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McMAHON, PATRICK, prêtre catholique, né le 24 août 1796, probablement à Abbeyleix (comté de Laois, république d’Irlande), fils de Patrick McMahon et de Winifred Kelly ; décédé le 3 octobre 1851 à Québec.

Patrick McMahon fit ses études classiques en Irlande, probablement au St Patrick’s College, à Carlow. Vers 1817, il immigra dans le Bas-Canada en compagnie de nombreux membres de sa famille. En octobre 1817, il avait commencé à enseigner l’anglais au collège de Saint-Hyacinthe, où il étudia aussi en vue de devenir prêtre et apprit probablement un peu de français. Ordonné prêtre dans la cathédrale Notre-Dame de Québec le 6 octobre 1822, il fut nommé vicaire à cet endroit afin de desservir le nombre croissant d’anglophones dans la paroisse, en majorité des Irlandais. Le 25 mai 1825, il fut affecté à la mission de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. S’il faut en croire la tradition populaire, on l’aurait envoyé là-bas pour le punir de son franc-parler, mais, jusqu’ici, aucun document n’est venu appuyer cette hypothèse. Même si sa santé fut précaire durant son séjour au Nouveau-Brunswick, il se fit remarquer par son zèle et il mérita les louanges et l’admiration de ses ouailles.

À l’époque où McMahon retourna à Québec, en 1828, pour reprendre ses fonctions à la cathédrale, des laïques de la communauté irlandaise catholique, avec leur vicaire, l’abbé Hugh Paisley, avaient fait les premières démarches pour obtenir leur propre église. John Cannon*, Gordian Horan et Michael Quigley avaient constitué le noyau d’un comité de direction des « catholiques de Québec parlant la langue anglaise », lequel avait engagé des pourparlers avec les membres de la fabrique de Notre-Dame en 1827. Avec McMahon, les négociations se poursuivirent, et la construction de la nouvelle église, conçue par l’architecte Thomas Baillairgé, débuta en 1831. C’est dans l’allégresse que McMahon et les catholiques irlandais célébrèrent, le 7 juillet 1833, la première messe dans l’église St Patrick, érigée rue Sainte-Hélène (qui fut plus tard nommée rue McMahon en l’honneur de l’abbé). McMahon desservit cette succursale de la cathédrale Notre-Dame durant les 18 années qui suivirent, de temps à autre avec l’aide d’un assistant ; en 1835, l’église St Patrick assurait le service du culte à environ 6 000 personnes.

Au cours des années 1830 et 1840, le port de Québec reçut des milliers d’immigrants venant des îles Britanniques, dont la plupart étaient des Irlandais catholiques. En tant que membre du bureau de direction de la Société de Québec des émigrés, McMahon travailla en étroite collaboration avec l’agent d’émigration du port, Alexander Carlisle Buchanan, et comparut avec lui devant un comité de la chambre d’Assemblée qui, en 1832, enquêta sur l’immigration. De plus, les Irlandais catholiques firent souvent appel à McMahon lors des tragédies qui frappèrent Québec : en 1832, 1834, 1849 et 1851, il y eut des épidémies de choléra ; en 1841, des éboulements de rochers tuèrent un grand nombre d’Irlandais qui travaillaient dans les anses à bois ; au cours de l’été de 1845, deux incendies de taille rasèrent des quartiers très populeux de la ville ; et, en 1847–1848, la station de quarantaine de la Grosse Île, dirigée par George Mellis Douglas*, regorgea d’immigrants irlandais atteints du typhus, de sorte qu’un grand nombre de passagers débarquèrent à Québec même.

La population irlandaise de Québec avait participé activement à la politique dès 1792, année où Robert Lester* fut élu à la première chambre d’Assemblée. McMahon joua personnellement un rôle dans les luttes politiques locales. La réaction soulevée par un sermon qu’il prononça à l’occasion de la Saint-Patrick, en 1835, eut pour effet de dresser les unes contre les autres les factions qui existaient déjà dans la paroisse et dans la ville. Selon la Gazette de Québec, il avait « avec franchise, mais sous toutes réserves, attiré l’attention sur les institutions publiques de la province et sur le respect et la protection qu’elles accordaient à toutes les religions ». Ce sermon fut interprété comme une condamnation des réformistes. Réagissant à une rumeur selon laquelle des réformistes canadiens-français avaient commencé à faire circuler une pétition demandant à l’archevêque de Québec, Mgr Joseph Signay*, de démettre McMahon de ses fonctions, un groupe de paroissiens de St Patrick, formé surtout d’antiréformistes, amena 2 000 membres de la communauté irlandaise catholique à signer une pétition pour appuyer leur vicaire. Vingt-et-un hommes de ce groupe formèrent la délégation qui présenta la pétition à l’archevêque ; Signay nia avoir eu connaissance de la pétition des réformistes et les assura qu’il tenait McMahon en grande estime. Peu de temps après, Michael Connolly, John Teed et Quigley, trois réformistes bien connus qui avaient fait partie de la délégation appuyant McMahon, furent expulsés du comité de direction de la paroisse St Patrick « pour la paix et l’harmonie de ce comité ». Ce n’est que neuf ans plus tard qu’ils furent réintégrés dans leurs fonctions. Il est possible que des pressions aient été exercées sur McMahon pour qu’il renvoie les trois hommes, soit de la part de Signay, soit de membres de la délégation tels que Dominick Daly*, John Patrick O’Meara ou Patrick Lawlor, qui appartenaient à l’Association constitutionnelle de Québec, laquelle regroupait des antiréformistes protestants, catholiques, anglais et irlandais. McMahon, qui présidait la réunion du comité au cours de laquelle les réformistes furent expulsés, constitue un exemple typique de la réaction du clergé vis-à-vis de la réforme à cette époque. On dit aussi qu’il fulmina contre les réformistes, du haut de la chaire, lors des élections de 1836. Il était aumônier de la garnison depuis 1831, et, plus tard, le lieutenant-colonel Robert Spark, commandant de la garnison, allait le louanger pour « sa loyauté et son attachement au gouvernement britannique ».

En fait, McMahon était de tendance conservatrice, mais la politique ne constituait pas l’aspect le plus important de sa vie. C’était avant tout un bâtisseur, et son principal monument fut la communauté qu’il aida à établir. Par ses différentes institutions, dont l’église elle-même, cette communauté prit de l’importance. Dès 1846, on sentit le besoin d’effectuer des travaux à l’église St Patrick pour répondre aux besoins des catholiques irlandais, dont le nombre s’était considérablement accru. McMahon vit les garçons de sa communauté fréquenter une école fondée par les Frères des écoles chrétiennes, en 1843, tout près de l’église. Il donna aussi son appui à l’œuvre des Sœurs de la charité de l’Hôpital Général de Montréal, qui étaient arrivées à Québec en 1849, sous la direction de Marie-Anne-Marcelle Mallet*, pour prendre soin des pauvres et des malades.

On célébra le vingt-cinquième anniversaire de l’ordination de Patrick McMahon en 1847. Parmi les cadeaux qu’on lui offrit à cette occasion, il y avait un ensemble de vases sacrés en argent exécuté par François Sasseville* et un portrait de McMahon peint par Théophile Hamel*, un des rares portraits en pied que fit l’artiste, représentant l’abbé la main posée sur les plans de l’église St Patrick. McMahon mourut à Québec en 1851 et fut enterré sous la chaire de l’église, après de grandes funérailles publiques auxquelles assistèrent des représentants des autorités ecclésiastiques, civiles et militaires, ainsi que des milliers d’Irlandais catholiques.

Marianna O’Gallagher

Patrick McMahon est l’auteur de : Copies of letters addressed by the Rev. P. McMahon, to the editors of le Journal de Québec, and le Canadien, containing the report of a conference, which took place, at his residence, in the month of April last, between him and two itinerant preachers (Québec, 1843).

AAQ, 61 CD, St Patrick’s, 1 : 16–17 ; 311 CN, II : 76 ; 60 CN, IV : 121 ; VII : 117.— AP, St Patrick (Québec), Committee of management, Minute-book, 1829–1854 ; Horan corr.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1831–1832.— Le Canadien, 8 juill. 1833.— Québec Gazette, 18 mars 1835.— Caron, « Inv. de la coin. de Mgr Panet », 1933–1934 : 268, 272, 299, 307, 319, 377 ; « Inv. de la corr. de Mgr Plessis », 1928–1929 : 139, 160 ; 1932–1933 : 232.— Desrosiers, « Inv. de la corr. de Mgr Lartigue », ANQ Rapport, 1941–1942 : 362, 378, 387, 391, 394.— Tanguay, Répertoire (1868).— Choquette, Hist. du séminaire de Saint-Hyacinthe.Les Frères des écoles chrétiennes au Canada, 1837–1900 (Montréal, 1921).— Marianna O’Gallagher, Saint-Patrice de Québec la construction d’une église et l’implantation d’une paroisse, Guy Doré, trad. (Québec, 1979).— J. M. O’Leary, History of the Irish Catholics of Quebec : St. Patrick’s Church to the death of Rev. P. McMahon (Québec, 1895).— Une fondatrice et son œuvre : Mère Mallet – 1805–1871 – et l’Institut des Sœurs de la charité de Québec, fondé en 1849 (Québec, 1939).— J. A. Gallagher, « St. Patrick’s parish – Quebec », SCHÉC Rapport, 15 (1947–1948) : 71–80.— P.-G. Roy, « l’Abbé Patrick McMahon », BRH, 45 (1939) : 219–220.

Bibliographie générale

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Marianna O’Gallagher, « McMAHON, PATRICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcmahon_patrick_8F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 octobre 2014