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MISCOUAKY (Miskouaky, et parfois mais à tort Misconky ou Miscoualzy), chef Outaouais d’importance secondaire. Il vécut à Détroit puis à Michillimakinac ; on le délégua à Montréal en 1706, pour faire rapport sur les escarmouches entre Outaouais et Miamis à Détroit ; circa 1700–1713.

Miscouaky et Mekaoua arrivèrent à Montréal en juin 1700 en qualité d’émissaires des anciens de la nation outaouaise. Ils venaient faire amende honorable pour une attaque des Outaouais contre une bande de chasseurs iroquois. Ce coup de main et celui des Miamis contre les Tsonnontouans avaient rompu la trêve que le gouverneur de Callière avait conclue avec les Iroquois en vue de négociations de paix. Les envoyés outaouais déclarèrent qu’ils ignoraient les négociations en cours, et promirent de rendre dix captifs iroquois enlevés au détachement qui avait, selon eux, empiété sur leur territoire de chasse.

La deuxième mission de Miscouaky à Montréal, en 1706, revêtait une importance infiniment plus grande. La paix conclue en 1701 entre les Iroquois, les Français et les tribus de l’Ouest était mise en péril par les querelles qui avaient éclaté entre les tribus indiennes alliées des Français. Un conflit entre les Miamis et les Outaouais fit planer sur ces derniers la menace d’une intervention des Iroquois, alliés des Miamis ; cette intervention aurait eu pour effet de détruire l’équilibre des forces réalisé en 1701 et cela au moment où la Nouvelle-France vivait elle-même sous la menace d’une attaque par les Anglais de New York.

Le conflit, d’après Miscouaky, Outoutagan et Clairambault d’Aigremont, avait plusieurs causes : les Miamis n’avaient jamais offert réparation pour l’assassinat de sept Outaouais, les autorités françaises de Détroit n’avaient pas réussi à réconcilier leurs alliés et, pendant l’absence de Cadillac [Laumet], Véniard de Bourgmond, le commandant par intérim à Détroit, avait mortellement blessé un Outaouais, coupable d’avoir frappé son chien. Au moment où les guerriers outaouais se préparaient à la guerre contre les Sioux, en juin 1706, ils apprirent que les Miamis avaient formé le projet d’aller, trois jours après leur départ, massacrer leurs femmes et leurs enfants restés au camp. Bourgmond ne tenta pas de les rassurer et ne réussit qu’à accroître leur méfiance envers les Français. La violence éclata quand Le Pesant, chef suprême des Outaouais, mena contre les Miamis une attaque préventive devenue célèbre. Huit chefs miamis, rencontrés par hasard, furent les premières victimes. L’un d’eux réussit à s’échapper et avertit les membres de sa tribu qui trouvèrent refuge à l’intérieur du fort Pontchartrain. Dans la mêlée, au pied de l’enceinte du fort, un soldat français et le missionnaire récollet Constantin Delhalle, trouvèrent la mort. Par la suite, les Hurons se joignirent aux Miamis pour se livrer à une série d’incursions, d’embuscades et de contre-attaques. À la mi-août, les Outaouais se retirèrent à Michillimakinac, leur autre village, laissant derrière eux 26 morts. Avant d’envoyer Miscouaky à Montréal, ils reçurent de la part de presque toutes les tribus de l’Ouest alliées des Français l’assurance de leur entier appui.

Au mois de septembre, lorsque Miscouaky présenta sa version des faits au gouverneur Rigaud de Vaudreuil, il affirma que ni lui ni son « frère » Outoutagan n’étaient impliqués dans l’initiative qu’avait prise Le Pesant d’attaquer le premier. Miscouaky soutint qu’il avait favorisé la fuite du chef miami, seul survivant de la première escarmouche, et se targua d’avoir, seul, réussi à refréner l’élan des jeunes qui voulaient lancer des flèches enflammées à l’intérieur du fort français. Vaudreuil, qui n’avait pas encore reçu le rapport de Cadillac sur l’affaire, se montra disposé à temporiser. Il refusa toutefois les cadeaux de Miscouaky car, dit-il, « le sang des François ne se paye pas par du castor ». Les Outaouais reçurent le conseil de rester en paix ; au mois de juin, Outoutagan vint lui-même à Montréal pour prendre connaissance de la décision de Vaudreuil. La mort des deux Français empêchait le gouverneur de tenir le rôle de conciliateur impartial entre les tribus belligérantes. Pour sauver son honneur et aussi pour apaiser les Miamis et les Hurons, Vaudreuil se devait d’obtenir des Outaouais une déclaration publique de soumission. Afin de retenir dans l’alliance toutes les tribus indiennes alliées des Français, il repoussa la proposition de Cadillac qui désirait une guerre punitive, mais il exploita les dissensions entre les chefs outaouais. Il exigea des Outaouais la remise de Le Pesant entre les mains des Français : ils le livrèrent en 1707.

Pour une troisième fois, Miscouaky se rendit en mission à Montréal, en 1713, accompagné de deux Outaouais de Michillimakinac. Ils demandaient que Le Marchand de Lignery fût relevé de son commandement à Michillimakinac et qu’on affectât de nouveau La Porte de Louvigny à ce poste. Ils firent aussi état des pertes qu’ils avaient subies dans la guerre contre les Indiens de la tribu des Renards, et il est à présumer qu’ils recherchèrent l’appui des Français.

Peter N. Moogk

AN, Coll., C11A, 18, ff.42–45 ; 24, ff.25–64, 243–250, 255s. — Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1947–1948 : 229. — Michigan Pioneer Coll., XXXIII : 273s., 282, 288, 294s., 299–301, 307, 313, 319s., 323, 329. — NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 723, 780, 810. — Wis. State Hist. Soc. Coll., XVI : 238.

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Peter N. Moogk, « MISCOUAKY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/miscouaky_2F.html.

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Auteur de l'article:   Peter N. Moogk
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   20 avril 2014