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STINSON, MARION ELIZABETH (Ottaway ; Crerar), philanthrope et participante à l’effort de guerre, née le 8 septembre 1859 à Hamilton, Haut-Canada, fille de John Stinson, banquier, et d’Emma Caroline Counsell ; le 19 août 1877, elle épousa à Hamilton Cuthbert John Ottaway, et ils eurent une fille, puis le 9 juin 1884, au même endroit, Peter Duncan Crerar, et de ce second mariage naquirent trois fils et une fille ; décédée dans la même ville le 20 mai 1919.

Privilèges et souffrance façonnèrent l’existence de Marion Elizabeth Stinson. Sa grand-mère paternelle Margaret Zimmerman était la descendante de loyalistes allemands de Pennsylvanie. Son grandpère Thomas Stinson avait émigré d’Irlande et s’était taillé une bonne place à Hamilton en tant que marchand et banquier. Grâce à cette réussite, la famille de Margaret et Thomas Stinson avait de l’instruction et du prestige, mais la mort précoce de six des neuf enfants, dont le père de Marion Elizabeth, jeta une ombre sur ce bien-être. Cette dernière fut profondément marquée par le stoïcisme de Margaret Stinson.

Le père de Marion Elizabeth fut emporté par la tuberculose en 1865 et sa mère se remaria trois ans plus tard. Peu après, ayant terminé ses études dans des écoles privées de Hamilton, Marion Elizabeth alla étudier en Angleterre. Les voyages et l’éducation, selon une nécrologie, firent d’elle une « femme du monde cultivée, à l’esprit ouvert, dotée de toutes les grâces » et pleine d’assurance. En 1878, elle et son fiancé, Cuthbert John Ottaway, élève d’Eton et d’Oxford et avocat estimé, firent un bref séjour à Hamilton pour se marier. L’année suivante, Cuthbert John mourut à Londres d’une « affection tuberculeuse » ; Marion Elizabeth, qui n’avait que 18 ans, était enceinte. Fervente anglicane, elle trouva consolation dans la religion.

Marion Elizabeth rentra à Hamilton où, en 1884, elle épousa Peter Duncan Crerar, immigrant écossais et avocat prospère qui avait des relations d’affaires de plus en plus nombreuses. Ensemble, ils devinrent des personnalités du milieu mondain, culturel et économique de Hamilton, soutenant le théâtre local et recevant des comédiens en tournée. Marion Elizabeth, qui avait une formation de cantatrice, allait régulièrement à l’opéra et amassait des fonds pour l’orchestre philharmonique. Cependant, elle s’occupait surtout de ses enfants, dont l’aîné, Henry (Harry) Duncan Graham*, commanderait la 1ère armée canadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale. La famille voyageait à l’étranger et passait ses étés dans la région de Muskoka. Selon un admirateur, Mme Crerar était « une ravissante et gracieuse mère de la vieille école ». Remplir ses devoirs envers la monarchie, le pays et Dieu, tel était son grand précepte.

Les œuvres philanthropiques furent pour Marion Elizabeth Crerar une façon de vivre son patriotisme. La ferveur impérialiste suscitée par la guerre des Boers, plutôt que l’adhésion aux objectifs des réformistes en faveur du suffrage féminin, l’amena à sortir de chez elle. Cofondatrice du chapitre de l’Imperial Order Daughters of the Empire à Hamilton en 1900 [V. Edith Sarah Louisa Boulton], elle le dirigea en tant que vice-présidente du conseil à compter de 1900, puis de présidente de 1902 à 1919, sauf pendant une période de maladie en 1913–1914. Le chapitre tint en 1903 une exposition de produits fabriqués au Canada et, trois ans plus tard, une foire de produits fabriqués à Hamilton. Ce fut également sur l’initiative de Mme Crerar que le chapitre de Hamilton se joignit au combat contre la tuberculose. « On n’aurait pu entreprendre œuvre plus concrètement patriotique que la lutte contre l’un de ces ennemis insidieux de la santé et du bien-être de la nation », notait l’une de ses nécrologies. Mme Crerar était d’autant plus engagée dans cette lutte que la tuberculose avait fait et continuait de faire des victimes parmi ses proches.

Mme Crerar s’imposa rapidement dans le domaine de l’hygiène publique. Au début de 1906, elle figurait parmi les premiers membres du Ladies’ Auxiliary Board de la Hamilton Health Association, qui était en train de créer le Hamilton Mountain Sanatorium for Consumptives. Peu après, elle forma un nouveau chapitre de l’Imperial Order Daughters of the Empire pour approvisionner ce sanatorium en linge de maison. Le conseil auxiliaire des dames était chapeauté par la Hamilton Health Association, qui, essentiellement, s’occupait des finances et approuvait les décisions du conseil. Jusqu’à sa mort, Mme Crerar fut présidente du conseil des dames auxiliaires, qui administrait le sanatorium. En outre, sa famille donna un centre récréatif et ce fut sur sa proposition que sa fille Lillian Ottaway Beck et son gendre Adam Beck*, dont la fille était atteinte de tuberculose, fondèrent un sanatorium près de London. Marion Elizabeth Crerar put toujours compter sur le soutien de son mari. Lorsqu’il mourut d’une crise d’apoplexie en 1912, elle fut dévastée, et sa santé en souffrit beaucoup.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, Marion Elizabeth Crerar investit ses énergies dans l’effort de guerre. Au début, elle agit par l’entremise de l’Imperial Order Daughters of the Empire : elle parrainait des conférences où l’on collectait de l’argent pour les soldats et elle mettait à profit ses talents exceptionnels d’organisatrice pour des campagnes de recrutement et d’autres initiatives. En septembre 1915, elle transforma sa maison en hôpital pour convalescents à l’intention des soldats de Hamilton qui revenaient d’outre-mer. Elle tint cet hôpital indépendamment de la Commission des hôpitaux militaires jusqu’à sa fermeture en novembre 1918, refusant toute aide financière, sauf les dons de charité et un dollar par jour par patient du conseil municipal de Hamilton. « Tant que j’en aurai la force, écrivit-elle en réponse à des offres de soutien du département de la Milice et de la Défense, je ferai cela avec joie pour contribuer à l’effort de guerre et [...] pour servir le Roi et mon pays. » Ses sacrifices s’étendirent à sa famille : ses trois fils, Harry, Alastair John et Malcolm Charlton, s’enrôlèrent. En conséquence, elle mit sur pied le Women’s Auxiliary of the 11th Battery de la Canadian Field Artillery, qui était l’unité de Harry. Après que Malcolm Charlton, membre du Royal Flying Corps, eut été tué en 1917, elle redoubla d’efforts. Elle travailla avec la Société canadienne de la Croix-Rouge et, par l’entremise de l’Imperial Order Daughters of the Empire, ouvrit et dota en personnel une cuisine diététique pendant l’épidémie de grippe espagnole de 1918–1919. Les graves blessures subies par Alastair John en 1918 empirèrent son propre état. Elle quitta la fonction de présidente en mars 1919 et mourut en mai de complications associées au diabète.

« Pour elle, la vie était un pèlerinage », nota après sa mort le président de la Hamilton Health Association. « Je n’avais jamais encore connu pareil témoin de sa foi », fit observer son conseiller spirituel. Très attachée à l’Empire, chef de file en matière d’œuvres sociales, Marion Elizabeth Stinson Crerar représente bien les réformateurs sociaux qui étaient issus de la classe supérieure et vécurent pendant la période charnière des xixe et xxe siècles. Cependant, ses tendances réformistes n’étaient pas simplement un reflet de celles de sa classe sociale ; elles s’enracinaient aussi dans son expérience personnelle.

Paul Dickson

De l’information additionnelle sur la famille nous a été gracieusement communiquée par Margaret Crerar Palmer, une des petites-filles du sujet, au cours d’une entrevue réalisée en avril 1991.  [p. d.]

AN, MG 30, E157, 16, 29 ; RG 24, 4290, dossier 34-1-54, 2e partie.— HPL, Arch. files, Martin papers, 371 ; Clipping files, Hamilton – social life and customs.— Royal Military College of Canada Library, Special Coll. Div. (Kingston, Ontario), Crerar coll., Crerar family album, 1898–1911.— Daily Times (Hamilton, Ontario), 30 juin 1865, 6 août 1868.— Globe, 27 mai 1911.— Hamilton Herald, 2 déc. 1892, 21 nov. 1908, 10 juin 1912, 20 mai 1919.— Hamilton Spectator 10 juin 1884, 8 août 1917, 20 mai 1919.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— DHB, 1–2.— Marjorie Freeman Campbell, A mountain and a city : the story of Hamilton (Toronto et Montréal, 1966).— L. M. Shaw, « Two Hamilton families », Western Ontario Hist. Notes (London), 16 (1960), no 1 : 10–18.— Jeffrey Wollock, « Glimpses at a Hamilton family », OH, 64 (1972) : 105–115.

Bibliographie générale

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Paul Dickson, « STINSON, MARION ELIZABETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/stinson_marion_elizabeth_14F.html.

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Auteur de l'article:   Paul Dickson
Titre de l'article:   STINSON, MARION ELIZABETH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 décembre 2014