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ROBERTSON, SAMUEL NAPIER, professeur, né le 6 juillet 1869 à Cape Traverse, Île-du-Prince-Édouard, fils de John Robertson et d’Isabella Carruthers ; en 1922, il épousa Annie Laura McGrath, de Tignish, Île-du-Prince-Édouard, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 3 octobre 1937 à Charlottetown.

Samuel Napier Robertson était encore enfant lorsque son père, capitaine au long cours, disparut au large de Terre-Neuve. Mme Robertson alla s’installer avec ses quatre enfants à North Bedeque, localité de l’Île-du-Prince-Édouard où vivait son frère Robert. En 1884, après avoir fait ses études primaires dans une école rurale, Samuel Napier s’inscrivit au Prince of Wales College de Charlottetown, établissement laïque et mixte qui offrait la formation secondaire et des programmes apparemment équivalents à une première année universitaire. Il suivit les cours d’Alexander Anderson*, professeur doué et exigeant qui dirigea le collège de 1868 à 1901. Il obtint son diplôme en 1887, décoré d’une médaille destinée au meilleur élève de l’année, et entra au Dalhousie College de Halifax grâce à une bourse de 150 $. Il se spécialisa en humanités et reçut une licence ès arts. En 1893, après avoir travaillé un an dans une école secondaire à Alberton, à l’Île-du-Prince-Édouard, il se joignit au corps professoral du Prince of Wales College, où il enseignerait l’anglais, le latin et le grec. Anderson avait une haute opinion de Robertson : « Dans l’exercice de ses fonctions, il était invariablement compétent, diligent et consciencieux et, en tant que collègue, il était aimable, serviable et courtois. » Afin de se perfectionner, Robertson partit en 1895 pour le Union Theological Seminary de New York, puis il étudia pendant une courte période à la Johns Hopkins University de Baltimore, au Maryland. Il revint au Prince of Wales College un an plus tard et, lorsque Anderson fut nommé surintendant en chef de l’Éducation de l’île, en 1901, Robertson lui succéda à la direction de l’établissement. Le Dalhousie College lui décerna une maîtrise la même année et lui remit plus tard un doctorat honorifique en droit.

Qualifié d’« austère », de « collet monté » et de « puritain » par d’anciens élèves, Robertson était un célibataire studieux, voué à son Église et à son collège. Strict sur la discipline, il veillait à ce que ses élèves évitent les vices que constituaient la paresse, le manque de ponctualité et les comportements frivoles ou inconvenants. Le matin, le plus souvent, il patrouillait dans les corridors, montre en main, pour pincer les retardataires. Il autorisait la pratique de sports seulement dans la mesure où ils contribuaient à la santé physique et mentale. Il tenait à ce que les étudiants et les étudiantes utilisent des entrées et des escaliers différents. Avec lui, il n’était pas question d’organiser des danses au collège le samedi soir. (Invité à une danse à la Young Men’s Christian Association, il n’y fit qu’une brève apparition et déclara : « Je voulais simplement voir combien d’entre vous étiez ici à gaspiller l’argent de vos parents, tandis que vous devriez être chez vous en train d’étudier. ») Il faut dire en sa faveur que Robertson pratiquait les vertus qu’il prônait. En plus de ses fonctions administratives, il enseignait pendant la plupart des périodes de la journée ; ses matières étaient le grec, le latin, l’histoire ancienne et la formation des maîtres. Le dimanche, il dirigeait une classe d’études bibliques à l’Église d’Écosse, où il était conseiller presbytéral. « Comme personne, c’était l’un des hommes les plus charitables de la collectivité, écrirait son collègue John Tougas Croteau. Il a payé les études collégiales de plus d’un garçon pauvre et donné quantité de nourriture et de charbon à des familles pauvres de la ville. » La plupart des élèves habitaient dans des maisons de pension de Charlottetown, en général surpeuplées et inconfortables, et Robertson se souciait autant de leurs conditions de vie et de leur santé physique que de leurs progrès scolaires. « C’était un homme d’une grande sympathie envers tous ceux qui avaient besoin d’avis ou de conseils », rappela son ancien élève Joseph Devereux. « Sa patience était remarquable et la porte de son bureau était littéralement toujours ouverte. » Ses élèves l’appelaient « le Doc », et certains de ses collègues, « saint Samuel » (on ignore si ce surnom faisait référence à sa piété ou à ses actes de charité).

En dehors de son travail pour son Église et pour la cause de la tempérance, Robertson se mêlait peu à la collectivité. Toutefois, il se sentait manifestement le devoir de tenter d’influer sur le système d’enseignement public de l’île. Encore en 1929, à l’époque où 414 des 470 écoles de la province n’avaient qu’une pièce, environ la moitié des enfants qui commençaient leur première année décrochaient avant la huitième. Le taux de fréquentation dans les écoles rurales n’atteignait pas 70 %. Bon nombre d’enseignants étaient jeunes et inexpérimentés. La pauvreté obligeait souvent les enfants à travailler à la ferme familiale ou à rapporter un salaire à la maison. L’attitude des insulaires à l’égard de l’instruction inquiétait sans cesse Robertson : « Les gens de la province ne se rendent pas compte que le contexte mondial a beaucoup changé ces dernières années », écrivit-il en 1921. « Ils ne se rendent pas compte que leurs enfants s’en vont gagner leur vie dans un monde instruit, où leur formation déficiente leur coûtera extrêmement cher. »

Pour Robertson, la pénurie de livres de bibliothèque était l’une des grandes faiblesses des écoles de l’île, y compris de la sienne. Lorsque, en février 1932, un incendie détruisit le collège, il fut profondément affligé par la perte de sa collection personnelle ; selon des témoins, on dut l’empêcher de pénétrer dans le bâtiment en flammes. Il s’entendit avec le bureau d’Éducation pour que les cours se donnent dans des écoles de la ville pendant la construction d’un nouvel édifice en brique et en pierre. La Carnegie Corporation of New York, qui s’intéressait à l’instruction dans les Maritimes depuis les débats des années 1920 sur la fédération des collèges [V. Arthur Stanley Mackenzie ; George Frederick Pearson], donna 4 500 $ au Prince of Wales College pour la création d’une bibliothèque et 110 000 $ à la province pour un service de bibliothèque de prêt, qui fut installé au sous-sol du bâtiment.

Favorable à l’éducation permanente, Robertson refusa pourtant de prendre part aux activités entreprises dans ce domaine par l’établissement catholique St Dunstan’s University dans les années 1930, dans le cadre du mouvement coopératif. Ce mouvement, qui déferlait alors dans l’île, donnait lieu à la création de groupes d’entraide pour l’éducation des adultes. Or, Robertson privilégiait l’effort individuel plutôt que les initiatives collectives. Selon lui, la bibliothèque de prêt était « le grand instrument [qui] assurer[ait] l’instruction des gens de cette province ». Au sortir de l’école, les insulaires pourraient poursuivre leur formation toute leur vie. « Alors seulement, écrivit-il en 1936, on connaîtra le sens de [l’expression] “éducation des adultes” et la méthode [qui s’y rattache]. »

Comme la plupart des élèves de Robertson vivaient à la ferme, des pressions considérables s’exerçaient sur lui pour l’ajout de cours pratiques au programme, qui était centré sur les humanités et visait principalement à former des enseignants et des érudits. Le collège mit sur pied des programmes de formation manuelle et d’enseignement ménager et élargit le programme d’études agricoles au début des années 1900. Un cours commercial de deux ans vit le jour en 1924. Après l’incendie de 1932, la Carnegie Corporation of New York permit au Prince of Wales College d’ajouter une quatrième année à son programme – l’équivalent d’une deuxième année universitaire –, ainsi que trois nouvelles matières : la biologie, l’économie et la sociologie. Le Prince of Wales devint un collège universitaire de premier cycle qui offrait une certaine formation professionnelle. Cependant, Robertson protestait ardemment contre l’idée qu’« il [devait] y avoir seulement des sciences, et à profusion » ou que l’instruction n’avait de la valeur que lorsqu’elle menait tout droit à un emploi. Durant ses 36 ans de règne, malgré les plaintes de la population au sujet du taux d’échec élevé au Prince of Wales College, il maintint les critères exigeants de rendement scolaire fixés par ses prédécesseurs. Selon Croteau, qui était extrêmement actif dans le mouvement coopératif auquel s’opposait Robertson, le directeur était « impitoyable » dans la notation des examens, et il n’était pas rare que le tiers de ses élèves échouent à la fin d’un semestre.

En 1922, à l’âge de 53 ans, le timide célibataire avait épousé Annie Laura McGrath, une catholique de 41 ans qui enseignait l’anglais et la botanique au Prince of Wales College. À une époque où les différences religieuses divisaient encore profondément les habitants de l’île, ce mariage était tout à fait inusité. Robertson et sa femme fréquentaient chacun leur propre église, mais peu avant qu’Annie Laura meure en 1953, elle prendrait des arrangements pour être inhumée aux côtés de son mari au cimetière protestant Sherwood, alors situé en bordure de Charlottetown.

Robertson mourut en poste en 1937, à l’âge de 68 ans, apparemment d’une crise cardiaque. Comme il convenait, le service funèbre, un des plus importants jamais célébré dans l’île, eut lieu au collège. Le cortège, mené par environ 500 étudiants à pied, s’étendait sur plusieurs pâtés de maisons.

Au cours de la période où Samuel Napier Robertson dirigeait le Prince of Wales College, le nombre d’élèves passa de 176 à 449, et le corps professoral, de 5 membres à plus de 20. Malgré les problèmes liés à l’expansion, les contretemps occasionnés par l’incendie, les périodes difficiles sur le plan économique et les attitudes qu’il trouvait désobligeantes, Robertson conserva l’orientation du collège fixée au xixe siècle. Il maintint des critères d’excellence, fit campagne pour l’amélioration des écoles et encouragea des générations de jeunes insulaires brillants à faire des études supérieures. Le Prince of Wales College cessa d’exister en 1969 et fut remplacé par la University of Prince Edward Island, qui reconnut l’apport de Robertson à la cause de l’éducation permanente en donnant son nom à la bibliothèque.


Marian C. Bruce

Arch. privées, Marian Bruce (Murray River, Î.-P.-­É.), Notes d’entrevues avec Eleanor Lowe (Charlottetown), 7 avril 2004, et avec John R. McGrath (Norway, Î.-P.-É.), 16 avril 2004 ; Carolyn Roberts MacQuaid (Charlottetown), Notes d’une entrevue avec Catherine Coyle (Charlottetown), 22 août 2002.— PARO, Acc. 3095, Reg. of baptisms, Cape Traverse, 1869 (accessible en ligne à www.gov.pe.ca/archives/baptismal).— Sherwood Cemetery (Charlottetown), Burial records.— Univ. of P.E.I., Robertson Library, Univ. Arch. and Special Coll., P.E.I. Coll. (Charlottetown), Joseph Devereux, « Looking backward » (texte dactylographié, s.d. ; H. F. MacEwen, « Samuel N. Robertson, educator » (texte dactylographié, 1978).— Charlottetown Guardian, 11 mai 1918 ; 11–31 mai 1919 ; 29 mai, 3–13 oct. 1920 ; 17 janv. 1933 ; 4 oct. 1937.— Patriot, 2–13 oct. 1920 ; 26 mai 1923 ; 14 janv., 17 févr. 1933 ; 4–6 oct. 1937.— Prince of Wales College Observer (Charlottetown), mars 1901.— Marian Bruce, A century of excellence : Prince of Wales College, 1860–1969 (Charlottetown, 2005).— College Times (Charlottetown) (décembre 1931–décembre 1937).— J. T. Croteau, Cradled in the waves (Toronto, 1951).— Î.-P.-É., House of Assembly, Journal, 1888 ; Legislative Assembly, Journal, 1894, 1902, 1918, 1934–1936, 1938 ; reports of the principal of Prince of Wales College, 1896, app. E et 1921 ; report of the royal commission on education in the province of Prince Edward Island, 1930.— G. E. MacDonald, The history of St. Dunstan’s University, 1855–1956 (Charlottetown, 1989).— Helen MacDonald, « An affectionate look back at Dr. Sammie and PWC », dans Moments in time and other memories : a compilation of stories (2 vol., Charlottetown, 1989–1990), 2 : 10–20.— Lester Sellick, Some Island men I remember (Hantsport, N.-É., 1980).— P. B. Waite, The lives of Dalhousie University (2 vol., Montréal et Kingston, Ontario, 1994–1998), 1.

Bibliographie générale

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Marian C. Bruce, « ROBERTSON, SAMUEL NAPIER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/robertson_samuel_napier_16F.html.

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Auteur de l'article:   Marian C. Bruce
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2013
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   24 avril 2014