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McMICKEN, ALEXANDER, homme d’affaires, agent secret, homme politique et magistrat, né le 27 août 1837 à Queenston, Haut-Canada, fils de Gilbert McMicken* et d’Ann Theresa Duff ; le 1er septembre 1859, il épousa à Niagara (Niagara-on-the Lake, Ontario) Margaret Sarah Johnston ; décédé le 29 juillet 1916 à Winnipeg.

Après avoir fait ses études dans des écoles publiques locales et à la Toronto Academy, Alexander McMicken fut nommé maître de poste et receveur des douanes à Clifton (Niagara Falls, Ontario), mais il y resta seulement jusqu’en 1860. Cette année-là, il s’installa à Windsor, où il se lança dans le commerce céréalier. En 1864, son père fut placé à la tête du premier service secret du Canada, dont la mission était de contrer des menaces de raids de la part des soldats de l’armée sudiste des États-Unis, puis des féniens. Alexander dirigea la division ouest de ce service. « L’audace et la compétence avec lesquelles il tenait des positions stratégiques, dit un article de journal, le firent remarquer du gouvernement du dominion. »

Alexander McMicken arriva au Manitoba en 1871, peu après son père, qui avait obtenu de nombreux postes dans la nouvelle province grâce à ses talents et à sa loyauté envers le gouvernement conservateur. Au début, Alexander aida son père à administrer la Banque d’épargne du gouvernement. Puis, le 4 janvier 1872, il ouvrit sa propre banque dans une maison de rondins adjacente au bâtiment à pans de bois qui abritait le bureau de son père et une forge.

La McMicken’s Bank émit ce qui fut probablement le premier chèque libellé et encaissé dans les Territoires du Nord-Ouest. Obligé de déménager à cause du succès de sa banque, McMicken l’installa le 24 novembre 1873 dans un édifice neuf en revêtement de brique – la première construction de ce genre dans l’Ouest – qui lui servait aussi de domicile. Cependant, il vendit son établissement à la Banque d’Ontario en 1875 et se consacra dès lors à d’autres activités.

Presque dès son arrivée, McMicken avait joué un rôle actif dans les affaires publiques locales, prônant énergiquement la constitution de Winnipeg en municipalité, ce qui se réalisa en 1873. Élu au conseil municipal de Winnipeg en 1875 et en 1881, il accéda à la mairie en décembre 1882 pour l’année suivante.

Le mandat de McMicken comme maire ne fut pas de tout repos. En 1881, Winnipeg semblait promis à un brillant avenir. La Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique avait décidé d’y faire passer sa ligne principale et d’y établir les ateliers, dépôts de marchandises et bureaux avec lesquels elle desservirait l’Ouest. Winnipeg était donc assuré d’être la porte d’entrée et la grande métropole des Prairies canadiennes. En raison de ces perspectives d’expansion économique, les emplacements commerciaux, industriels et résidentiels faisaient l’objet d’une demande telle que, toujours en 1881, la frénésie avait gagné les spéculateurs. Le prix des terrains avait grimpé. Puis, soudain, en avril 1882, le boom immobilier avait pris fin, car la rivière Rouge en crue avait inondé une bonne partie des terrains sur lesquels l’expansion urbaine devait se produire. Les espoirs avaient tiédi, la valeur des biens-fonds avait commencé à s’effondrer. Cependant, en décembre, confiant que ce recul n’était que temporaire, le conseil municipal adoptait avec une majorité écrasante un règlement autorisant l’emprunt de 1 250 000 $ pour la construction de grands ouvrages, dont un poste de police, un poste de pompiers, un pont et un hôtel de ville digne d’un grand centre urbain [V. Charles Arnold Barber]. À titre de futur maire, McMicken se rendit à New York pour vendre l’émission d’obligations municipales. Il obtint des conditions que l’on jugea très favorables, bien meilleures que celles obtenues pour une émission précédente.

Les travaux, notamment la construction de l’hôtel de ville, progressèrent à tel point que le produit de l’émission d’obligations s’avéra insuffisant. Le conseil municipal envisagea alors d’emprunter encore 500 000 $ pour payer des dépenses déjà engagées. Toutefois, à ce moment-là, on savait fort bien que les propriétés immobilières ne retrouveraient pas de sitôt la valeur excessive qu’elles avaient eue pendant les mois du boom. Avec une assiette d’imposition beaucoup plus réduite, les intérêts de la lourde dette municipale constitueraient un fardeau quasi insupportable. En 1883, des propriétaires en colère formèrent une association contre les folles dépenses ; à la fin de la même année, leur candidat, Alexander Logan*, battit McMicken à plate couture aux élections à la mairie.

Après avoir vendu sa banque, McMicken avait participé à diverses entreprises. Il avait fait de la spéculation foncière pendant le boom de 1881–1882 – avec plus ou moins de succès, avouerait-il tristement des années plus tard : « Comme tant d’autres, j’ai survécu au boom après en avoir subi les désastres. » Avec un associé, il construisit une passerelle sur l’Assiniboine, en partie pour sa propre convenance, car sa maison ne se trouvait pas du même côté de la rivière que l’agglomération de Winnipeg. En 1882, ils vendirent la passerelle à la ville. McMicken participa également à l’aménagement de deux pistes de courses hippiques, une aux abords ouest de la ville et l’autre à une douzaine de milles au nord. Dans les 15 années suivant sa défaite aux élections à la mairie, les annuaires locaux l’identifient comme agent d’assurance, courtier et représentant d’une compagnie de filtres à eau. Nommé magistrat provincial de police en 1900, il acquit la réputation de relâcher les jeunes délinquants sur parole afin qu’ils n’aient pas de période de détention à leur dossier. Apparemment, c’était un magistrat plutôt irascible : on rapporte que, une fois, il quitta le banc et en vint aux poings avec un avocat qui plaidait devant lui.

Alexander McMicken œuvra dans d’autres secteurs que les affaires et la politique. Il fut membre de la première assemblée de fidèles de l’église presbytérienne Augustine, établit l’Independent Order of Odd Fellows dans la province et appartint aux Knights of Pythias et à l’ordre d’Orange. Il était tireur d’élite, organisa la venue de la première montgolfière à Winnipeg, participa à la création du premier club de cricket de la ville, et fut en 1879 l’un des membres fondateurs de la Société historique et scientifique de Manitoba. À cause de son âge et de sa santé, il quitta son poste de magistrat en 1913. Sa mort survint trois ans plus tard.

Ruben C. Bellan

AO, RG 80–27–2, 33 : 16.— Manitoba Free Press, 31 juill. 1916, 18 nov. 1927.— Winnipeg Tribune, 17 août 1908, 27 août 1910, 6 avril 1965.— A. F. J. Artibise, Winnipeg : a social history of urban growth, 1874–1914 (Montréal et Londres, 1975).— R. [C.] Bellan, Winnipeg first century : an economic history (Winnipeg, 1978).— George Bryce, A history of Manitoba ; its resources and people (Toronto et Montréal, 1906).— W. L. Morton, Manitoba : a history (Toronto, 1957).— Pioneers of Manitoba (Morley et al.).

Bibliographie générale

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Ruben C. Bellan, « McMICKEN, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcmicken_alexander_14F.html.

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Auteur de l'article:   Ruben C. Bellan
Titre de l'article:   McMICKEN, ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   30 juillet 2014