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MURRAY, FRANCES ELIZABETH, militante dans les œuvres sociales et auteure, née vers 1831, fille de John Thomas Murray et de Harriet Letitia Despard ; décédée le 13 février 1901 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

Issue de loyalistes et de colons d’origine américaine établis dans les Maritimes avant même la guerre d’Indépendance, Frances Elizabeth Murray appartenait à l’une des plus vieilles familles de l’establishment du Nouveau-Brunswick. Son père, avocat et greffier des circonscriptions judiciaires de Saint-Jean, mourut prématurément en 1834. Sa mère mourut à Newport, dans le Rhode Island, en 1867, mais Frances Elizabeth Murray aurait passé « la plus grande partie de sa vie » à Saint-Jean chez son oncle, le docteur LeBaron Botsford. De 1880 à 1888, elle fut vice-présidente de l’Eclectic Reading Club, société qui favorisait, « par l’entraide entre ses membres, l’amélioration de la lecture et de la connaissance de la littérature en général », et dont Botsford était, à la même époque, président. À la mort de celui-ci en 1888, elle fut élue présidente et occupa cette fonction jusqu’au 22 octobre 1892, date à laquelle elle partit pour la Caroline du Sud passer l’hiver. Dans sa lettre de démission, elle écrivit à ses collègues de la société : « [Nos réunions ont] fait plus que nous ne l’imaginons pour favoriser la réflexion, la recherche, la discussion, ou les sujets littéraires, et elles nous ont ainsi aidés à nous libérer un peu des soucis quotidiens de nos vies affairées et à nous élever à un plan supérieur de la pensée et de l’être. » Des lectures de la Princesse, d’Alfred Tennyson (1888), et de Makers of Florence, de Mme Margaret Oliphant (1891), aux introductions à Charles Lamb (1896) et à Jules César (1897), les exposés que fit Frances Elizabeth Murray devant les membres de la société illustrent bien la grande diversité de ses intérêts littéraires et intellectuels. Comme son oncle, elle fut aussi une membre enthousiaste de la Natural History Society of New Brunswick, et elle mit de l’avant les travaux de sa section féminine.

Très attachée à l’Église d’Angleterre, dont elle était membre, Frances Elizabeth Murray enseignait à l’école du dimanche de la paroisse St Paul (Valley), assistait au service du dimanche soir à la vieille église loyaliste Trinity, travaillait sans relâche au Church of England Institute et, à un moment, étudia l’hébreu avec l’évêque John Medley* pour approfondir sa connaissance de la Bible. C’est cependant dans un autre domaine qu’elle révéla le mieux ses talents de conférencière et d’organisatrice. Active au comité féminin du Saint John Protestant Orphan Asylum, elle fut aussi élue présidente des dames auxiliaires de la New Brunswick Society for the Prevention of Cruelty to Animals, au moment de l’assemblée inaugurale du 10 mars 1885 à Saint-Jean. C’est ainsi qu’elle supervisa les premières tentatives des auxiliaires pour récompenser par des prix les jeunes qui soumettaient des textes sur des thèmes humanitaires, fonder ce que l’on appelait alors des bands of mercy, c’est-à-dire des sections enfantines de la société pour la protection des animaux, dont une section regroupant les jeunes crieurs de journaux de la ville, et offrir à ces derniers un repas de Noël. Son rapport du 11 novembre 1886 indique qu’elle avait représenté les auxiliaires à l’occasion d’une rencontre avec le personnel du siège social de la société à Boston et qu’elle avait fait des visites régulières dans les écoles pour encourager l’adhésion aux bands of mercy. Les auxiliaires commencèrent cependant à réorienter leur activité en décembre 1890 quand on leur demanda de former un comité qui visiterait des établissements publics, comme l’asile des pauvres et le Provincial Lunatic Asylum, et, en prévision d’une loi qui autoriserait les femmes à faire partie des conseils scolaires, d’élire deux éventuelles commissaires d’école. Après maintes démarches, les auxiliaires purent enfin soumettre les noms de Frances Elizabeth Murray et d’Elizabeth Clear Skinner au gouverneur en conseil le 29 novembre 1894, et Mme Skinner fut nommée commissaire à la fin des années 1890.

Après son retour de la Caroline du Sud, Frances Elizabeth Murray, qui était toujours présidente des dames auxiliaires de la New Brunswick Society for the Prevention of Cruelty to Animals, s’occuperait non seulement de la question des conseils scolaires, mais aussi de donner suite à la décision des dames auxiliaires de se joindre au Local Council of Women of Saint John, formé après la visite de lady Aberdeen [Marjoribanks*] à Saint-Jean le 14 août 1894. Elle assumerait la présidence des auxiliaires jusqu’à sa mort et, avec le rapprochement de celles-ci et du Local Council of Women, dont les rôles seraient de plus en plus liés, elle fut également vice-présidente (1898, 1901) et secrétaire d’administration (1899) du conseil local. Elle représenta lady Tilley à l’assemblée du National Council of Women of Canada tenue à Toronto en 1895 et, à l’occasion de l’assemblée de Victoria en 1900, elle réussit à convaincre le conseil de tenir son assemblée nationale à Saint-Jean en juillet 1902. Sa mort soudaine le 13 février 1901 affligea profondément les auxiliaires, qui notèrent au procès-verbal de leur réunion du 17 janvier 1902 : « C’est avec chagrin que cette société prend de plus en plus conscience chaque jour de la perte qu’elle a subie [...] et durant la dernière année, nous avons fait peu. » Le conseil local aussi déplora sa disparition à l’assemblée du National Council of Women de 1902 ; il évoqua « sa chaleureuse poignée de main, son éloquence, la diversité de ses connaissances, sa maturité intellectuelle, ainsi que la gaieté et la serviabilité qu’inspirait cette âme favorable à toutes les bonnes œuvres ». Le respect qu’elle inspirait incita les responsables des églises, des sociétés et du Local Council of Women dont elle avait fait partie à donner son nom à une salle de gynécologie du General Public Hospital de Saint-Jean.

Son amour de la littérature et le talent avec lequel elle savait exposer sa pensée en public poussèrent Frances Elizabeth Murray vers l’écriture à la fin de sa vie. Memoir of LeBaron Botsford, m.d. (Saint-Jean, 1892), annoncé comme le premier livre complet sur un citoyen de Saint-Jean, fut une œuvre cathartique dans laquelle elle explorait les influences sociales et chrétiennes qui avaient marqué la vie de son cher oncle. In memoriam : Frederick Hervey John Brigstocke, archdeacon of St. John (Saint-Jean, 1899) rendait un hommage à la fois ecclésial et personnel à l’ami et rector de l’église Trinity, avec qui Frances Elizabeth Murray avait soupé tous les dimanches soirs. « The story of Laura Secord », publié en décembre 1898 dans Canadian History, avait été écrit pour intéresser les jeunes à l’histoire du Canada, mais traduisait également les goûts littéraires de son auteure, qui y faisait référence à la pièce de Sarah Anne Curzon [Vincent*], Laura Secord, the heroine of 1812 [...] (Toronto, 1887), et y présentait un poème sur Laura Secord [Ingersoll*] écrit par la sœur de Frances Elizabeth, la poète Ellen Murray. L’essai « The church work of Protestant women in Canada », publié dans Women of Canada, ouvrage préparé par le National Council of Women à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1900, témoigne lui aussi de la diversité de ses intérêts. Consacré à l’évolution du rôle des femmes dans l’éducation chrétienne depuis les débuts de la colonie, l’essai montre que Frances Elizabeth Murray avait compris que les organisations permettaient aux femmes d’assumer des responsabilités sociales et d’étendre leur influence. Sa propre vie reflète cette conscience et cet engagement.

Gwendolyn Davies

On peut lire l’article de Frances E. Murray sur Laura Secord dans Canadian Hist. (Saint-Jean, N.-B.), n° 4 (déc. 1898) : 98–104, un des 12 « suppléments » trimestriels publiés par l’Educational Rev. de Saint-Jean entre 1898 et 1900, et qui a été publié par la suite en monographie sous le titre Canadian history readings [...], sous la direction de George Upham Hay* (Saint-Jean, 1900). L’essai de Murray sur les activités religieuses des femmes protestantes a paru dans NCWC, Women of Canada : their life and work ; compiled [...] for distribution at the Paris international exhibition, 1900 ([Montréal ?, 1900] ; réimpr., [Ottawa ?], 1975), 296–302.

City of Saint John, City Clerk’s Office, Common Council, minutes, 6 déc. 1894, 11 janv. 1895 (mfm au Musée du N.-B.).— Musée du N.-B., Eclectic Reading Club papers, minute-books, 1880–1902, particulièrement le 24 nov. 1892 ; New Brunswick Soc. for Prevention of Cruelty to Animals and Animal Rescue League, Ladies Humane and Educational Auxilliary, minute-book, 1885–1933 : 1, 61, 185, 219, 231, 239, 241, 273, 281, 293, 302.— Saint John Regional Hospital Arch. (Saint-Jean), Minutes of the board of commissioners of the General Public Hospital, 1er, 23 mars, 1er juin 1901.— Saint-John Globe, 1er, 3 mars 1902.— St. John Daily Sun (Saint-Jean), 14, 16 févr. 1901.— R. P. Campbell, Challenging years, 1894–1979 : 85 years of the Council of Women in Saint John ([Saint-Jean, 1981 ?]).— T. E. Hazen, The Hazen family in America, a genealogy, D. L. Jacobus, édit. (Thomaston, Conn., 1947), 179.— NCWC, Year book, 1902, particulièrement le rapport du Local Council of Women [Saint-Jean] (exemplaire conservé à la Saint John Regional Library, Saint John Council of Women records, 1 (1894–1959)).— N.-B., The consolidated statutes of New Brunswick, 1903 (2 vol., Fredericton, 1904), c.65, sect. 4.

Bibliographie générale

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Gwendolyn Davies, « MURRAY, FRANCES ELIZABETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/murray_frances_elizabeth_13F.html.

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Auteur de l'article:   Gwendolyn Davies
Titre de l'article:   MURRAY, FRANCES ELIZABETH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 septembre 2014