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RUSSELL, JOSEPH, homme d’affaires, né le 17 août 1786 à Clackmannan, Écosse, fils de Thomas Russell et d’une prénommée Jannett ; le 20 septembre 1819, il épousa à Chatham, Nouveau-Brunswick, Ann Agnes Hunter, également de Clackmannan, et ils eurent quatre fils et cinq filles ; décédé le 10 mars 1855 à Great Salt Lake City (Salt Lake City, Utah).

La vie de Joseph Russell fut une réussite depuis son enrôlement dans la marine royale à l’âge de 12 ans jusqu’à sa participation comme important bailleur de fonds de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (connue aussi sous le nom d’Église des mormons), alors qu’il était dans la soixantaine. On connaît peu de chose de ses premières années, mais la légende qui a cours au Nouveau-Brunswick raconte qu’il était midshipman sur le Vanguard de Horatio Nelson pendant la bataille du Nil en 1798. L’arrivée de Russell au Nouveau-Brunswick n’attira pas l’attention et aucun document ne rapporte cet événement. La première mention concernant Russell remonte à son mariage en 1819. En 1826, il possédait plusieurs immeubles à Chatham dont l’hôtel King’s Arms, qu’il exploitait. Lieu de rencontre de la communauté, cet hôtel abritait une école de danse ; en outre, c’est là que se tenaient les ventes par autorité de justice, ainsi que les réunions de la Chatham Fire Company, de la chambre de commerce et de la société d’agriculture.

Bien que Russell soit surtout connu au Nouveau-Brunswick comme constructeur de navires, il semble qu’il ne s’engagea dans ce champ d’activité qu’en 1827. Cette année-là, il construisit un schooner de 387 tonneaux, dont le tiers lui appartenait. Il se lança définitivement dans la construction navale après qu’un incendie eut détruit son hôtel et deux autres immeubles le 19 janvier 1831. L’année suivante, il fit l’acquisition du chantier maritime de Francis Peabody*, à Chatham, et entreprit de construire des navires jaugeant jusqu’à 732 tonneaux, au rythme d’un par année. Il vendit ce chantier à Joseph Cunard* en 1839 et acheta celui de John Fraser à l’île Beaubears.

Ce nouvel établissement maritime était idéal : il pouvait être facilement agrandi et il était possible d’y mettre à l’eau des navires de 1 000 tonneaux. De plus, les voies fluviale et terrestre qui donnaient accès à la haute Miramichi et à Fredericton passaient à proximité, et l’endroit était assez éloigné pour qu’on puisse y faire le commerce des marchandises en général. De 1839 à 1850, Russell construisit 21 bâtiments à gréement carré, jaugeant entre 354 et 850 tonneaux ; cinq de ces navires furent lancés en 1844, l’année la plus productive du chantier. C’est au plus fort de cette activité que Russell embaucha un maître constructeur, John Harley*, et un gérant d’affaires, George Burchill, lesquels s’acquittèrent fort bien de leur tâche. Le principal fournisseur et client de l’entreprise était la firme britannique Rankin, Gilmour and Company et sa filiale de Miramichi, la Gilmour, Rankin and Company [V. Alexander Rankin]. Russell et les associés de la compagnie de Liverpool entretenaient des relations à la fois personnelles et professionnelles ; certains des associés passaient même l’hiver avec Russell à l’île Beaubears, plutôt qu’à Douglastown où était située leur filiale de Miramichi.

L’entreprise de Russell dans le domaine de la construction navale fut une réussite, mais ce dernier n’obtint pas le même succès lorsqu’il fonda avec six hommes d’affaires la Bank of Miramichi en 1837. Bien que constituée juridiquement en janvier 1838, la banque fut incapable de vendre des actions après la mise de fonds initiale de £7 000 et elle n’ouvrit jamais ses portes.

Russell ne tenta pas de se soustraire à ses devoirs de citoyen. En 1824, il aida à mettre sur pied la Chatham Fire Company et servit comme pompier, si bien que 15 ans plus tard le capitaine Russell recevait encore des éloges pour sa participation à la lutte contre les incendies. Il fut membre du jury d’accusation et directeur du bureau de bienfaisance de Chatham en 1832. Bien qu’il n’ait jamais été élu à une fonction, il participa à quelques activités politiques de moindre importance et fut nommé à divers postes. En 1835, il fit partie de la délégation qui présenta au lieutenant-gouverneur sir Archibald Campbell* une pétition signée par les citoyens de Chatham et demandant que l’augmentation des droits de coupe soit annulée. La pétition fut refusée. À la suite des troubles de 1837–1838 aux Canadas, la proposition de Russell « réprouvant la conduite des rebelles du Bas-Canada et louant ceux qui avaient rétabli l’ordre et écrasé la rébellion » fut adoptée au cours d’une réunion d’hommes d’affaires de Chatham. Le 12 février 1840, il fut parmi les 17 hommes qui demandèrent et obtinrent que Richard Marshall Clarke, shérif en chef du comté de Northumberland, soit révoqué pour abus de pouvoir. Après avoir établi son entreprise à l’île Beaubears, il occupa le poste de directeur du bureau de bienfaisance de la paroisse de Nelson, de 1840 à 1842, et fit de nouveau partie du jury d’accusation en 1844 et 1846. Au nom du jury d’accusation, il souhaita la bienvenue au juge George Frederick Street, de la Cour suprême, lorsque ce dernier arriva dans le comté en 1846 afin de tenir les audiences du tribunal itinérant.

En 1832, Russell fut membre fondateur de la Miramichi Sunday School Society, dont l’enseignement était axé sur l’anglicanisme. Il siégea également au premier comité de direction de cette association et à plusieurs de ceux qui suivirent. La famille Russell se convertit au mormonisme, probablement dès 1840 ou 1841, lorsque le missionnaire Alfred Dixon visita la région de la Miramichi. Toutefois, cette conversion n’empêcha pas les Russell de s’engager dans d’autres activités sociales et religieuses. En janvier 1841, Russell participa à la fondation de la North British Society (devenue après le 11 avril 1846 la Highland Society of New Brunswick à Miramichi) et fut membre de son conseil d’administration de 1841 à 1847. La femme de Russell fut élue au comité de direction de la Miramichi Ladies Bible Society le 29 septembre 1843 et demeura membre de cet organisme jusqu’en 1847.

En allant s’établir à l’île Beaubears en 1846 ou 1847, la famille Russell dut cesser la plupart de ses activités sociales et civiques. Il se peut que Russell ait attendu pour déménager que ses enfants aient dépassé l’âge scolaire, mais le moment de son départ peut aussi avoir été dicté par la persécution religieuse dont il fut l’objet. Russell était à cette époque un fervent mormon et, au cours de l’hiver de 1847–1848, pendant qu’il s’adressait à un groupe de coreligionnaires dans un bâtiment de Chatham, il fut pris à partie par des gens qui se trouvaient là. Il tenta de les raisonner mais, malgré son âge et le rôle qu’il avait joué dans divers organismes municipaux et civiques, il fut malmené au point qu’il dut interrompre sa prédication.

Russell prit une part de plus en plus active au sein de l’Église des mormons. En prévision de la mission que cette secte projetait, le trois-mâts barque de 627 tonneaux qu’il avait lancé en 1846 fut nommé Zion’s Hope, et Russell fit partie du premier voyage que le navire effectua à destination de Liverpool. Il allait offrir le Zion’s Hope aux mormons d’Angleterre afin que ces derniers s’en servent pour transporter les émigrants se rendant au Deseret (Utah) par la Californie. Cependant, les mormons britanniques n’étaient pas disposés à exploiter le navire ni à assumer le coût du voyage, et l’offre fut retirée.

À la suite de rencontres qui eurent lieu à Boston en 1848 avec Wilford Woodruff, membre du Conseil des douze apôtres de l’Église des mormons, Russell entreprit des démarches pour vendre son chantier et se retirer au Deseret. Woodruff se tint en relation avec Russell cet hiver-là et se rendit à Miramichi en juillet 1849. Les deux hommes partirent pour Bedeque (Central Bedeque, Île-du-Prince-Édouard), où ils rétablirent l’Église, puis se quittèrent à Shediac, au Nouveau-Brunswick, le 5 août. Russell poursuivit ses tentatives en vue de se défaire de son entreprise, mais la vente à l’encan annoncée pour le 12 septembre n’eut pas lieu. De façon générale, la situation économique n’était guère reluisante et, l’année précédente, le chantier Cunard, le plus important de la région, avait même déclaré faillite. Le 29 septembre, Harley et Burchill acceptèrent finalement d’acheter l’entreprise évaluée provisoirement à £750, bien que Russell ait prétendu qu’elle valait entre £6 000 et £7 500. Le prix fut fixé à £1 000 et pour le chantier et pour l’inventaire, au moment où Russell allait quitter définitivement Miramichi.

Russell s’embarqua avec sa famille probablement à bord de l’Omega, le dernier navire qu’il avait construit, lorsque ce bâtiment mit la voile pour Liverpool le 24 juin 1850. À son arrivée, il régla ses comptes avec ses mentors de longue date, les associés de la Rankin, Gilmour and Company, et toucha ce qui lui était dû, soit une somme de £11 000 à £12 000. Il entra aussi en contact avec deux membres du Conseil des douze apôtres afin d’étudier la possibilité d’établir la Deseret Manufacturing Company. Cette firme devait produire du sucre de betterave sur le territoire de l’Utah, permettant ainsi aux mormons de ne plus dépendre du sucre importé. Quand la compagnie fut constituée juridiquement le 22 août 1851, Russell en était le principal actionnaire, grâce aux £4 500 qu’il avait investies. Il quitta Liverpool à la fin de 1851 afin de mettre l’entreprise sur pied. La machinerie envoyée d’Angleterre arriva de la Nouvelle-Orléans par voie de terre. Russell était totalement insatisfait du fonctionnement de la compagnie, et celle-ci fut dissoute le 5 mars 1853. L’entreprise fut réorganisée, mais elle ne connut jamais le succès. Russell mourut le 10 mars 1855, sans avoir été témoin de l’échec final de l’entreprise.

Joseph Russell ne fut une figure dominante ni au Nouveau-Brunswick ni en Utah, mais aux deux endroits il s’attira le respect de la population et mena à bien ce qu’il entreprit. Au sein de l’Église des mormons, il côtoyait le chef Brigham Young et, lors de ses funérailles en Utah, un membre du Conseil des douze apôtres fit son éloge. Dans la région de la Miramichi, il avait réussi comme constructeur de navires et les efforts qu’il avait déployés au service de la communauté furent publiquement reconnus. Il avait construit 29 bons navires et amassé 70 000 $ au moment où il prit sa retraite en 1850.

Burton Glendenning

APNB, MBU, II/8/3/1 ; II/13/5/4 ; RG 18, RS153, A7–8 ; 17/1.— Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints, Hist. Dept. (Salt Lake City, Utah), Journal hist. of the Church, Alfred Dixon, letter, 5 oct. 1841 ; Patriarchal blessings, 12 : 335 ; F. D. Richards, diary, 29 août 1851 ; Wilford Woodruff, diaries, box 2, folder 3, 1848–1849, particulièrement 15 févr. 1849 ; box 3, folder 1, 1855 ; Brigham Young coll., church related businesses, constitution of the Deseret Manufacturing Company, 22 août 1851 ; miscellaneous minutes, box 47, folders 7–8.— Highland Society of New Brunswick at Miramichi, A.D. 1847 ; incorporated 11th day of April 1846 (Londres, 1847).— Latter-Day Saints’ Millennial Star (Liverpool, Angl.), 17 (1855) : 346.— Gleaner (Chatham, N.-B.), 1829–1850.— Mercury (Miramichi, N.-B.), 1826–1829.— Burton Glendenning, « The Burchill lumbering firm, 1850–1906 : an example of nineteenth century New Brunswick entrepreneurship » (thèse de {{m.a}}., Concordia Univ., Montréal, 1978).— Louise Manny, Ships of Miramichi : a history of shipbuilding on the Miramichi River, New Brunswick, Canada, 1773–1919 (Saint-Jean, N.-B., 1960).— Grant Nielsen, Joseph Russell, Miramichi shipbuilder and financier (Brossard, Québec, 1980).— John Rankin, A history of our firm, being some account of the firm of Pollok, Gilmour and Co. and its offshoots and connections, 1804–1920 (2e éd., Liverpool, 1921).

Bibliographie générale

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Burton Glendenning, « RUSSELL, JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/russell_joseph_8F.html.

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Auteur de l'article:   Burton Glendenning
Titre de l'article:   RUSSELL, JOSEPH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 août 2014