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STOKES, SUSANNAH AUGUSTA (Maxwell), maîtresse de maison et blanchisseuse, née le 10 mars 1805 dans le comté de Lancaster, Pennsylvanie ; elle épousa Henry Maxwell, et ils eurent cinq enfants ; décédée le 11 février 1923 à Richmond Hill, Ontario.

Les parents de Susannah Augusta Stokes étaient des Noirs affranchis. Orpheline à un âge précoce, elle fut placée dans une famille de race blanche. Ces gens, chez qui elle resta jusqu’à sa majorité, la traitaient bien, semble-t-il, et l’envoyèrent à l’école, où elle apprit à lire et à écrire. Devenue adulte, elle épousa Henry Maxwell et s’installa dans le comté de Lancaster, peut-être au village de Christiana. La Pennsylvanie, où l’esclavage avait presque disparu, était devenue un refuge pour les fugitifs du Sud, mais avec l’adoption du Fugitive Slave Act en 1850, les chasseurs d’esclaves acquirent le droit de les capturer. Certains d’entre eux allaient jusqu’à kidnapper des Noirs affranchis et des Blancs à la peau sombre.

En septembre 1851, les habitants du village où vivait Susannah Augusta Stokes Maxwell repoussèrent l’invasion d’une bande de chasseurs d’esclaves. Il s’agissait probablement de la « résistance de Christiana », épisode au cours duquel Edward Gorsuch, aidé de quelques personnes, tenta de reprendre, entre autres, son esclave fugitif William Parker et fut tué. Bien que son nom ne figure pas dans la documentation sur cette résistance, ce que l’on sait au sujet de Mme Maxwell – elle se trouvait dans un village qui fut envahi et qui se défendit, et elle s’enfuit hors de Pennsylvanie – concorde avec le récit, qui dit que plusieurs des « résistants », par crainte d’être arrêtés et emprisonnés, prirent la fuite. En 1855, une des filles de Mme Maxwell, Charlotte Matilda (Tillie), vit le jour dans l’État de New York.

Dès 1858, les Maxwell, tout comme Parker, se trouvaient dans le Haut-Canada, où naquirent au moins deux de leurs enfants. Ils passèrent quelques années à Toronto mais, vers 1871, comme le travail manquait, ils montèrent jusqu’à Richmond Hill, où les perspectives étaient meilleures. Susannah Augusta devint blanchisseuse, Henry, charbonnier. Ce dernier mourut peu de temps après, laissant Susannah Augusta seule pour subvenir aux besoins des enfants. La nécessité d’avoir un emploi faillit, une fois, lui coûter la vie. Après avoir appris que les salaires étaient plus élevés à Markham, à sept milles de Richmond Hill, elle s’était mise à aller y travailler à pied. Un soir, sur le chemin du retour, elle fut prise dans une tempête de neige si violente qu’elle s’évanouit. Un chien la trouva, à moitié morte, et alerta les gens des alentours. Peut-être est-ce à la suite de cet incident qu’elle décida de tenir une blanchisserie chez elle avec l’aide de ses filles Mary et Tillie. C’était là l’une des nombreuses stratégies de survie auxquelles avaient recours les femmes de sa race, de sa classe et de sa situation familiale.

On sait que Mme Maxwell fréquenta l’église méthodiste à Richmond Hill – elle est dite méthodiste wesleyenne dans le recensement de 1871 – mais des sources plus tardives indiquent qu’elle était presbytérienne. Elle prenait une part active à la vie de l’église presbytérienne de la rue Yonge, en face de sa maison. Pendant longtemps, semble-t-il, les Maxwell furent les seuls descendants d’Africains à Richmond Hill. En 1897, Tillie, qui avait été domestique à Toronto et ne s’était pas mariée, rejoignit sa mère. Huit ans plus tard, le village célébra le centième anniversaire de naissance de Mme Maxwell à son église. Ses invités, dont le juge William Glenholme Falconbridge*, anciennement du village, lui remirent 75 $. De tous ses enfants, seule Tillie était encore vivante. Il semble que, après le décès de celle-ci en 1920, Mme Maxwell put compter sur l’assistance des familles pour lesquelles elle avait travaillé.

Susannah Augusta Stokes Maxwell mourut le 11 février 1923 à l’âge de 117 ans. Les nécrologies parues dans les journaux de Richmond Hill et de Toronto diffèrent quant à certains détails sur la période antérieure à son arrivée au Canada, mais affirment qu’elle était la doyenne des citoyens du pays. Elle avait sûrement gardé des liens avec la communauté noire de Toronto puisque l’un des ministres qui célébrèrent ses funérailles était Richard Amos Ball, de l’Église méthodiste épiscopale britannique de cette ville. Mme Maxwell avait connu le règne de six monarques britanniques, la guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale. Au cours du demi-siècle où elle avait habité à Richmond Hill, elle avait vu ce paisible hameau se transformer en une ville florissante et avait participé activement à cette transformation.

Afua Cooper

AN, RG 31, C1, 1871, Markham Township, Ontario, div. 2 : 41 ; 1901, Richmond Hill, Ontario, 2.— AO, RG 80-8-0-797, nº 43303 ; RG 80-8-0-947, nº 38945.— Globe, 9 mars 1922, 12 févr. 1923.— Richmond Hill Liberal, 13 mai 1920, 15 févr. 1923.— Annuaire, York County, Ontario, 1871.— S. W. Campbell, The slave catchers : enforcement of the fugitive slave law, 1850–1860 (Chapel Hill, N.C., 1970).— Jonathan Katz, Resistance at Christiana : the fugitive slave rebellion, Christiana, Pennsylvania, September 11, 1851 : a documentary account (New York, 1974).— R. M. Stamp, Early days in Richmond Hill : a history of the community to 1930 (Richmond Hill, 1991)

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Afua Cooper, « STOKES, SUSANNAH AUGUSTA (Maxwell) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/stokes_susannah_augusta_15F.html.

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Auteur de l'article:   Afua Cooper
Titre de l'article:   STOKES, SUSANNAH AUGUSTA (Maxwell)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   19 décembre 2014