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Titre original :  Charles-Abraham Paquet., BM1,S5,P1647; 1934.; 1 document iconographique collé sur un carton. Homme d'affaires et homme politique, né le 28 mars 1868 à Québec, fils de Jean-Pierre-Célestin Paquet, cultivateur, marchand et industriel, et de Marie-Louise Noël ; a épousé le 5 juillet 1892, à Québec, dans la paroisse Saint-Roch, Mathilda Cloutier, fille de Wenceslas Cloutier et de Mathilde Rouleau, puis le 28 janvier 1918, à Québec, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, Marie-Jeanne Langlais, fille de Pierre Langlais et d'Olympe Doré ; décédé le 8 octobre 1936, à Québec, dans la paroisse Notre-Dame-du-Chemin, inhumé à Sainte-Foy, dans le cimetière Notre-Dame-de-Belmont, le 12 octobre 1936 (tiré des pages web Les parlementaires depuis 1792 de l'Assemblée nationale du Québec).

Provenance : Lien

Paquet, Charles-Abraham (baptisé Joseph-Charles-Abraham), homme d’affaires, homme politique et fonctionnaire, né le 28 mars 1868 à Québec, fils de Jean-Pierre-Célestin Paquet, marchand, et de Marie-Louise Noël ; le 5 juillet 1892, il épousa dans la paroisse Saint-Roch, à Québec, Mathilda Cloutier, et ils eurent dix enfants, puis, le 28 janvier 1918, il épousa dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, dans la même ville, Marie-Jeanne Langlais, et ils eurent cinq enfants ; décédé le 8 octobre 1936 à Québec et inhumé au cimetière Notre-Dame de Belmont, Sainte-Foy (Québec).

On connaît peu de chose sur la jeunesse de Charles-Abraham Paquet. Il aurait fait ses études primaires à Sainte-Jeanne-de-Neuville (Pont-Rouge) ou à Sainte-Catherine (Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier). Il a ensuite fréquenté pour une courte période l’académie commerciale de Québec, tenue par les Frères des écoles chrétiennes, vers 1887.

Paquet suit les traces de son père et commence sa carrière dans le commerce de détail à Québec. En 1891–1892, il se présente comme laitier et vend de la farine sur le chemin Sainte-Foy. Quelques années plus tard, en 1898, il est agent de la Compagnie canadienne de matériel de laiterie et, en 1900–1901, il se lance dans la vente de matériel pour les beurreries. En 1901, Paquet et 14 autres associés, dont Joseph-Édouard Caron*, futur ministre provincial de l’Agriculture, ont l’idée d’exploiter le riche potentiel industriel de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ils fondent la Compagnie de pulpe de Métabetchouan, entreprise de pâtes et papiers, et ouvrent une usine à Saint-André (Saint-André-du-Lac-Saint-Jean), qui aurait brûlé peu après. Le projet est ambitieux et les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. En 1907, la compagnie devra conclure une entente avec les actionnaires pour éviter la liquidation.

Le 8 septembre 1902, Paquet et quatre associés fondent à Québec la Compagnie Charles A. Paquet. L’entreprise fait le commerce de machineries, accessoires et quincaillerie en général. Bien connu du Parti libéral provincial, Paquet obtient des contrats intéressants, en particulier pour des machines utilisées pour la construction de routes. C’est sans doute ce qui amène l’entreprise, le 17 avril 1907, à élargir ses activités jusqu’à la fabrication de machines et d’accessoires. La réalisation d’un premier contrat est confiée à la Compagnie manufacturière de Montmagny : « 20 engins de 10 à 100 chevaux-vapeurs », qui doivent être livrés le 20 mai. Ainsi s’amorce une collaboration entre les deux entreprises. En 1911, les investissements nécessaires pour remplir un autre contrat pour la Compagnie Charles A. Paquet mettent la Compagnie manufacturière de Montmagny dans une situation assez précaire pour que sa direction lui cherche un acheteur.

Finalement, le 22 octobre 1912, Paquet fonde à Montmagny la compagnie Usines générales de chars et de machineries Limitée, avec quatre associés, dont Arthur-Napoléon Normand, directeur de la Compagnie manufacturière de Montmagny. En décembre de la même année, l’actif de cette dernière est transféré à la nouvelle entreprise. Usines générales a un capital autorisé de 500 000 $, qu’elle augmentera à un million. Selon ses lettres patentes, l’entreprise vise de nombreux buts, notamment ceux de bâtir des édifices industriels, de produire de l’électricité, de faire du commerce immobilier et de construire des véhicules. Voyant en elle un facteur de croissance, la ville de Montmagny lui accorde, le 4 novembre 1912, une exemption de taxes pour 20 ans et une prime de 25 000 $, avantages probablement escomptés par Paquet et qui ont pu l’inciter à y établir ses affaires. Les usines des deux compagnies désormais regroupées progressent à un rythme soutenu. Le nombre d’employés, qui était de 35 en 1910, passe à 140 en 1913 et la superficie des usines, qui était de 7 876 pieds carrés en 1911, passe à 28 550 en 1913.

En 1915, à la faveur de la Première Guerre mondiale, Paquet décroche de lucratifs contrats pour la fabrication d’obus. Toutefois, il doit transformer une des usines et la réparer à la suite d’un incendie, survenu en mai 1916, qui n’épargne que la fonderie. Pour financer ces importants travaux, Paquet se tourne vers la Banque nationale. Celle-ci a déjà prêté de l’argent à la Compagnie manufacturière de Montmagny. Ne voulant pas perdre son investissement, elle acquiesce à la demande de l’industriel. En 1917, la banque consent au total un prêt de 2 millions de dollars à Usines générales, somme considérable à l’époque. Malgré cette injection de capitaux, la compagnie n’est pas en mesure de terminer les travaux et prend du retard. Les rapports entre Paquet et la Banque nationale deviennent tendus, cette dernière accusant l’entrepreneur de prendre un salaire et des primes déraisonnables, ainsi que d’avoir retiré une somme de 11 000 $ sans justification. La compagnie réussit cependant à réduire sa dette au cours de l’année 1918. En 1917, elle employait 1 050 personnes. Pour Montmagny, c’est alors un record.

Les activités de Paquet ne se limitent pas aux seuls secteurs commercial et industriel. Dès la fondation de la compagnie Usines générales, il a songé à créer un quartier, situé près des usines de l’entreprise, où les employés pourraient s’établir. À cette fin, il achète plusieurs lots dans la ville de Montmagny et dans la municipalité voisine de Saint-Thomas-de-la-Pointe-à-la-Caille (Montmagny). Il procède, au cours de l’année 1913, à la division de ces lots et à l’ouverture des rues. Entre 1913 et 1916, Paquet multiplie les démarches pour aménager ces terrains, malgré l’opposition suscitée en certains milieux par le projet. Finalement, il obtient gain de cause en 1916 : les lots achetés par Usines générales en 1912 deviendront le quartier ouvrier et industriel de Montmagny. Le 14 juin 1916, Paquet, Arthur-Napoléon Normand, Victor-Emmanuel-Pantaléon Hudon, Joseph-Cléophas Hébert et Maurice Rousseau fondent une entreprise immobilière, la Compagnie de construction de Montmagny. Certains des associés sont des actionnaires et administrateurs des Usines générales, tandis que Rousseau est depuis 1905 propriétaire de la compagnie qui approvisionne la ville de Montmagny en eau. Dès lors, les lots sont mis en vente.

Les efforts de Paquet pour faire fructifier son capital industriel et foncier ne s’arrêtent pas là. En 1918, le secteur industriel est en pleine expansion à Montmagny. Or, les entreprises ne sont pas encore alimentées en électricité et elles souffrent de la rareté du charbon, alors rationné. Le 25 avril 1918, un groupe de notables, dont Hébert et Rousseau, met sur pied une firme de transport et de distribution d’électricité, la Corporation d’énergie de Montmagny. Paquet se joint à l’équipe quelque temps plus tard. Le 1er janvier 1921, après de nombreux travaux d’aménagement, l’entreprise desservira son premier client, l’usine de Paquet, qui entre-temps change de nom et de vocation.

En effet, à la fin de la guerre, Paquet réorganise la compagnie afin d’adapter sa production à une économie de temps de paix. La Machine agricole nationale Limitée est incorporée le 15 septembre 1919, avec un capital-actions de 4 millions de dollars. Parmi ses fondateurs, elle compte Armand La Vergne, qui a été le député de la circonscription de Montmagny au fédéral et au provincial. Paquet en devient le président-directeur général. La crise économique dans le secteur agricole et, surtout, la fin des contrats gouvernementaux lui font subir d’importantes pertes financières. En 1921, la compagnie émet des obligations pour une valeur de 2 millions de dollars et obtient de la Banque nationale un crédit de 1,5 million. Au total, à la fin de l’année 1921, la dette de l’entreprise envers la Banque nationale aurait atteint entre 3,8 et 4,5 millions de dollars. En février 1922, incapable de faire face à ses obligations financières, Paquet doit se résigner à fermer ses usines et, le 18 novembre, la Machine agricole nationale est en faillite. La ville de Montmagny ressent durement les effets de cette fermeture. Selon le conseil municipal, 2 000 personnes auraient quitté la ville entre 1922 et 1924. La Banque nationale est aussi très éprouvée par cette faillite qui la plonge dans une situation financière difficile, voire précaire [V. Georges-Élie Amyot*]. Cet épisode malheureux retentit jusque dans le domaine des lettres : il inspire à Jean-Charles Harvey*, qui a été publiciste à la Machine agricole nationale, son roman Marcel Faure, publié à Montmagny en 1922. Malgré cette faillite retentissante, Paquet reste à Montmagny – où il s’est établi à la fin de 1915 ou au début de 1916 –, sans toutefois être aussi actif. En 1930, avec, notamment, Hébert et Rousseau, il contribue à convaincre un fabricant américain de textile, la Compagnie M. E. Bintz Limitée, de s’établir dans la région. Les démarches sont couronnées de succès et la manufacture ouvre ses portes le 17 octobre 1931.

Parallèlement à sa carrière dans le milieu des affaires, Paquet a tâté de la politique. En 1913, il est conseiller municipal de la ville de Montcalm (Québec). Après l’annexion de cette municipalité, à la fin de la même année, il occupe la même fonction à l’hôtel de ville de Québec de 1914 à 1916. Il n’y est cependant pas très actif. En 1919, il est élu député libéral de la circonscription de Montmagny aux élections provinciales et est réélu en 1923, en 1927 et en 1931. Paquet termine sa carrière comme inspecteur au ministère de la Colonisation. Il meurt le 8 octobre 1936, à la résidence d’Adélard Godbout*, qui a été et sera premier ministre de la province de Québec.

Charles-Abraham Paquet a été un homme d’affaires ambitieux, entreprenant et avide de défis à relever, dont le parcours illustre comment certains entrepreneurs du début du xxe siècle ont fait fructifier leur capital industriel grâce aussi à leurs activités de promoteurs fonciers. Il a su combiner efficacement ses intérêts privés à l’intérêt public, en collaborant notamment avec d’autres hommes d’affaires locaux qui entretenaient des relations avec les élus municipaux. De mauvais choix, un manque de prudence et une ambition exagérée l’ont certainement desservi. Au même titre que des promoteurs mieux connus, comme Alphonse Desjardins* et Charles-Théodore Viau*, il a cependant, à l’échelle régionale, joué un rôle de premier plan dans la transformation de Montmagny en un centre régional industriel et urbain moderne, avec ses usines, ses ensembles résidentiels et ses services municipaux.

Martine Côté

AVQ, M1 (organismes municipaux, annexions), 3 (ville de Montcalm), procès-verbaux ; QP1 (ville de Québec, politique, conseil), 4 (conseils et comités), 41/4 (échevins : Paquet à Plamondon).— BAnQ-Q, CE301-S22, 5 juill. 1892 ; CE301-S97, 28 mars 1868.— FD, Saint-Jean-Baptiste (Québec), 28 janv. 1918.— Le Devoir, 8 oct. 1936.— Le Peuple (Montmagny, Québec), 26 mars 1906 ; 20 janv. 1911 ; 5 févr., 3 déc. 1915 ; 13 mai, 16, 30 juin 1916 ; 15 juin 1917 ; 23 juin, 1er déc. 1922 ; 6 févr. 1925.— Le Soleil, 10 févr. 1919, 8 oct. 1936.— BCF, 1933 : 180.— Canada Gazette, 27 sept. 1919 : 972–973.— Martine Côté, « Industrialisation et Urbanisation à Montmagny, 1883–1930 » (mémoire de m.a., univ. Laval, 1990).— DOLQ, 2 : 658–660.— DPQ.— Gazette officielle de Québec, 1901 : 985 ; 1902 : 841–842, 1571 ; 1907 : 731 ; 1912 : 2301–2302 ; 1916 : 1696–1697 ; 1918 : 975–977.— Yves Hébert, Montmagny et la Côte-du-Sud (Québec, 2005), 52–53 ; Montmagny... une histoire, 1646–1996 : la seigneurie, le village, la ville ([Montmagny], 1996).— Histoire de la Côte-du-Sud, sous la dir. d’Alain Laberge (Québec, 1993).— Québec, Statuts, 1902, c. 78 ; 1907, c. 106.— Ronald Rudin, Banking en français : les banques canadiennes-françaises de 1835 à 1925 (Montréal, 1988).— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, vol. 17 : 25, 35.

Bibliographie générale

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Martine Côté, « PAQUET, CHARLES-ABRAHAM (baptisé Joseph-Charles-Abraham) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/paquet_charles_abraham_16F.html.

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Auteur de l'article:   Martine Côté
Titre de l'article:   PAQUET, CHARLES-ABRAHAM (baptisé Joseph-Charles-Abraham)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2014
Année de la révision:   2014
Date de consultation:   1 novembre 2014