sa famille « d’une situation de dépendance ». On croit qu’il négligea, en partant, de payer certaines dettes à un commerçant de London et à l’Anti-Slavery Society of Canada. Il fut d’abord pasteur et conseiller politique d’un groupe de baptistes de Kingston, puis il alla s’établir sur son terrain en 1860, désireux de « revenir en toute hâte à ce que [son] père [lui] avait enseigné en premier lieu [...] la culture de la terre ». Dans un texte paru en 1866, il appuya vigoureusement la décision prise par le gouverneur de la Jamaïque d’étouffer la révolte qui avait éclaté en octobre 1865 à Morant Bay. Le fait qu’il ait approuvé les représailles barbares exercées à l’endroit des rebelles indique bien qu’il était entièrement du côté du gouvernement, même s’il critiquait la tendance des Blancs à condamner tous les Noirs pour les actes de quelques-uns. Il mourut en 1866 ou peu après, dans le dénuement, semble-t-il.

Ward était et reste une énigme. Comme militant, il était nettement en avance sur les autres esclaves fugitifs de sa race ; il savait que les Noirs devaient gagner le respect des communautés canadiennes dans lesquelles ils s’installaient et il s’opposait à cette forme d’auto ségrégation et d’utopie qu’étaient les villages noirs comme celui que William King* avait fondé à Elgin. Il protesta contre « le régime de mendicité » en vertu duquel, dans les années 50 au Haut-Canada, les pasteurs noirs partaient en tournée pour recueillir de l’argent et des vêtements au profit des fugitifs, et pourtant il entreprit lui-même une tournée de ce genre en Grande-Bretagne. Rédacteur en chef (seulement de nom) et copropriétaire du Provincial Freeman qui militait en faveur des fugitifs – journal fondé à Windsor en 1853 et dirigé, en fait, par Mary Ann Shadd* qui était avec Ward le porte-parole le plus énergique des esclaves fugitifs au Canada – il soulignait la nécessité, pour les Noirs qui arrivaient au pays, de réclamer unanimement leurs droits puisque, selon lui, ces droits n’y étaient pas plus respectés qu’aux États-Unis. Cependant, Ward était mal vu d’un grand nombre d’esclaves affranchis et il se querella avec Henry Bibb*, du journal concurrent Voice of the Fugitive, et avec la Refugee Home Society ; en outre, malgré sa réputation de conférencier à l’esprit clair et exceptionnellement honnête, il fit porter son « humeur belliqueuse » sur les dirigeants de la British and Foreign Anti-Slavery Society, qui virent en lui un partisan de l’abolition immédiate de l’esclavage. Grâce à sa magnifique prestance sur les tribunes, il était considéré comme supérieur à la plupart des orateurs blancs de l’époque – le meilleur, dit-on, après Frederick Douglass. Il s’inclinait néanmoins devant les Britanniques qu’il tenait pour ses supérieurs et, de toute évidence, il se plaisait en la compagnie des grands hommes. Il en était arrivé à croire que seule l’expansion du christianisme et de la civilisation britannique pouvait tirer les Africains et les Noirs en général de leur condition d’infériorité.

Ces contradictions mises à part, Ward saisissait fort bien le problème le plus important de cette époque : il estimait que l’esclavage et le racisme constituaient des questions connexes mais différentes et que si l’abolition de l’esclavage s’imposait, et ce de façon immédiate, la lutte contre le racisme allait se poursuivre longtemps encore. Quand il affirmait que les abolitionnistes canadiens avaient une vision trop optimiste de l’avenir et se montraient trop paternalistes à l’égard des esclaves fugitifs, Ward était en avance sur son époque.

Robin W. Winks

S. R. Ward se présente comme une personnalité insaisissable ; même son livre intitulé Autobiography of a fugitive Negro : his anti-slavery labours in the United States, Canada, & England (Londres, 1855 ; réimpr., New York, 1968 ; réimpr., Chicago, 1970) ne révèle presque rien. L’unique exemplaire connu de son livre, probablement une réimpression, intitulé Reflections upon the Gordon rebellion (1866) se trouve à l’University of Michigan (Ann Arbor), Dept. of Rare Books and Special Coll. Le Provincial Freeman (Windsor, Toronto et Chatman), 1853–1856, le Liberator (Boston), 1831–1865, la Voice of the Fugitive (Sandwich et Windsor, Ont.), 1851–1853, et le Frederick Douglass’ Paper (Boston), 1847–1863, mentionnent Ward fréquemment ; le Anti-Slavery Reporter (Londres), 1853–1855, contient des récits du séjour de Ward en Angleterre. L’American Antiquarian Soc., Worcester, Mass., possède des numéros de l’Impartial Citizen (Syracuse, N.Y., Boston) de février 1849 à juin 1850 et de septembre à décembre 1850. Des papiers anti-esclavagistes de l’Anti-Slavery Soc., 1820–1951 (mss Brit. Emp. s.16–24), à la Rhodes House Library de l’University of Oxford, contiennent de nombreuses mentions de Ward durant les années 1853 à 1855 ; de semblables mentions se trouvent aussi dans les Annual reports (Toronto), de l’Anti-Slavery Soc. of Canada, pour les années 1852 à 1857.  [r. w. w.]

Autographs for freedom, Julia Griffiths, édit. (Boston, 1853).— DAB.— The antislavery vanguard : new essays on the abolitionists, M. B. Duberman, édit. (Princeton, N.J., 1965).— B. L. Fladeland, Men & brothers : Anglo-American antislavery cooperation (Urbana, Ill., 1972).— Winks, Blacks in Can.— R. K. Burke, The Impartial Citizen of Samuel Ringgold Ward, Journalism Quarterly (Minneapolis, Minn.), [49] (1972) : 759s.

Bibliographie générale

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Robin W. Winks, « WARD, SAMUEL RINGGOLD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ward_samuel_ringgold_9F.html.

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Auteur de l'article:   Robin W. Winks
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   25 octobre 2014