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PEUCHEN, ARTHUR GODFREY, homme d’affaires, officier de milice et yachtman, né le 18 avril 1859 à Montréal, fils de Godfrey E. Peuchen et d’Eliza Eleanor Clarke ; le 26 avril 1893, il épousa à Toronto Margaret Thomson, et ils eurent une fille et un fils ; décédé le 7 décembre 1929 dans cette ville.

Le grand-père maternel d’Arthur Godfrey Peuchen avait été directeur du London, Brighton and South Coast Railway en Angleterre. Le père de Peuchen, Prussien, avait été entrepreneur ferroviaire en Amérique du Sud avant d’immigrer au Canada en 1850 pour travailler pour le Grand Tronc ; en 1859, il était marchand de vin. Bien qu’il soit né à Montréal, Arthur Godfrey fut élevé à Toronto et il fréquenta des écoles privées en Ontario et en Angleterre. Sa carrière dans les affaires débuta à Toronto vers 1879–1880 en tant que commis et vendeur, et, dès 1882, il avait commencé à fabriquer de la peinture. Après s’être associé à diverses entreprises, il devint, vers 1893, directeur de la Canada Paint Company, dont son frère Stanley Cooper était surintendant. On dit de Peuchen qu’il fut le premier fabricant au Canada à tirer profit de peintures prémélangées et à mélange de couleurs. En trois ans, il avait aussi commencé à spécialiser les activités de la Peuchen and Company dans la production d’acide acétique et d’un pigment à base de cet acide.

Pour tirer parti de sa méthode de distillation de l’alcool de bois et de l’acétone à partir de bois de feuillus, Peuchen fonda en 1897 la Standard Chemical Company of Toronto Limited en association avec l’entrepreneur Willam Mackenzie, avec le frère de Mackenzie, Ewan, avec l’entrepreneur forestier d’Orillia William Thomson et avec d’autres. La Standard Chemical mit sur pied des usines en Ontario à Sault-Sainte-Marie, à Fenelon Falls, à Deseronto, à Longford Mills, à South River, à Thornbury et à Parry Sound, ainsi qu’au Québec à Fassett, à Cookshire et à Mont-Tremblant. En 1909, l’entreprise commença à fabriquer du formaldéhyde. Deux ans plus tard, elle prit de l’expansion – Peuchen acheta de grandes concessions forestières en Alberta du sénateur Peter McLaren – et réorganisa l’entreprise sous le nom de Standard Chemical, Iron and Lumber Company.

Peuchen avait été un protégé du financier torontois Henry Mill Pellatt*, qui était également un officier de milice dans le Queen’s Own Rifles of Canada. Peuchen se joignit à ce régiment à l’âge de 17 ans ; il fut promu lieutenant en second en 1888, capitaine en 1894 et major en 1904. En 1911, il fut l’officier de rassemblement du régiment de cavalerie indien à Londres durant le défilé du couronnement du roi George V. Des photographies de Peuchen en uniforme, la barbe bien taillée, montrent un officier d’une apparence frappante.

Millionnaire doté d’une personnalité directe et ayant des opinions très arrêtées, Peuchen utilisa son succès dans les affaires et dans l’armée comme tremplin pour progresser dans la société torontoise. Il fit bâtir une maison de campagne, Woodlands, près de Shanty Bay sur le lac Simcoe, avec une marina, des courts de tennis et des écuries. L’Église d’Angleterre et un certain nombre d’organisations caritatives d’hôpitaux bénéficiaient de son soutien. Il était membre de l’Albany Club et du Toronto Hunt Club, entre autres, ainsi que vice-commodore du Royal Canadian Yacht Club. Son yacht de 65 pieds, le Vreda, remportait régulièrement des trophées dans les régates des Grands Lacs.

Peuchen était un voyageur expérimenté qui avait traversé l’Atlantique au moins 40 fois. Au début de l’année 1912, il se trouvait en Angleterre, où il contacta lord Haldane, du ministère de la Guerre, dans le but de lui offrir de fournir de l’acétone pour la fabrication d’explosifs. Il réserva son billet de retour pour la première traversée du Titanic. Le 14 avril, celui-ci frappa un iceberg, mais Peuchen ne s’attendait pas que le bateau sombre ; il laissa 200 000 $ en titres dans sa cabine lorsqu’il en sortit pour constater les dommages. Reconnu comme un yachtman expérimenté, il reçut d’un officier de bord, Charles Herbert Lightoller, l’ordre de monter dans un canot de sauvetage où avaient pris place 20 femmes et 3 autres hommes. Une fois dans le canot, il ne s’imposa pas, mais permit à Robert Hichens, le quartier-maître qui se trouvait à la barre, d’y rester plutôt que de ramer. Les femmes manquaient terriblement de coordination. À la fin, ce fut une mondaine de Denver, Margaret Brown (plus tard surnommée l’« Unsinkable Molly Brown »), qui défia Hichens et prit les commandes du canot ; celui-ci fut secouru par le Carpathia.

Peuchen fut le seul Canadien à témoigner, le 23 avril, devant le Sénat américain à l’enquête sur le naufrage du Titanic et la mort de plus de 1 500 personnes. Témoin expert impartial, il critiqua les compétences des marins à bord du Titanic. L’équipage du navire, dit-il, « était ce qu’[on] aurait appelé dans les termes du yachting un équipage de fortune, recruté sur différents navires. [Ces personnes] étaient peut-être les meilleures, mais elles n’avaient pas été habituées à travailler ensemble. » Dans le canot, Hichens avait refusé l’aide de Peuchen. Ce dernier témoigna que Hichens « jurait beaucoup et était très désagréable [...] et [qu’il lui] avait dit que c’était lui qui commandait ». Peuchen dit aussi : « Je savais que j’étais totalement impuissant. » De retour à Toronto, il fut l’objet à la fois de critiques et de louanges. Selon les critères édouardiens, le fait d’avoir survécu était considéré comme inconvenant pour un officier et un gentleman. Le Mail and Empire de Toronto le discrédita en disant de lui qu’il était « un homme qui avait dû se défendre avant que le besoin de se défendre ne se manifeste ». On le railla également ainsi : « Il a dit qu’il était yachtman pour pouvoir descendre du Titanic, et s’il y avait eu un incendie, il aurait dit qu’il était pompier. » Peuchen fut néanmoins accueilli à son retour de Washington par ses collègues officiers du Queen’s Own Rifles ; le 21 mai, il fut promu lieutenant-colonel et prit le commandement du 1st Battalion du régiment. La réputation que lui avait value l’histoire du Titanic serait, d’une certaine façon, rétablie en 1935 lorsque Lightoller publia ses mémoires, dans lesquels il écrivait que Peuchen avait était injustement critiqué pour avoir obéi à un ordre formel.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata en 1914, Athur Godfrey Peuchen se retira de la Standard Chemical, qui, à cette époque, avait acquis toutes les entreprises de l’industrie de la distillation du bois au Canada. En novembre 1915, il démissionna de son poste de commandement de la milice. Après la guerre, il perdit une grande partie de sa fortune à cause de mauvais investissements ; en décembre 1918, il fut poursuivi en justice par Peter McLaren à cause d’un billet à ordre impayé. Il conserva néanmoins sa maison, un appartement à Londres, ainsi que Woodlands, qu’il allait vendre en 1928, et il demeura propriétaire de la McLaren Lumber en Alberta et de l’usine de la Prince Albert Lumber en Saskatchewan. Au cours des dernières années de sa vie, il passa une bonne partie de son temps à Hinton, en Alberta. Peuchen mourut à Toronto cinq semaines après le krach boursier de 1929 et laissa des biens évalués à environ 67 000 $. En 1987, le portefeuille de Peuchen fut retrouvé dans l’épave du Titanic ; à l’intérieur se trouvaient sa carte de visite et quelques billets de tramway.

Alan Hustak

ANQ-M, CE601-S63, 5 juin 1859.— AO, RG 22-305, nº 63684 ; RG 80-5-0-211, nº 14413.— BAC, RG 31, C1, 1901, Toronto, Ward 2, div. 34 : 4.— Toronto Daily Star, 25 mars, 26–27 avril 1912, 8 nov. 1915, 8 févr. 1916, 13 déc. 1918, 9 déc. 1929.— Annuaire, Toronto, 1875–1899.— Hugh Brewster, « Sinking sensation », Toronto Life (Toronto), 31 (1997), nº 7 : 55–65.— Canada Gazette, 17 nov. 1888 : 864.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), 3.— Encyclopaedia of Canadian biography, 2.— É-U., Senate, Committee on commerce, Titanic disaster, 62nd Congress, 2nd session, 1912, Senate report 806 (Washington, 1912).— « Encyclopedia Titanica » : www.encyclopedia-titanica.org. (consulté le 18 juin 2004).— Alan Hustak, Titanic : the Canadian story (Montréal, 1998).— Ontario Gazette (Toronto), 19 juin 1897 : 982.— « Titanic inquiry project », Rob Ottmers et Bill Wormstedt, compil. et édit. : www.titanicinquiry.org. (consulté le 18 juin 2004).

Bibliographie générale

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Alan Hustak, « PEUCHEN, ARTHUR GODFREY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/peuchen_arthur_godfrey_15F.html.

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Auteur de l'article:   Alan Hustak
Titre de l'article:   PEUCHEN, ARTHUR GODFREY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   24 octobre 2014