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VALLIÈRE, PHILIPPE (baptisé Philippe-Édouard), ébéniste, fabricant de meubles et homme politique, né le 15 septembre 1832 à Québec, fils de Jean-Olivier Vallière et de Luce Trahan ; le 28 janvier 1856, il épousa en l’église St Patrick de Québec Ann Scott, et ils eurent six enfants ; décédé le 17 janvier 1919 dans la même ville.

Troisième d’une famille de sept enfants, Philippe Vallière apprit les rudiments de son métier auprès de son père, un chaisier qui s’était établi au 28 de la rue Saint-Vallier à Québec. Le 6 novembre 1853, il s’associa avec son père pour former la société Jean Olivier Vallière et Fils. Il se rendit ensuite en Europe pour se perfectionner en ébénisterie et y recruta quelques ouvriers français et belges considérés comme de véritables artistes dans leur pays. En 1866, Vallière devint l’unique propriétaire de l’entreprise familiale, qui comptait 12 employés. Des agrandissements successifs lui permirent d’embaucher, dès 1871, une centaine d’hommes dont 30 travaillaient à domicile pour la finition d’ouvrages fins. Au cours du dernier quart du {{xix}}e siècle, il possédait l’une des plus grandes fabriques de meubles au Canada et la plus importante à l’est de Toronto. Il fournit, à Québec principalement, l’ameublement de nombreuses résidences, du château Frontenac, de plusieurs institutions religieuses et maisons d’éducation, dont l’université Laval, ainsi que d’un certain nombre d’édifices publics. Il compta également des clients dans d’autres régions, particulièrement à Montréal, dans les Cantons-de-l’Est et dans les Maritimes. Sa manufacture produisait surtout des meubles fins et de grand prix, notamment dans le style néo-rococo, fabriqués le plus souvent en noyer, bien que d’autres bois, tel que l’acajou, le bois de rose, le frêne et même le rotin, fussent utilisés. En 1912, Vallière abandonna définitivement l’entreprise à son fils Édouard, qui, au début de janvier 1919, se départit de la dernière portion de la manufacture. Le bâtiment allait s’écrouler finalement sous le pic des démolisseurs le 14 avril 1967.

Parmi les réalisations les plus importantes de Vallière figurent les travaux exécutés pour les édifices parlementaires, spécialement ceux de la province de Québec, dont il peut être considéré comme le principal fournisseur. Déjà, lorsque le siège du Parlement de la province du Canada avait été transféré de Québec à Ottawa à la fin de 1865, Vallière s’était vu confier des ouvrages de menuiserie et d’ébénisterie pour le nouvel édifice parlementaire [V. Thomas Fuller*]. En 1867, avec les changements constitutionnels et l’avènement d’un Parlement provincial à Québec, il fut chargé de fabriquer l’essentiel de l’ameublement de l’Hôtel du Parlement, situé rue de la Montagne (côte de la Montagne). De 1880 à 1897, il effectua des travaux de menuiserie et d’ébénisterie pour les nouveaux édifices parlementaires, érigés à proximité de la porte Saint-Louis, qui abritèrent aussi pendant des années tous les départements du gouvernement [V. Eugène-Étienne Taché]. Il participa, entre autres, à l’installation des salles de l’Assemblée législative et du Conseil législatif, et de leurs bureaux, ainsi qu’à la réalisation du mobilier de la Bibliothèque de la Législature et du restaurant.

Vallière fournit aussi, en 1872, pour 3 882 $, des meubles destinés à la résidence du gouverneur général, à la citadelle de Québec. Il produisit d’autres éléments de mobilier en prévision de la visite du duc d’York en septembre 1901.

Pour les institutions religieuses, Vallière réalisa, notamment en 1882, l’autel de la chapelle privée des jésuites, à Québec, ouvrage qu’il effectua lui-même et qu’il offrit gratuitement à la communauté. Les bancs et les confessionnaux de leur église, livrés en 1888, furent aussi fabriqués dans son établissement. Deux ans auparavant, l’archevêché de Québec avait eu recours aux services de Vallière pour meubler la salle d’honneur en vue de la nomination de l’archevêque Elzéar-Alexandre Taschereau* au titre de cardinal, le premier de l’histoire canadienne. Pour compléter ce mobilier, comprenant le trône de l’évêque, 24 chaises et 12 fauteuils, il fit don à l’archevêché d’un magnifique sofa sculpté.

Par ailleurs, dès 1883, des meubles furent commandés chez Vallière pour les cours et les tribunaux installés temporairement dans l’Hôpital militaire, rue Saint-Louis, à la suite de l’incendie du palais de justice. Il participa également à la réalisation du mobilier pour le nouveau palais de justice de Québec, inauguré en 1889, et pour celui de Montréal, lors de son agrandissement en 1891. Cette année-là, il obtint aussi les contrats d’ameublement de la nouvelle prison du district de Montréal, de la McGill Normal School à Montréal et de l’école normale Laval à Québec ; il réalisa aussi, en vue d’une exposition tenue à la Jamaïque la même année, le pavillon de la province que le gouvernement lui avait demandé de construire avec le bois provenant des différentes espèces d’arbres qui croissaient au Québec, une véritable œuvre d’art, disait-on à l’époque.

Toutefois, en 1892, une controverse éclata à propros des travaux d’ébénisterie de 150 000 $ confiés à Vallière pour le palais de justice de Montréal. Les conservateurs de Charles Boucher de Boucherville accusèrent l’ancien premier ministre Honoré Mercier* d’avoir favorisé son ami, de qui il aurait reçu la somme de 50 000 $ pour garnir la caisse du Parti libéral. De plus, ils considéraient que l’ameublement somptueux destiné, entre autres, à la chambre des délibérations des juges de la Cour supérieure était hors de proportion avec les moyens de la province. Pendant que les travaux d’agrandissement du tribunal piétinaient et que les entrepôts de Vallière débordaient de meubles, l’ébéniste concentra ses efforts sur un autre contrat d’importance, celui de l’école normale Jacques-Cartier à Montréal. Par la suite, le gouvernement de Louis-Olivier Taillon* consentit à utiliser une partie du surplus des meubles pour les palais de justice de Hull et de Bryson, et, en 1894 et en 1895, Vallière reçut même des commandes supplémentaires.

Le 25 novembre 1895, Vallière s’engagea à exécuter les travaux de menuiserie et d’ébénisterie pour les salles du conseil et de la Cour du recorder dans l’hôtel de ville de Québec, conformément aux devis de l’architecte Georges-Émile Tanguay*.

À l’occasion des expositions provinciales tenues à Montréal et à Québec, Philippe Vallière remporta de nombreux prix ainsi que plusieurs mentions d’excellence. En dépit de ses occupations commerciales, il prit part à la vie municipale, comme représentant du quartier du Palais de 1874 à 1878, puis de 1882 à 1884. En reconnaissance des distinctions obtenues, de son apport à la vie économique et de son travail de conseiller et d’échevin, la ville de Québec donna son nom, en 1890, à l’une des rues situées à proximité de son commerce.

Suzanne Fournier Vallière

Une photographie de Philippe Vallière, prise en 1874, au moment où il était conseiller municipal, est conservée aux Arch. de la ville de Québec, dans la Coll. iconographique, sous la cote H 7313, négatif 713. Un portrait de Vallière, réalisé à Rome en 1876 par Ippolito Zapponi, est maintenant la propriété du Musée du Québec (Québec) et conservé sous la cote 46–171. On trouve une reproduction en noir et blanc de cette peinture sur la page couverture du Bull. de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale (Québec), 21 (1992), n°S 2–3, qui contient aussi, aux pages 10–13, un article de Suzanne [Fournier] Vallière, intitulé « Philippe Vallière, fournisseur d’ameublement pour les édifices parlementaires ». Le Musée de la civilisation (Québec) possède une collection de meubles attribués à Vallière.

AC, Québec, État civil, Catholiques, Cimetière Notre-Dame de Belmont (Sainte-Foy), 20 janv. 1919 ; Minutiers, Joseph Allaire, 25 nov. 1895.— AN, RG 11, 305 : 26740 ; 720 :82242 ; 783 : 60758 ; 1890 :232075.— ANQ-Q, CE1-22, 16 sept. 1832 ; CE1-98, 28 janv. 1856 ; E25/761, /1054, /1735, /1787.— L’Action catholique (Québec), 17 janv. 1919 (notice nécrologique).— Le Canadien, 20 févr. 1884, 3 nov. 1890.— Le Courrier du Canada (Québec), 13 mai 1893.— L’Événement, 3 janv. 1871, 21 févr. 1884, 13 mars 1897, 17 janv. 1919.— Le Journal de Québec, 11 avril 1888.— Quebec Chronicle, [cahier spécial :] Ancient Quebec and modern, janv. 1900 : 26 (exemplaire conservé aux Arch. de la ville de Québec, Coll. textuelle).— Le Soleil, 17 janv. 1919 (notice nécrologique).— Annuaire du commerce et de l’industrie de Québec [...] (Québec), 1873).— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 2 : 334.— F.-X. Chouinard et al., la Ville de Québec, histoire municipale (4 vol., Québec, 1963–1983), 4.— Québec, Assemblée législative, Journaux, 18941895 : 250.— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, 6 : 14, 155, 269s. ; 10 : 6064.— Suzanne [Fournier] Vallière, « Philippe Vallière, ébéniste et manufacturier de meubles », Cap-aux-Diamants (Québec), 2 (19861987), no 1 : 2527.

Bibliographie générale

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Suzanne Fournier Vallière, « VALLIÈRE, PHILIPPE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/valliere_philippe_14F.html.

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Auteur de l'article:   Suzanne Fournier Vallière
Titre de l'article:   VALLIÈRE, PHILIPPE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 novembre 2014