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LÉVESQUE, GUILLAUME (baptisé Louis-Guillaume), fonctionnaire, patriote, avocat et auteur, né le 31 août 1819 à Montréal, fils de Marc-Antoine-Louis Lévesque, protonotaire, et de Charlotte-Mélanie Panet, fille du juge Pierre-Louis Panet* ; décédé célibataire le 5 janvier 1856 à Québec.

Guillaume Lévesque descendait par son père en droite ligne de François Lévesque*, qui avait été membre du premier Conseil législatif en 1775 et qui mourut à Québec en 1787. Il n’est âgé que de six ans lorsque son père, frappé de paralysie, doit sur les conseils de son médecin faire un séjour à la campagne et s’installe avec sa famille à Berthier-en-Haut (Berthierville). En 1830, le jeune Guillaume va rejoindre son frère Charles-François Lévesque au petit séminaire de Montréal où il fait des études pendant six ans. Il n’a pas encore terminé son cours qu’il entreprend dès 1835, semble-t-il, son stage de clerc chez Édouard-Étienne Rodier*, avocat de Montréal, puis poursuit ses études de droit l’année suivante chez Hippolyte Guy. En mai 1837, il est nommé commis aux écritures au bureau du shérif de Montréal.

Emporté par le courant insurrectionnel de 1837–1838, Lévesque adhère à l’Association des frères-chasseurs [V. Robert Nelson*]. Il se joint ensuite à un groupe de patriotes de Napierville. Les 9 et 10 novembre 1838, il participe à l’attaque d’Odelltown qui se solde par la défaite des patriotes. Arrêté le 14 novembre, il est incarcéré à la prison de Montréal. Son procès s’ouvre le 24 décembre : accusé en compagnie de 11 autres patriotes, dont Pierre-Théophile Decoigne* et Achille-Gabriel Morin*, « d’avoir, en la paroisse de Saint-Cyprien, conspiré avec d’autres, pour renverser le gouvernement législatif établi dans le Bas-Canada », Lévesque est le seul à plaider coupable. Des témoins à charge, plusieurs personnages de Napierville, avouent au conseil de guerre l’avoir reconnu parmi un groupe de patriotes, mais ils jurent qu’il n’avait pas d’armes. Des témoins de la défense, notamment François-Roch de Saint-Ours, Jean-Roch Rolland* et Pierre Rastel* de Rocheblave, défilent devant le tribunal à compter du 29 décembre et déclarent « qu’ils connaissent l’accusé et sa famille de longue date, qu’il a été bien élevé et a toujours montré un caractère paisible. Que son père, malade, n’a pu durant de longues années s’occuper de l’éducation de ses enfants. Que sa famille est une des plus respectables du pays. » Le conseil de guerre est insensible : le rebelle est jugé coupable le 2 janvier 1839 et condamné, comme ses compagnons, à la peine capitale. Lévesque est de nouveau écroué à la prison de Montréal, mais grâce à l’influence de Philippe Panet, éminent loyaliste de sa famille, il voit sa peine commuée en septembre 1839 à condition de quitter le pays, comme le confirme une lettre de remerciement qu’il adresse à Pierre-J. Beaudry, commis de la prison.

Lévesque se réfugie alors en France, d’abord chez des parents de son père, en Normandie, les Lévesque-Besselière et les Lévesque-Lemaitre. De là, il se rend à Paris où, sous le nom d’emprunt de Guillaume d’Ailleboust de Ramesay, il entre au ministère français des Affaires étrangères et travaille pendant trois ans comme traducteur au Département des affaires d’Espagne et du Portugal. Il suit aussi des cours de médecine, d’anatomie et de droit et, en 1843, il œuvre au sein de l’Institut d’Afrique et de la Société de géographie de France. Il aurait même collaboré, jusqu’à sa mort, aux annales de cette société savante pour laquelle il aurait écrit quelques articles remarqués qui n’ont cependant eu aucun retentissement au Bas-Canada. Gracié en 1843, il revient au pays le 21 novembre de la même année. Il est admis au barreau le 10 mai 1844, mais il renonce à l’exercice de sa profession, préférant un poste de traducteur français au Bureau des traductions de l’Assemblée législative de la province du Canada, dont il devient bientôt le chef ; il conservera cette charge jusqu’à la fin de sa vie.

Les activités intellectuelles de Lévesque sont nombreuses et variées. Le 24 novembre 1844, il participe à la fondation à Montréal de la Société des amis (il en sera le président en 1847 et 1848), dont le but est de « s’instruire et d’encourager les lettres et les sciences ». Les réunions ont lieu deux fois par semaine et les membres doivent, sous peine d’amende, présenter chaque mois un travail de leur cru dans une des quatre sections reconnues par cette société. Lévesque s’est exécuté au moins une fois. En effet, le 1er février 1845, il publie dans l’Album littéraire et musical de la Revue canadienne, fondé pour diffuser les études des membres, un texte intitulé « lie l’habitude de saluer les passants ». Ce texte sera recueilli plus tard par James Huston dans le Répertoire national, de même qu’un discours que Lévesque prononce le 29 janvier 1848 devant les membres de l’Institut canadien de Montréal : « De l’influence du sol et du climat sur le caractère, les établissements et les destinées des Canadiens ». Bien qu’on ne dispose d’aucune preuve, il ne serait pas étonnant que Lévesque ait collaboré avec son ami Huston à la compilation et au choix des textes du Répertoire national. À la fin de 1846 et au début de 1847, il publie dans l’Écho des campagnes une nouvelle historique, Vœux accomplis, qui se déroule en pleine Révolution américaine, puis, les 18 et 25 novembre 1847, la Croix du Grand Calumet, première version écrite de la légende de Cadieux, ce voyageur abandonné dans une île au moment où ses compagnons échappent aux Iroquois grâce à l’intervention d’une dame blanche, et qui meurt le jour où on le retrouve.

Guillaume Lévesque s’éteint subitement à 36 ans, le 5 janvier 1856, à Québec. Un libera est chanté deux jours plus tard à la cathédrale Notre-Dame, en présence de nombreux amis. Il est inhumé le 11 janvier à Sainte-Mélanie où sa mère avait emménagé à la mort de son mari. Un chroniqueur anonyme du Canadien écrit, le 7 janvier 1856, que Lévesque était « un de ces hommes dont la mort est regrettée autant à cause de leur mérite personnel qu’à raison des talents rares et des travaux distingués par lesquels s’est honorée leur carrière ». Dans le National du 8 janvier, un autre chroniqueur dit de lui qu’il était « distingué, tant par son caractère honorable, ses talents et son éducation, que par les épreuves au milieu desquelles l’[avaient] jeté les destins politiques et qu’il a[vait] traversées avec la dignité qui convient également aux âmes fortes et au cœur généreux ». S’il faut reprocher à Lévesque de ne pas avoir davantage écrit et publié, il faut lui reconnaître un style alerte et soutenu, une langue châtiée et juste, ainsi qu’un grand amour pour son pays et ses habitants.

Aurélien Boivin

Guillaume Lévesque est l’auteur d’un essai « De l’habitude de saluer les passants » et d’une conférence prononcée en 1848 à l’Institut canadien de Montréal et intitulée « De l’influence du sol et du climat sur le caractère, les établissements et les destinées des Canadiens ». Le premier texte a d’abord été publié dans l’Album littéraire et musical de la Rev. canadienne (Montréal) en 1845, puis recueilli dans le Répertoire national (Huston, 1848–1850 ; 1893). Le second texte a également été reproduit dans le Répertoire national. Lévesque a aussi publié deux nouvelles, Vœux accomplis et la Croix du Grand Calumet, dans l’Écho des campagnes (Québec), respectivement du 12 déc. 1846 au 9 janv. 1847 et les 18, 25 nov. 1847. Les descriptions de la rivière des Outaouais dans la Croix du Grand Calumet et de la traversée du fleuve Saint-Laurent en canot en décembre dans Vaux accomplis sont dignes de figurer dans un recueil de morceaux choisis.  [a. b.]

ANQ-M, CE1-51, 31 août 1819 ; CE5-8, 12 janv. 1856.— ANQ-Q, E17/31, no 2448 ; E17/32, nos 2502–2504, 2543–2544 ; E17/37, no 2969 ; E17/39, no 3114 ; E17/40, nos 3158, 3198 ; P1000-65-1291.— APC, MG 30, D1, 19 : 106 ; RG 68, General index, 1841–1867 : 219.— Centre de recherche en civilisation canadienne-française (Ottawa), Fonds Guillaume Lévesque.— Guillaume Lévesque, « [Lettre de Guillaume Lévesque à Pierre Beaudry] », ANQ Rapport, 1926–1927 : 289.— L’Avenir, 29 janv. 1848.— Le Canadien, 7 janv. 1856.— La Minerve, 27 janv. 1848.— Le National (Québec), 8, 15 janv. 1856.— F.-J. Audet, « Commissions d’avocats de la province de Québec, 1765 à 1849 », BRH, 39 (1933) : 592.— DOLQ, 1 : 261, 770–771.— Fauteux, Patriotes, 302–303.— J.-J. Lefebvre, « Brevets de cléricature des avocats de Montréal au deuxième quart du {{xix}}e siècle », la Rev. du Barreau, 14 (1954) : 312.— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec, 279.— Michel Boucher, « les Œuvres de Charles Lévesque, écrivain oublié du dix-neuvième siècle (1817–1859) » (thèse de m.a., univ. Laval, 1972), iv-viii.— Maurault, le Collège de Montréal (Dansereau ; 1967).— P.-G. Roy, la Famille Panet (Lévis, Québec, 1906).— Marthe Faribault-Beauregard, « l’Honorable François Lévesque, son neveu Pierre Guérout et leurs descendants », SGCF Mémoires, 8 (1957) : 13–30.— Jacques Gouin, « la Traduction au Canada de 1791 à 1867 », Méta (Montréal), 12 (1977) : 26–32.— L.-A. Huguet-Latour, « la Société des amis », BRH, 8 (1902) : 121–122.— J.-J. Lefebvre, « François Levêque (1732–1787), membre des Conseils législatif et exécutif », BRH, 59 (1953) : 143–145.— Victor Morin, « Clubs et Sociétés notoires d’autrefois », Cahiers des Dix, 15 (1950) : 185–218.

Bibliographie générale

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Aurélien Boivin, « LÉVESQUE, GUILLAUME », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/levesque_guillaume_8F.html.

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Auteur de l'article:   Aurélien Boivin
Titre de l'article:   LÉVESQUE, GUILLAUME
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   23 avril 2014