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Titre original :  Thomas Nisbet

Provenance : Lien

NISBET, THOMAS, ébéniste, tapissier, homme d’affaires et officier de milice, né vers 1777 à Duns, Écosse ; le 28 mars 1803, il épousa à Glasgow Margaret Graham, et ils eurent trois fils et quatre filles ; décédé le 28 décembre 1850 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

Thomas Nisbet immigra au Nouveau-Brunswick en 1812 après que son père l’eut initié à l’ébénisterie et qu’il eut travaillé quelque temps à Glasgow. Il ouvrit une boutique d’ébéniste et de tapissier rue Prince William, à Saint-Jean. Même s’il allait occuper ensuite différents locaux, son domicile et sa boutique demeureraient dans cette rue. Il prêta le serment de citoyen de Saint-Jean à titre d’ébéniste en 1814.

Peu après, Nisbet fut le premier ébéniste de Saint-Jean à importer une grande quantité d’acajou, qu’il fit venir de Jamaïque. Par la suite, il annonça souvent qu’il vendait de ce bois dans son magasin. Sa préférence allait à l’acajou et au bouleau, mais il utilisait aussi, à l’occasion, de l’érable, du pin et du bois de rose. De styles Hepplewhite, Sheraton, néo-classique, Regency et Empire américain, ses meubles présentaient des motifs alors courants en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Nisbet ne vendait pas du mobilier qu’à Saint-Jean. Ainsi il en expédia un lot à Fredericton en 1817 et un autre en 1830 ; pendant un temps, il eut aussi un représentant dans cette ville. Nombre de compagnons ébénistes, d’apprentis, de tourneurs et de sculpteurs travaillaient pour lui ; il fut même le premier, à Saint-Jean, à offrir des pièces aux autres ébénistes pour leurs propres meubles. Ses annonces révèlent que, outre sa production, il vendait des articles d’importation, tels des boîtes à thé, des écritoires, des épingles à rideaux, des moulures de cadre, des tringles d’escalier en laiton et autres éléments de décoration intérieure. Vers 1822, il étendit ses activités d’importation en formant, avec James Stewart, la James Stewart and Company. Celle-ci importait de la Grande-Bretagne, de l’Inde et des Indes orientales des marchandises qu’elle vendait dans son magasin, situé rue St John ; elle fut dissoute en mai 1828.

En avril 1824, un incendie rasa une partie de Saint-Jean ; il toucha principalement les installations de Nehemiah Merritt, Noah Disbrow*, Thomas Adams et Nisbet, dont les pertes totales atteignirent les £20 000. Le New-Brunswick Courier déclara : « les deux derniers, qui sont des artisans très industrieux, méritent toute notre sympathie ». Nisbet perdit une propriété qu’il venait d’acheter et d’aménager ; elle comprenait une maison d’habitation et un magasin ainsi que des bâtiments arrière, notamment des ateliers et des écuries. Par la suite, il fit circuler un avis pour réclamer à ses débiteurs de le rembourser sous peu, mais rien n’indique qu’il dut hypothéquer ou vendre des biens pour relancer ses affaires. Moins d’une semaine après le sinistre, il reprenait ses activités dans les locaux qu’il avait quittés en achetant sa nouvelle propriété, et dès avril 1825 un immeuble de brique tout neuf, qui abritait sa maison, son magasin et ses ateliers, s’élevait sur le lieu de l’incendie.

Si l’on en juge par la quantité d’annonces que Nisbet fit paraître pour vendre des meubles et embaucher des compagnons ébénistes, sa production atteignit son maximum dans les années 1820. Sa compétence, sa réputation et son sens des affaires se reflètent dans les travaux qu’il fit pour la province. En 1824, à la veille de l’entrée en fonction du lieutenant-gouverneur sir Howard Douglas*, la chambre d’Assemblée affecta £750 à l’achat de mobilier de style pour les salles de réception de la résidence du représentant du roi à Fredericton, et libéra des fonds pour la remise en état de la partie résidentielle de l’édifice. Nisbet participa de quelque façon à la réfection de la résidence, ce pour quoi il toucha plus de £170. À l’origine, le nouveau mobilier des salles de réception devait venir d’Angleterre, par l’entremise de John Bainbridge et de Henry Bliss*, représentants de la province à Londres, mais finalement Nisbet fournit des meubles d’une valeur de plus de £880 tandis que Bainbridge et Bliss envoyèrent des articles évalués à près de £424. On ignore cependant la nature des travaux de réfection que Nisbet exécuta et quels meubles il fournit.

En septembre 1825, le feu ravagea toute la résidence du lieutenant-gouverneur, à l’exception de l’aile nord-ouest. On parvint à sauver le mobilier, mais Nisbet fournit par la suite un certain nombre d’articles non identifiés pour les salles de réception ainsi que des meubles pour la salle du conseil. À peu près au même moment, on le chargea, en qualité d’agent et moyennant une commission, d’acquérir une résidence à Saint-Jean pour le lieutenant-gouverneur.

En 1834, Nisbet s’associa à son fils Thomas pour former la Thomas Nisbet and Son. Il fit dès lors beaucoup moins de réclame qu’auparavant, peut-être parce qu’il avait des intérêts dans d’autres secteurs, mais en 1840 et 1841 la compagnie aménagea et meubla, pour plus de £740, la nouvelle salle du Conseil exécutif. Quand Thomas fils mourut en 1845, à l’âge de 35 ans, Nisbet publia dans les journaux un avis pour demander un règlement aux débiteurs et créanciers de la succession de son fils et de la compagnie. Par la même occasion, il annonça qu’il disposait d’une large gamme de nouveaux meubles de toute première qualité. Ce n’est qu’après que Nisbet eut cédé tout le stock de meubles, de matériel et d’outils à un autre de ses fils, Robert, en 1848, que la Thomas Nisbet and Son fut dissoute. Celui-ci dirigea la nouvelle entreprise jusqu’en 1856.

Depuis 1834, Nisbet s’occupait activement de deux sociétés, la Saint John Mechanics’ Whale Fishing Company et la Saint John Hotel Company. Charles Coles Stewart, pionnier de l’industrie de la pêche à la baleine à Saint-Jean, avait équipé en 1833 la première baleinière de la ville, le James Stewart, qui revint avec une pleine cargaison d’huile et de fanons en avril 1835. Inspiré par cette réussite, un comité organisateur formé notamment de Nisbet et de John Haws* ainsi que de 130 autres artisans et marchands de Saint-Jean demanda la même année à la chambre d’Assemblée l’autorisation de constituer une compagnie de pêche à la baleine. Le Parlement adopta la loi en juin 1835, et dès le mois d’août les 5 000 actions, à £10 chacune, avaient toutes trouvé preneur. Élu au premier conseil d’administration, Nisbet devint ensuite président et le resta jusqu’à la fin de sa vie.

Entre mai 1836, date de lancement de sa première baleinière, le Mechanic, et novembre 1848, date de vente de sa dernière baleinière, la compagnie eut 5 navires qui firent au total 11 expéditions. Cependant, elle envisagea dès la fin de 1845 de se dissoudre parce que l’emploi du pétrole faisait désormais de l’huile de baleine un produit moins recherché. Elle vendit les quatre navires qui lui restaient au cours des quelques années suivantes et ses propriétés furent louées ou vendues ; en 1850, en réponse à une pétition, la chambre d’Assemblée adopta une loi qui autorisait la liquidation de la compagnie. Celle-ci avait manifestement eu du succès, puisque de 1841 à 1854 elle versa régulièrement des dividendes qui atteignirent même 20 % une année.

Quant à la loi qui constituait la Saint John Hotel Company, elle avait été adoptée en 1835. Nisbet, élu au premier conseil d’administration, notamment avec Moses Henry Perley*, occupa la présidence de 1837 à 1849. L’hôtel, le Masonic Hall rénové et meublé, ouvrit ses portes en novembre 1837. Comme il était toujours loué à des tenanciers, la compagnie ne s’occupait pas de son administration courante. À compter de mai 1842, soit pendant la présidence de Nisbet, elle déclara des dividendes semestriels.

Par ailleurs, Nisbet fut conseiller presbytéral et administrateur de l’église presbytérienne St Andrew, membre actif de la St Andrew’s Society et de la Highland Society, ainsi que franc-maçon. Il appartenait à la milice de Saint-Jean, dont il se retira avec le grade de capitaine en août 1834.

Thomas Nisbet se signala sur la scène publique et commerciale de Saint-Jean, mais c’est à titre d’ébéniste qu’on se souvient de lui aujourd’hui. Son entreprise était bien gérée et productive ; ses meubles étaient élégants, ses matériaux de premier choix, ses artisans qualifiés. Il fit preuve d’un talent supérieur, comme en témoignent les pièces encore existantes qui portent sa marque. Parmi les plus importantes se trouvent : une table de salon, une table à écrire et à coudre ainsi qu’un canapé, conservés au Royal Ontario Museum de Toronto ; une table à jouer et un pupitre, au Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean ; une commode à la Beaverbrook Art Gallery de même qu’un fauteuil et une table à battants au York-Sunbury Historical Society Museum, deux établissements situés à Fredericton ; enfin, une table à jouer et un secrétaire au village historique de Kings Landing, près de Fredericton.

T. G. Dilworth

APNB, RG 4, RS24, S33-Z1.2, S34-R6.3, S35–R3.33, S37–Z11.5, S45-P84, S46-P1, S57-P67, S63-P328 ; RG 10, RS108, Thomas Nisbet, 1820.— City of Saint John (Saint-Jean, N.-B.), City Clerk’s Office, Common Council, minutes, IV : 68 (mfm aux APNB).— Musée du N.-B., Church of England burial ground, Westmorland Road (Saint-Jean), records (mfm) ; Nesbitt family, {{cb doc }}(copie dactylographiée) ; Ward family papers, packet 7, no 8.— N.-B., House of Assembly, Journal, 1826–1827.— City Gazette (Saint-Jean), 1812–1841, particulièrement 10 avril 1813, 14 juill. 1819, 16 févr. 1820, 6 juin 1821, 22 mai, 13 juin, 21 nov. 1822, 24 juill. 1823, 15 avril, 24 juin, 2 sept. 1824, 13 mai 1837.— Herald (Saint-Jean), 18 août 1841.— Morning News (Saint-Jean), 16 août 1841.— New-Brunswick Courier, 1812–1850, particulièrement 28 janv., 6 mars 1815, 12 oct. 1816, 9 juin 1821, 10 avril 1824, 24 sept. 1825, 29 mars 1828, 2, 30 août 1834, 4 avril, 12 sept. 1835, 28 mai 1836, 10 juin, 18 nov. 1837, 14 mai 1842, 8 févr., 1er mars, 11 oct. 1845, 2 sept., 18 nov. 1848, 12 mai 1849, 2 nov. 1850 ; aussi 11 oct. 1856.— Royal Gazette (Saint-Jean ; Fredericton), 1812–1850, particulièrement 2, 16 mars 1815, 29 juill. 1817, 13 avril 1824, 20 sept. 1825, 23 juin 1830.— Star (Saint-Jean), 18 juin 1822, 26 avril, 31 mai 1825.— Weekly Observer (Saint-Jean), 19 août 1834, 11 août 1835.— W. F. Bunting, History of St. John’s Lodge, F. & A.M. of Saint John, New Brunswick [...] (Saint-Jean, 1895), 346–347, 368–369, 397–398.— C. H. Foss et Richard Vroom, Cabinetmakers of the eastern seaboard : a study of early Canadian furniture (Toronto, 1977).— D. R. Jack, History of Saint Andrew’s Church, Saint John, N.B. (Saint-Jean, 1913).— H. G. Ryder, Antique furniture by New Brunswick craftsmen (Toronto, 1965).

Bibliographie générale

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T. G. Dilworth, « NISBET, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nisbet_thomas_7F.html.

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Auteur de l'article:   T. G. Dilworth
Titre de l'article:   NISBET, THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   25 octobre 2014