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McKENZIE, ARCHIBALD ERNEST GRAHAM, instituteur, avocat et officier dans la milice et dans l’armée, né le 21 janvier 1878 à Campbellton, Nouveau-Brunswick, fils d’Archibald McKenzie, député à la Chambre d’assemblée et receveur des douanes, et de Jane Elizabeth Smith ; le 28 décembre 1904, il épousa à Newcastle, Nouveau-Brunswick, Charlotte Bishop Troy (décédée en 1949), et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 28 août 1918 près d’Arras, France.

Archibald Ernest Graham McKenzie fut façonné par la mentalité presbytérienne écossaise, dans laquelle l’éducation, la discipline et le dur labeur étaient la norme. En 1894–1895, après ses études secondaires, il fréquenta l’école normale de Fredericton. Il enseigna ensuite durant quatre ans et s’inscrivit en 1899 à la University of New Brunswick. Grand et robuste, il était un athlète de première classe et excellait dans les débats intercollégiaux et au parlement modèle. Après avoir reçu sa licence ès arts en 1902, il prit la direction de la Harkins Academy à Newcastle et, pendant son mandat, obtint sa maîtrise ès arts. En 1905, il s’installa à Saint-Jean, où il enseigna à l’Albert School, suivit des cours à la Saint John Law School et fit son stage auprès de John Babington Macaulay Baxter*. Il obtint sa licence en droit civil en 1907 et ouvrit un cabinet d’avocat à Campbellton.

On ne peut guère douter que McKenzie était ambitieux et rêvait de jouer un rôle sur la scène publique. Bientôt, il eut une nombreuse clientèle, devint conseiller juridique de la municipalité et déploya une activité très intense dans les affaires locales puisqu’il appartenait au conseil du Bureau de commerce et au comité directeur de clubs sportifs et autres. Franc-maçon, il devint maître de la loge de Campbellton en 1911 et officier de la New Brunswick Grand Lodge en 1912. De plus, lui-même et sa femme Charlotte prenaient part à des événements mondains. McKenzie se tailla une place au Parti libéral et déploya régulièrement ses talents d’orateur pendant les campagnes fédérales et provinciales. Grâce à sa popularité, il fut choisi comme candidat dans la circonscription de Restigouche en vue des élections provinciales de 1912. Cependant, il ne put résister au mouvement qui mena à l’écrasante victoire des conservateurs de James Kidd Flemming*.

Par ailleurs, McKenzie appartenait à la milice depuis 1899. Au lendemain de la guerre des Boers, celle-ci prit de l’expansion et se modernisa [V. sir Frederick William Borden] ; McKenzie incarnait le professionnalisme qu’elle encourageait à cette époque. Affecté au 73rd (Northumberland) Régiment en 1901, il fut promu lieutenant en 1904 et capitaine en 1907. Il devint adjudant du régiment en mai 1914.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, en août, McKenzie se porta volontaire pour servir outre-mer. Après le départ du premier contingent canadien à l’automne, on autorisa la formation d’un deuxième contingent qui comprendrait un bataillon recruté au Nouveau-Brunswick. McKenzie fut nommé commandant en second du 26th Battalion avec le grade de major, ce qui atteste sa compétence. L’unité s’embarqua pour l’Angleterre en juin 1915 et arriva en France en septembre. Le 26th Battalion fut le seul bataillon néo-brunswickois d’infanterie à servir sans interruption en France et en Belgique pendant toute la durée des hostilités. Au fil des grandes batailles du Corps d’armée canadien, il acquit la réputation d’être un élément solide. Ses exploits, suivis de près dans la province, y étaient une source de fierté.

McKenzie prit le commandement de son unité à titre intérimaire en avril 1916. Bien qu’il ait été d’un naturel plutôt sévère, sa capacité de travail, sa forte personnalité et ses prédispositions au leadership le rendaient apte à commander en campagne. Promu lieutenant-colonel le 29 mai, date où il fut confirmé dans son commandement, il donnait des ordres à partir du front, partageait avec ses hommes les rigueurs de la vie dans les tranchées et se consacrait sans relâche à leur bien-être et au succès du bataillon. En retour, il pouvait compter sur leur respect et leur collaboration ; le moral du bataillon était élevé.

Après que McKenzie eut assumé son commandement, les alliés lancèrent une série de grandes offensives. Il commanda le 26th Battalion avec talent durant tout l’automne de 1916 sur la Somme en France, particulièrement au moment de la prise de Courcelette. Il reçut d’ailleurs l’ordre du Service distingué. À l’issue de la bataille de la crête de Vimy en avril 1917, le « Fighting 26th » se retrouva « seul dans sa gloire » à 2 500 verges en avant de la première ligne du Corps d’armée canadien sur la plaine de Douai, dans une position appelée tranchée du Nouveau-Brunswick par le quartier-général de l’armée. (« Peut-on ne pas voir, dans ce splendide exploit de nos braves, un bon présage de l’avance du Nouveau-Brunswick en tant que province ? » s’exclama le premier ministre Walter Edward Foster*.) Par la suite, McKenzie alla suivre un cours pour officiers supérieurs en Angleterre puis réintégra son bataillon, qu’il commanda au cours de l’horrible bataille de Passchendaele en novembre. Épuisé par deux années de service au front, il contracta à la fin du mois une paratyphoïde. Il rejoignit le 26th Battalion en mars 1918, frais et dispos. La conduite de ses hommes à la bataille d’Amiens, au début d’août 1918, témoigne de ses qualités de chef.

Les alliés poursuivirent leur avance en livrant la bataille de la Scarpe, près d’Arras, du 26 au 30 août. Les combats furent rudes et le tir ennemi, intense, causa de lourdes pertes. Parmi les morts se trouvait McKenzie. Sa « très brave conduite », son « total mépris du danger », son « sang-froid » et le « courage quasi surhumain » avec lequel il avait affronté « le feu le plus destructeur » à la tête de ses hommes furent portés à l’attention du haut commandement par l’aumônier Ronald Cameron MacGillivray, présent à la bataille, et rapportés dans la presse du Nouveau-Brunswick. Le lieutenant Alfred Johnson Brooks* déclara que les hommes de sa compagnie étaient « profondément affectés par la perte de leur colonel, à qui ils étaient très dévoués », comme tous les membres du bataillon. Le 4 octobre, en raison du savoir-faire, des qualités de chef et du courage manifestés par McKenzie à Amiens, une agrafe vint s’ajouter à sa décoration de l’ordre du Service distingué. Toutefois, aucune récompense, sinon l’admiration de ses soldats, ne vint souligner sa bravoure à Arras. « Tous ses hommes disent qu’il est mort en héros », rapporta l’un de ses officiers. Il fut inhumé au cimetière britannique de Wancourt, près d’Arras.

Sans nul doute, Archibald Ernest Graham McKenzie fut le plus remarquable combattant néo-brunswickois de la Première Guerre. Dans toute la province comme dans son régiment, on ressentit sa disparition comme une grande perte. Le premier ministre Foster évoqua à l’Assemblée législative les brillantes perspectives d’avenir auxquelles McKenzie avait renoncé et dit de lui : « aucun soldat n’a jamais mieux servi sa patrie et nul ne laissera derrière lui autant de regrets ». McKenzie aspirait à commander et mourut comme il avait toujours vécu, énergique, actif, tout entier absorbé par les tâches à accomplir. Il personnifie ces nombreux Canadiens qui, tombés pendant la Grande Guerre, ne purent faire bénéficier leur province et leur pays de leurs talents.

John L. Williamson

L’information concernant Ernest McKenzie nous a été gracieusement donnée par Stuart A. Smith, de Keswick Ridge, N.-B., au cours d’entrevues réalisées les 5 et 12 oct. 1995.  [j. l. w.]

On trouve un portrait de face de McKenzie réalisé par Ralph Godard Mathews en 1916, peut-être à Londres, dans la War Art Coll. au Musée canadien de la guerre, à Ottawa ; ce document est répertorié dans A check list of the war collections of World War I, 1914–1918, and World War II, 1939–1945, R. F. Wodehouse, compil. (Ottawa, 1968), n° 8427. En 1939, les anciens officiers du 26th Battalion du Nouveau-Brunswick ont fait peindre un portrait à l’huile de McKenzie, assis en uniforme et portant le ruban de l’ordre du Service distingué avec une rosette indiquant la barette. Ce portrait est conservé au Musée du N.-B. sous le n° 67.53.

AN, RG 9, III, 4850 ; RG 150, Acc. 1992–93/166.— APNB, MC 288, MS4 ; RS 114, 11/23–28 ; RS I 17, A2/3, book C ; RS657, H3, K3, L3.— Musée du N.-B., Canadian Expeditionary Force, 26th Infantry Battalion, war diaries, 1914–1919.— Univ. of N.B. Library, Arch. and Special Coll. Dept. (Fredericton), UA RG 15 (Literary and Debating Soc. minutes), book 4 (1894–1903) ; RG 24 (Students’ records, marks, and tests), book 10 (1891–1902).— Campbellton Graphic (Campbellton, N.-B.), 1909–1918.— Events (Campbellton), 1903–1908.— North Shore Leader (Newcastle, N.-B.), 20 oct. 1939, 13 mai 1949.— Saint John Globe, 1915, 1918–1919.— St. John Standard (Saint-Jean, N.-B.), 30 avril 1915, 1917–1919.— Telegraph-Journal (Saint-Jean), 9 avril 1932, oct. 1939.— A. L. Barry, Batman to brigadier ([Newcastle, 1965]).— Canada, dép. de la Milice et de la Défense, Militia list (Ottawa), 1901–1914.— B. W. Gould et S. K. Smith, The glorious story of the Fighting 26th [...] (Saint-Jean, [1918]).— S. D. MacGowan et al., New Brunswick’s « Fighting 26th » : a history of the 26th Battalion, C.E.F, 1914–1919 (Saint-Jean, 1994).— N.-B., Législative Assembly, Synoptic report of the proc., 1919.— Nicholson, CEC.— University Monthly (Fredericton), 1899–1904.— G. F. Wallace et al., The Saint John Police story (2 vol. parus, Fredericton, 1991–  ), 2.

Bibliographie générale

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John L. Williamson, « McKENZIE, ARCHIBALD ERNEST GRAHAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mckenzie_archibald_ernest_graham_14F.html.

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Auteur de l'article:   John L. Williamson
Titre de l'article:   McKENZIE, ARCHIBALD ERNEST GRAHAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   29 juillet 2014