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LEFEBVRE, JEAN, marchand et entrepreneur, né en 1714 dans le pays de Caux en France, décédé en 1760.

Jean Lefebvre vint pour la première fois au Canada en 1732. Alors âgé de seulement 18 ans, il arrivait comme assistant de son cousin François Havy, qui allait bientôt devenir facteur à Québec pour le compte de Robert Dugard et Cie de Rouen, France. Lefebvre était huguenot comme son cousin ; or la loi interdisait aux huguenots de s’établir au Canada avec leur épouse et leur famille. Mais comme peu d’agents métropolitains, catholiques ou protestants, étaient susceptibles de rester longtemps à Québec, Lefebvre ne semble guère avoir été gêné par cette restriction. Les jeunes marchands, poussés par l’ambition, acceptaient l’exil de la vie coloniale afin d’apprendre leur métier et de gagner assez d’argent pour se lancer dans le commerce dans un des ports français de l’Atlantique. Lefebvre était sans doute résigné à passer quelque neuf ou dix ans à Québec, mais comment pouvait-il imaginer qu’il s’écoulerait 28 ans avant son départ définitif et que c’est du pont d’un vaisseau de guerre anglais qu’il jetterait un dernier regard sur le tas de ruines qu’était devenu Québec ?

En 1734, Lefebvre devint l’associé cadet de François Havy. Comme ils partageaient les responsabilités de leur nouvelle compagnie, ils signaient leurs comptes « Havy et Lefebvre ». Leur principale activité était le commerce annuel qu’ils effectuaient pour Dugard et Cie, manipulant pour eux 13 importantes cargaisons d’entrée et 14 de retour. Ils construisirent également six vaisseaux pour la compagnie, contribuant ainsi largement à l’expansion de l’industrie canadienne. Cependant, entre 1743 et 1748, les tempêtes de l’Atlantique et les corsaires anglais détruisirent la majeure partie des navires de la compagnie, laquelle se vit forcée d’abandonner ses activités commerciales au Canada.

Havy et Lefebvre furent laissés à leurs propres ressources, qui ne manquaient pas d’importance. À partir de 1737, ils avaient acquis des capitaux dans des postes de chasse au loup marin sur la côte nord du Saint-Laurent, à Mingan, et sur la côte du Labrador, à Grand Saint-Modet, à la baie des Châteaux (Chateau Bay) et à la baie des Esquimaux (probablement l’inlet de Hamilton). En outre, ils participèrent activement au trafic des fourrures, en se joignant à la compagnie qui agissait comme concessionnaire des postes du roi de 1749 à 1755. Ils continuèrent leur commerce d’importation et d’exportation avec la France et les Antilles et devinrent également prêteurs d’argent.

La guerre de Sept Ans provoqua la séparation des deux associés. Pour continuer à assurer la bonne marche de leurs affaires en temps de guerre, Havy dut partir pour La Rochelle, France, tandis que Lefebvre demeura à Québec avec un autre cousin, François Levesque. L’année 1758 marqua le début de l’invasion du Canada. « Considerant que Rien nest plus Certain que la mort ny Rien de plus Incertain que son heure », Jean Lefebvre rédigea son testament. Les destructions massives de la guerre et la chute de l’empire français en Amérique amenèrent la ruine de ce que lui et Havy avaient mis 30 ans à bâtir.

Jean Lefebvre passa le difficile hiver de 1759–1760 à Québec. Au printemps, il quitta la ville en ruines, cherchant refuge à l’île d’Orléans, où il apprit que la colonie avait capitulé en septembre 1760. À l’instar de plusieurs marchands, Lefebvre prépara son retour en France. Dans une lettre, il parle de son « voyage projetté pour Europe qu’[il] désir[ait] depuis Longtemps, notamment depuis le Boulversement arrivé dans ce pays cy, dont [il] voy[ait] une triste fin ».

Au cours du mois d’octobre 1760, ayant confié l’entreprise canadienne à son agent, Levesque, Lefebvre s’embarqua sur le Trident, à destination de Portsmouth en Angleterre, d’où il devait aller rejoindre Havy qui se trouvait à La Rochelle. Cependant, victime d’un accident inexpliqué, il ne revit jamais son associé. Au moment de sa mort, Lefebvre, encore célibataire, n’était âgé que de 46 ans. Sa précieuse contribution à la lutte pour la survie de l’économie coloniale lui avait apporté de la richesse et du prestige social. Que la guerre et la malchance l’aient empêché d’en jouir donne à sa vie, examinée rétrospectivement, l’apparence d’une longue préparation à un avenir qui lui échappa.

Dale Miquelon

Les sources qui ont servi à rédiger cette biographie sont identiques à celles citées dans la biographie de François Havy. II y a lieu cependant de signaler quelques items particulièrement intéressants. Le testament de Lefebvre se trouve aux ANQ, Greffe de J.-C. Panet, 22 nov. 1758. La seule lettre qui subsiste et signée de lui seul au nom de « Havy et Lefebvre » se trouve aux APC, MG 24, L3 (Lefebvre à Dargenteuil, Québec, 13 oct. 1760). Le décès de Lefebvre est mentionné aux AN, 62 AQ, 36 (François Havy à Robert Dugard La Rochelle, 17 janv. 1761).  [d. m.]

Bibliographie générale

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Dale Miquelon, « LEFEBVRE, JEAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lefebvre_jean_3F.html.

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Auteur de l'article:   Dale Miquelon
Titre de l'article:   LEFEBVRE, JEAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   26 octobre 2014