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MacLEAN, ALEXANDER, marin et chasseur de phoque, né le 15 mai 1858 à East Bay, comté de Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, dernier enfant d’Ailean (Ahan) MacLean et de Caitriona MacCormick ; le 25 novembre 1884, il épousa à Victoria Lucy Dauphin (décédée en 1926), et ils eurent une fille ; décédé le 26 août 1914 à Vancouver.

Alexander MacLean était issu d’une famille de marins. À l’âge de 16 ans, après avoir navigué autour du Cap-Breton, il partit pour le littoral atlantique, où il acquit plus d’expérience des côtes et de la haute mer. En 1879, il se rendit à San Francisco en travaillant à bord du Santa Clara. Son frère Dan partit à la même époque. En 1881, Alex se trouvait à Victoria, second sur le Sir James Douglas. Il longeait la côte de San Francisco à l’Alaska, faisait un peu de prospection et croisait souvent la route de Dan. Victoria fut son point de chute dans les années 1880. Alex et Dan furent parmi les premiers à chasser le phoque en eau profonde dans la mer de Béring, et Victoria serait le port d’attache de la flotte canadienne de chasse au phoque dans le Pacifique.

En 1883, le City of San Diego, parti de San Francisco avec Dan et Alex à son bord, fit la première grosse prise de phoques dans la mer de Béring. Les MacLean eurent encore du succès en 1884 dans deux navires différents. L’année suivante, pour résoudre un débat sur la méthode de chasse la plus rentable, ils s’embarquèrent sur des schooners semblables, Dan avec des chasseurs blancs, des chaloupes et des fusils, Alex avec un équipage autochtone, des canots et des harpons. À leur retour à Victoria, ils avaient respectivement 2 309 et 2 073 peaux. Mais, en fait, ils étaient à égalité : la prise d’Alex était un peu plus faible, mais la méthode des autochtones avait été moins coûteuse.

En 1886, Alex se classa deuxième avec 3 325 peaux tandis que Dan en fit inscrire 4 268 dans les registres. La même année, le gouvernement des États-Unis, inquiet des activités des chasseurs de phoque en eau profonde, interdit l’accès à la partie est de la mer de Béring, saisit quelques navires et en expulsa d’autres. Cependant, les frères MacLean étaient de si bons marins et de si bons chasseurs que la saison de 1887 fut presque aussi lucrative, ce qui accrut leur renommée. L’opinion publique s’intéressa encore davantage à eux en 1888 quand ils rapportèrent des peaux dont on estima la valeur à 58 000 $. Alex avait réalisé la plus grosse prise de la flotte de Victoria cette année-là et Dan se classait troisième. L’année suivante, les prises furent plus modestes et les saisies opérées par les Américains plus nombreuses. Pour les frères MacLean, les années 1890 marqueraient une période d’affrontements, de difficultés et d’exploits. San Francisco serait leur port d’attache pendant la plus grande partie de cette décennie.

En 1891, les gouvernements britannique et américain convinrent d’interdire la chasse au phoque dans l’est de la mer de Béring pour un an. Comme d’autres chasseurs canadiens et américains, Alex décida de se rendre dans la partie russe de la mer et sur la côte du Japon. Cet été-là, en razziant les colonies de phoques des îles Komandorskiye, en Russie, il fut pris après avoir tenté désespérément de s’enfuir. Lui-même et son équipage passèrent quelques mois en Russie, principalement à Vladivostok. Des années plus tard, après un arbitrage à La Haye, aux Pays-Bas, le gouvernement russe paya des dommages-intérêts pour cette saisie. En 1893, le jeune Jack London passa sept mois sur un phoquier, entendit raconter beaucoup d’histoires au sujet des MacLean et croisa souvent le trajet de leurs navires. Ce voyage lui inspirerait l’un de ses plus grands succès, le Loup des mers. Alex n’était vraiment pas dans une situation pour passer inaperçu : il se trouvait à bord du plus gros phoquier de la côte du Pacifique, l’Alexander, trois-mâts barque à vapeur jaugeant 294 tonneaux. Dans le Loup des mers, ce navire devint le Macedonia ; le capitaine s’appelait Death Larsen.

Dix ans s’écouleraient avant la parution du Loup des mers, mais le public était déjà fasciné par les frères MacLean. En 1894, après avoir reçu des rapports défavorables de Yokohama, au Japon, un journal de San Francisco nota : « La famille MeLean semble résolue à s’attirer des ennuis dans toutes les parties du monde où elle va. » En 1895, « les deux chasseurs de phoque les plus téméraires aux États-Unis » se trouvèrent dans un mauvais pas à San Francisco. Comme il y avait entre eux « une ressemblance frappante », il y eut erreur sur la personne et Dan fut emmené à l’hôtel de ville à la place d’Alex. Dan aurait dit qu’« il répondrait de son frère et que l’un ou l’autre des MacLean faisait tout aussi bien l’affaire ». Le problème, causé par des plaintes de créanciers (ce n’était d’ailleurs pas la première fois), se régla vite. Les saisons de 1894–1895 ne furent pas bonnes pour la chasse au phoque et marquèrent la fin de la participation des MacLean à la flotte régulière. Leur départ coïncida avec le déclin de l’industrie.

En septembre 1896, Alex retourna à Victoria pour servir de témoin expert au gouvernement américain aux audiences de la commission sur la mer de Béring. Après sa comparution, il se rendit aux îles Salomon pour une expédition minière qui se révéla infructueuse. De là, il manœuvra le Sophia Sutherland sur des centaines de milles, peut-être seul, car la plupart des membres de l’équipage avaient la fièvre jaune, et finit par aborder à Apia (îles Samoa occidentales). Ensuite, il se laissa attirer par la ruée vers l’or du Klondike et de l’Alaska. On savait déjà qu’il valait mieux ne pas le contrarier ; des histoires provenant de Bennett, en Colombie-Britannique, porte d’entrée du Klondike, et de Nome, en Alaska, raffermirent cette réputation. De retour à San Francisco au plus tard en 1902, il fut un moment capitaine du vapeur City of Sydney.

Alex McLean fit l’une de ses escapades les plus sensationnelles en 1904. Il retapa et arma le Jennie Thelin, le rebaptisa Carmencita, le plaça sous pavillon mexicain et partit vers les colonies de phoques de la mer de Béring. Ce ne fut pas une réussite. Après un hiver à Victoria, Alex donna au navire le nom d’Acapulco, acquit une nouvelle immatriculation provisoire et se lança dans une deuxième expédition, qui fit la manchette en juin 1905. Tout de suite, on associa Alex au roman de London, le Loup des mers, qui avait paru l’automne précédent et connaissait un succès phénoménal. La prolifération des accusations portées contre Alex McLean (braconnage, vol, transgression, conspiration pour frauder le département américain du Trésor), la désinvolture qu’il avait manifestée depuis deux ans envers une foule de règlements et l’incapacité des autorités à le retracer étaient autant d’éléments qui faisaient monter la colère des bureaucrates et fascinaient les journaux. À la mi-septembre 1905, Alex amena l’Acapulco à Victoria ; finalement, on lui imposa des amendes en vertu de trois articles de la loi sur les douanes. « En tant que navigateur et chasseur de phoque, il n’a certainement pas son pareil », reconnut un journal de Victoria, mais ses années de chasse étaient chose du passé, tout comme ses séjours aux États-Unis. L’année suivante, après qu’eut circulé une rumeur selon laquelle on avait perdu sa trace pendant qu’il pêchait, il revint et fit remarquer qu’on avait « beaucoup exagéré » en le disant mort. Par la suite, il transporta des explosifs sur la rivière Skeena et exploita un petit remorqueur aux alentours de Vancouver. Le 26 août 1914, il se noya dans le bassin False Creek, à Vancouver.

Plusieurs récits suggèrent que les MacLean étaient impitoyables et cruels avec leurs équipages, mais bon nombre de leurs connaissances ont attesté leur civilité, leur équité et leur tempérament généralement agréable. À cause de leurs succès à la chasse au phoque, de leur indépendance, de leurs exploits au commandement de leurs navires et, bien sûr, de leurs talents de pugilistes (ils avaient « vidé pas mal de saloons de la côte Barbary à San Francisco »), les amateurs d’histoires maritimes ont associé étroitement, voire confondu – et confondent encore –, le Loup des mers et Death Larsen avec Alexander et Dan MacLean.

Don MacGillivray

AN, RG 23, dossiers 2691, 3136 (mfm à la Univ. of B.C. Library, Arch. and Special Coll. Div., Vancouver).— BCARS, E/E/M221T.— City of Vancouver Arch., Add. {{mss }}782 (H. L. Cadieux coll.), vol. 46, files 241–242 ; vol. 47, files 243–245.— St Andrew’s Cathedral (Victoria), RBMS, 25 nov. 1884.— Bering Sea Claims Commission, Record of evidence taken at Victoria, British Columbia, by the commissioners, under the convention of February 8, 1896, between Great Britain and the United States (5 vol., [Washington, 1897 ?]) ; un exemplaire de l’édition américaine peut-être consulté sur microfiches et est listé dans le Répertoire de l’ICMH ; une édition britannique au contenu identique a aussi été publiée probablement à Londres en 1897.— Bering Sea Tribunal of Arbitration, Fur seal arbitration ; proceedings of the tribunal of arbitration, convened at Paris under the treaty between the United States of America and Great Britain, concluded at Washington, February 29, 1892 [...] (16 vol. en 12, Washington, 1895).— B. C. Busch, The war against the seals : a history of the North American seal fishery (Kingston, Ontario, et Montréal, 1985).— É.-U., Dept. of State, Papers relating to the foreign relations of the United States [...] (Washington), 1902, app. 1 (Whaling and sealing claims against Russia [...]).— D. E. Hensley, « Jack London’s use of maritime history in The Sea-Wolf », Pacific Historian (Stockton, Calif.), 23 (été 1979) : 1–8.— Lewis & Dryden’s marine history of the Pacific northwest ; an illustrated review of the growth and development of the maritime industry [...], E. W. Wright, édit. (Portland, Oreg., 1895 ; réimpr., Seattle, Wash., 1967).— Tom MacInnes, Chinook days (Vancouver, 1926), 149–158.— Neil MacNeil, The Highland heart in Nova Scotia (New York, 1948 ; réimpr., Antigonish, N.-É., 1980).— Peter Murray, The vagabond fleet : a chronicle of the North Pacific sealing schooner trade (Victoria, 1988).— D. G. Paterson, « The North Pacific seal hum, 1886–1910 : rights and regulations », dans British Columbia : historical readings, W. P. Ward et R. A. J. McDonald, édit. (Vancouver, 1981), 343–366.— D. G. Paterson et J[ames] Wilen, « Depletion and diplomacy : the North Pacific seal hunt, 1886–1910 », dans Research in economic history [...] Paul Uselding et al., édit. (12 vol. parus, Greenwich, Conn., et Londres, 1976-  ), 2 : 81–139.— Noel Robinson, « The real Sea Wolf », Cape Breton Mirror (Glace Bay, N.-É.), 2 (1952–1953), n° 2–3 : 12s., 20–22.— A. W. Roy, « Life and death of the Sea Wolf », Atlantic Advocate (Fredericton), 48 (1957–1958), n° 6 : 77–84.

Bibliographie générale

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Don MacGillivray, « MacLEAN, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/maclean_alexander_14F.html.

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Titre de l'article:   MacLEAN, ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 septembre 2014