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NIXON, JOHN, gouverneur des établissements de la Hudsons Bay Company de 1679 à 1683, né vers 1623 et décédé en Caroline en 1692 ; on ne sait rien sur sa famille.

Nixon fut nommé gouverneur en remplacement de Charles Bayly et s’embarqua à Londres sur le John and Alexander (capitaine : Nehemiah Walker) le 23 mai 1679. À l’époque de son arrivée à la baie d’Hudson, la compagnie exploitait les établissements de Moose Factory (Saint-Louis), du fort Charles, sur les bords de la rivière Rupert, et sans doute aussi d’Albany (Sainte-Anne), que Nixon renforça par la suite. Son administration ne fut pas marquée par la fondation de nouveaux postes d’importance ; et bien qu’il lui fût prescrit de s’emparer de Port Nelson et de New Severn, on n’a aucune preuve qu’il y ait réussi. Sa grande réalisation (qui se révéla de courte durée) fut l’occupation de l’île Charlton, où il fit construire des bâtiments. Nixon recommanda une politique d’expansion, ainsi que la construction de forts à l’intérieur des terres ; il était de plus favorable à l’envoi, vers l’intérieur, d’agents chargés de persuader les Indiens de venir rencontrer les Anglais aux établissements côtiers, et il se rendait compte que le succès des activités commerciales dépendait de la pacification des tribus belliqueuses. Rien ne montre, cependant, qu’il ait rien fait pour en arriver à ces fins. Nixon s’attacha surtout à consolider l’administration et à la contrôler dans ses détails.

C’est ce qui ressort de la lettre de Nixon datée de 1682, la seule dépêche d’un gouverneur de la baie d’Hudson qui nous reste du {{xvii}}e siècle et le « premier rapport important et détaillé sur les conditions existant à la Baie » (HBRS, XXI (Rich) : 111). Il s’occupa surtout de mater l’esprit d’anarchie chez les employés de la compagnie, fomenté par les équipages des vaisseaux nolisés qui hivernaient dans la baie. La compagnie se servait à l’époque de l’île Charlton comme d’un entrepôt où les vaisseaux de plus fort tonnage, en provenance d’Angleterre, laissaient leur cargaison pour retourner avec un chargement de fourrures ; les postes de traite étaient ensuite, ravitaillés par des sloops. Nixon s’opposa fortement à cette manière de procéder. L’île Charlton était, selon lui, trop éloignée des établissements commerciaux, difficile à défendre et plus longtemps prise dans les glaces que les régions côtières. Nixon critiquait aussi ouvertement les ravitaillements en articles d’échange et les commis qu’on lui envoyait pour la traite des fourrures. Il fit rapport, par écrit, « que des amas de marchandises inutilisables leur restaient sur les bras [...] et que si nous pouvions en convertir le prix et le coût de transport en bon vieux sherry, cela vaudrait mieux pour notre bien-être... »

Les premières années de l’administration de Nixon à la baie d’Hudson ne furent pas troublées par une concurrence française active. Les Français projetaient alors de s’engager dans le commerce des fourrures par voie maritime, mais ces projets ne devaient aboutir qu’en 1682. Cette année-là, la compagnie envoya John Bridgar en mission indépendante avec l’ordre de s’établir sur la rivière Bourbon (Nelson). Au même moment, une expédition française, commandée par Radisson* et Chouart Des Groseilliers, se rendait sur les bords de la rivière Hayes (Sainte-Thérèse). Il semble que Nixon ait été étranger à l’entreprise des Français, ainsi qu’à la défaite et à la capture de Bridgar en 1683. Son rapport de 1682 ne s’étend pas sur la menace française, mais il présente comme plus immédiats les risques de mutinerie et le danger d’une attaque de la part des Indiens.

Il faut reconnaître que Nixon n’eut pas une influence marquante sur l’histoire de la Hudsons Bay Company. Il fit cependant un certain bruit en abaissant le taux d’échange des fourrures qu’avait établi le gouverneur Bayly. Il réduisit non seulement la quantité des peaux de castors qu’on prenait, en nombre fixe, en échange des marchandises anglaises, mais aussi la valeur du castor relativement aux autres fourrures. On ne peut s’expliquer les raisons de ce changement. On ne peut mettre en doute, d’autre part, qu’il servit la compagnie avec honnêteté et loyauté. Le nombre des peaux de castors acceptées en échange, durant le gouvernement de Nixon, s’éleva à 24 123 en 1681, à 18 600 en 1682, et à 20 535 en 1683 ; la vente de ces fourrures, à Londres, rapporta beaucoup plus que la moyenne des ventes du temps du gouverneur Bayly. Il serait inconsidéré d’attribuer tout le mérite de ce progrès au gouverneur Nixon, mais on ne voit pas, par contre, qui d’autre, à la baie d’Hudson, pourrait s’en prévaloir à sa place. On ne saurait le contredire quand il affirme que, « pendant que les autres se reposent, je me prends à songer de longues heures à ce qu’il importe le plus de faire. »

La décision de remplacer Nixon fut prise le 31 janvier 1683 et, le 27 avril suivant, le comité lui écrivait pour le rappeler « à cause de son âge avancé et de son invalidité, qui le rendaient incapable de se déplacer et de faire face aux exigences de la charge qu’il avait occupée pendant plusieurs années au service de la compagnie. » Nixon transmit ses pouvoirs à Henry Sergeant le 27 août 1683. Une fois à Londres, il dut attendre quelque temps qu’on lui réglât l’arriéré de son traitement, qui avait d’abord été de £100 par année, puis porté à £200 en 1680 ; on lui devait encore une somme importante à son retour. Son cas fut soulevé à plusieurs réunions du comité, au mois de juin 1684 : il fut aussi question de l’autorité du gouverneur en matière de taux d’échange. On en arriva, malgré le vote dissident du gouverneur adjoint, à la décision de lui régler l’arriéré de £305. À partir de 1685, il n’est fait aucune mention de Nixon dans les archives de la Hudsons Bay Company.

Les historiens modernes n’ont pas épargné Nixon. E. E. Rich le décrit comme ayant « un caractère irascible », A. S. Morton parle de « désappointement » à son sujet ; pour Sir George Clark, il était « cagot », tandis que E. G. R. Taylor écrit de lui qu’il était « un homme aux façons austères et puritaines ». Il est vrai que certaines remarques de la lettre de Nixon sont de caractère plutôt mélancolique (« O mon Dieu, jusqu’à quel point de corruption le Nord-Ouest n’est-il pas arrivé »). Il est également vrai qu’il condamna l’ivrognerie. Mais il ne faisait pas mystère de son penchant pour l’alcool. « L’eau m’est contraire », écrit-il, dans un ordre de réquisition où il fait la demande de vin et de brandy pour son usage personnel ; il mentionne plus d’une fois que ses hommes ont besoin de boissons fortes. Ses remarques sur « les mœurs-déréglées » (qui semblent expliquer le jugement de Taylor sur Nixon) ne mentionnent pas expressément que les colons avaient avec eux des Indiennes dans leurs postes, mais traitent de l’esprit général d’indiscipline des employés de la compagnie.

On comprend mieux l’homme lui-même en lisant sa longue lettre de 1682. Il eut de la difficulté à s’affirmer auprès des autres par sa seule force de caractère et dut compter trop souvent sur le prestige et l’autorité attachés à ses fonctions de gouverneur. Dans ses démêlés avec le capitaine Walker, au cours de la traversée de 1679, et au cours de l’hiver de 1681–1682 dans l’île Charlton, Nixon, à ce qu’il en dit lui-même, eut le dessous. Le mieux qu’il put trouver fut de garder dignement le silence, en essayant de se montrer supérieur à Walker, devant ses bouffonneries d’ivrogne et son comportement ridicule. Dans la crainte d’une mutinerie, Nixon conseilla à la compagnie d’accorder plus d’autorité au gouverneur, afin qu’il ait le pouvoir d’infliger des châtiments corporels ; il recommandait aussi d’engager des Écossais, qui seraient non seulement plus durs à l’ouvrage et moins exigeants quant au salaire, mais par qui il serait aussi plus facile de se faire obéir. Il s’attendait au pire de la part de ses subordonnés et, dans un passage senti, il écrivit qu’il se trouvait placé « entre deux écueils » : les efforts que l’on faisait pour maintenir l’ordre d’après ses instructions provoquaient des critiques contre lui qui pouvaient le desservir auprès du comité de la compagnie. Selon lui, toutefois, se gagner la bonne volonté de ses hommes « ne valait pas le saut d’une puce ». Et les réclamations de pleuvoir. En 1682, le comité, dans une lettre adressée à Nixon, lui faisait savoir que la plupart des employés qui étaient revenus en Angleterre, l’année précédente, l’avaient accusé de se conduire avec « trop de brutalité et de cruauté avec les Indigènes ». On l’avertit de prendre garde que « son humeur morose ne se manifestât au détriment de nos affaires. »

On connaît fort peu la vie de Nixon en dehors de ses relations avec la Hudsons Bay Company. Selon lui, il aurait séjourné aux Indes orientales, mais on n’en trouve aucune mention dans les archives de la East India Company. Toutefois, tout semble indiquer qu’il est le John Nixon de la Caroline. On sait, tout d’abord, que Nixon s’est joint à la Hudsons Bay Company à la demande du comte de Shaftesbury et de Sir Peter. Colleton, tous deux lords propriétaires de la Caroline. En 1677, John Nixon était l’adjoint de Colleton en Caroline. De plus, fait encore plus probant, le testament de Nixon existe toujours en Caroline : la signature aux traits droits et anguleux que porte ce document est sans aucun doute la même que celles qu’on retrouve à la fin de la lettre de 1682, que Nixon signa en deux endroits.

En dehors de ce rapport, on ne connaît pas grand chose de sa vie en Amérique. Il est à supposer qu’il serait le « Mr Nixon » que mentionne John Locke (à propos des Acts of Assembly of Albemarle County, en Caroline, en 1669–1670) (CPS, Col., 1669–1674, no 142) ; il occupait les fonctions de magistrat en 1673 et, en 1675, devenait membre de la « Cour d’Albemarle » (Essex Institute, Historical Collections, II (1860), pp.129s.). En 1677, lorsque la rébellion de Culpeper éclata en Caroline, Nixon et Thomas Miller, adjoint de Shaftesbury, furent emprisonnés par les rebelles (parmi lesquels se trouvait le capitaine Zachariah Gillam, qui plus tard périt en mer dans la baie d’Hudson, alors que Nixon gouvernait ce territoire). En 1679, Miller subit un procès en Caroline sous l’accusation – d’avoir prononce des paroles séditieuses et blasphématoires au cours du mois de novembre 1675. La déposition de Nixon mentionne que celui-ci était âgé de 54 ans. Ce document ne porte pas de date, de telle sorte que l’année de naissance de Nixon peut se situer entre 1621 et 1625. Il devait être âgé d’environ 60 ans en 1683 lorsqu’on le releva de ses fonctions à cause de son « âge avancé ». Dans son testament, daté du 4 février 1687/1688, il léguait les trois quarts de ses propriétés à sa femme Em, l’autre quart devant être remis à sa fille Ann, à son mariage ou à ses 18 ans. C’est pour cette fille, sans doute, qu’il désigna, alors qu’il était à la baie d’Hudson, des avoués chargés de lui verser une pension alimentaire ; Em Nixon peut donc avoir été sa deuxième ou sa troisième femme. Le testament de Nixon fut homologué le 8 août 1692.

K. G. Davies

Pour un résumé de la carrière de Nixon dans la Hudson’s Bay Company, V. HBRS, IX (Rich) : 331–333 ; il est souvent fait mention de lui également dans les volumes VIII et XI.— Sa lettre de 1682 est conservée à la Royal Soc., London (Boyle Papers, Mise. XL) ; une photocopie se trouve aux archives de la Hudsons Bay Company à Londres ; ce document a aussi été reproduit dans le tome IX de la HBRS ; les signatures de Nixon se trouvent aux pages 49 et 52 du manuscrit.— Dans les Boyle Papers (Science, XXI), on trouve les observations de Nixon sur les glaces dans la baie d’Hudson et une étude de la déclinaison magnétique à l’île Charlton.— L’administration de Nixon en relation avec l’histoire de la Hudsons Bay Company et de la baie d’Hudson est décrite dans HBRS, XXI (Rich), chap. IX.— Le testament de Nixon se trouve en Caroline du Nord, dans : State Department of Archives and History, North Carolina Wills, 1663–1789, XXII : 59 ; une photocopie a été versée aux archives de la Hudsons Bay Company, pour que la signature puisse être comparée avec celles du manuscrit de la Royal Soc. à Londres.— Quant à la période de sa vie en Caroline, elle est mentionnée dans The Colonial Records of North Carolina, ed. W. L. Saunders (10 vol., Raleigh, N.C., 1886–90), I.

Bibliographie générale

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K. G. Davies, « NIXON, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nixon_john_1F.html.

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Auteur de l'article:   K. G. Davies
Titre de l'article:   NIXON, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   22 octobre 2014