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LAWLER (Lawlor), ELIZABETH GERTRUDE, éducatrice et réformatrice sociale, née à Boston, troisième fille de John Lawlor et d’Ann Leighton ; décédée célibataire le 21 juillet 1929 à Toronto.

La date de naissance d’Elizabeth Gertrude Lawler est incertaine : ce pourrait être 1866 ou 1867, et le recensement de 1901 donne le 28 décembre 1871. Sa parenté au Canada incluait trois prêtres catholiques : son arrière-grand-oncle Edmund Burke* (vicaire apostolique de la Nouvelle-Écosse), son grand-oncle John Carroll, de Toronto et Chicago, et son oncle Edmund Burke Lawlor, de Toronto. Gertrude Lawler commença ses études à Boston. Arrivée à Toronto encore enfant, en 1879, elle y fréquenta des écoles publiques et reçut le prix Jesse Ketchum. Tout au long de sa vie, cependant, elle considérerait devoir sa formation à la St Joseph’s Academy, tenue par les Sisters of St Joseph of Toronto. Lorsqu’elle reçut son diplôme, en juin 1882, elle prononça le discours d’adieu au nom des élèves de sa promotion et récolta les médailles d’or de compétence et de littérature anglaise. Par ailleurs, elle suivit, à l’extérieur de l’école, des leçons en diverses matières : beaux-arts, élocution, musique vocale et instrumentale (notamment l’orgue d’église avec Frederick Herbert Torrington*).

À l’époque où Gertrude Lawler fréquentait la St Joseph’s Academy, cet établissement n’était pas habilité à présenter des élèves aux examens d’entrée de l’université. Encouragée par l’inspecteur James Laughlin Hughes*, elle passa ces examens au Toronto Collegiate Institute. (Sa réussite encouragea les Sisters of St Joseph à modifier leur programme en fonction des exigences provinciales et à faire passer les examens à leurs élèves dans leur école.) Élève brillante, Mlle Lawler entra en 1886 à la University of Toronto, où elle reçut de nombreuses distinctions et obtint sa licence ès arts en 1890. Elle eut en 1892 une maîtrise ès arts avec concentration en mathématiques ; selon son dossier scolaire, elle était « la première femme au Canada à atteindre un tel rang dans cette discipline ».

Gertrude Lawler connut beaucoup de succès dans l’enseignement secondaire. Munie d’un certificat professionnel, elle fut engagée en 1890 par le Stratford Collegiate Institute. Deux ans plus tard, elle entra dans un nouvel établissement, le Harbord Street Collegiate Institute, à Toronto, et s’installa chez son oncle, Edmund Burke Lawlor. Dès le début de sa carrière d’enseignante, elle s’enorgueillit de gagner toujours le même salaire qu’un homme. Elle obtint des certificats de spécialisation en anglais, en français, en allemand et en mathématiques, mais ses élèves garderaient un souvenir particulièrement affectueux de ses cours d’anglais et de ses mises en scène de Shakespeare. « Fervente patriote, dit un biographe, elle soutint toujours qu’il est essentiel que le dominion demeure authentiquement britannique par sa langue, son éducation et ses idéaux ; c’est à cause de ce sentiment profond que son enseignement de la langue anglaise paraissait vivant à ses élèves. » Le grand homme d’affaires Willard Garfield Weston* ne fut pas le seul à déclarer l’avoir préférée à tous ses autres professeurs. Son amour de l’anglais inspira aussi bien des élèves de niveau post-secondaire. Elle travailla à la faculté d’éducation de l’université en tant que maîtresse de conférences et examinatrice des méthodes d’anglais (1908–1910) et édita plusieurs manuels, dont des œuvres de Shakespeare, de Tennyson, d’Arnold et de Browning.

Pendant ses 26 années au Harbord Collegiate Institute, Mlle Lawler acquit une immense popularité. « Discrète et digne de sa personne, elle était un modèle de grâce et de bienséance », ont dit certaines de ses connaissances. En 1906, en apprenant qu’elle serait peut-être mutée, une députation de parents se rendit à une réunion du bureau d’Éducation et obtint qu’elle reste au Harbord Collegiate Institute. En 1914, la nouvelle selon laquelle elle était la candidate favorite à la direction du Jarvis Street Collegiate Institute attira encore l’attention sur elle. Bien que la presse et ses collègues aient vanté ses compétences et son expérience, elle n’obtint pas le poste ; on se demanda dans le Globe si c’était parce qu’elle était une femme. Pendant la Première Guerre mondiale, en collaboration étroite avec le directeur du Harbord Collegiate Institute, Edward William Hagarty, qui était aussi commandant du 201st Battalion, elle créa un groupe d’auxiliaires pour cette unité. La maladie l’obligea à prendre sa retraite en 1918, mais elle resterait liée à l’institut en tant que présidente honoraire de l’Alumni Association.

Gertrude Lawler encouragea constamment la création de liens entre les élèves et leur école. Toute sa vie, elle soutint les établissements où elle avait étudié. En 1911, elle devint la première présidente de l’Alumnae Association de la St Joseph’s Academy et, un an plus tard, fonda un magazine littéraire destiné notamment aux anciennes élèves, le St Joseph Lilies, dont elle était la directrice. Elle appartint à l’International Federation of Catholic Alumnae, qui regroupait des diplômées de couvents. À la University of Toronto, elle fut membre de la direction de l’Alumnae Association, corédactrice du University of Toronto Monthly et, à compter de 1910, membre du conseil universitaire. Un tel engagement est d’autant plus impressionnant que, au fil du temps, tout en poursuivant sa carrière d’enseignante, Mlle Lawler appartint à une foule d’autres organismes, par exemple la League of Nations Society in Canada, la Dickens Fellowship, le University Women’s Club, le Committee of Education Films de l’Ontario, la Société canadienne de la Croix-Rouge et la Pure English Society of Chiswell.

Après avoir quitté l’enseignement, Gertrude Lawler se dévoua pour les femmes et les enfants. Elle fut particulièrement active à la Ligue des femmes catholiques du Canada [V. Bellelle Guerin]. Dès l’assemblée de fondation, tenue à Montréal en juin 1920, elle accéda à la vice-présidence. Réélue au congrès de 1921, elle fut également présidente de la division torontoise et, en 1921, déléguée à l’Union internationale des ligues féminines catholiques. Au congrès de 1922, elle proposa que la ligue parraine, à l’échelle nationale, l’œuvre des Sisters of Service, congrégation religieuse formée à Toronto cette année-là et vouée à « la préservation de la foi et [à] la nationalisation de nouveaux Canadiens ». Par la suite, elle dirigea, dans sa phase initiale, le comité des Sisters of Service mis sur pied par la ligue.

Toujours par souci du bien public, Mlle Lawler joua un rôle actif au Social Service Council of Ontario et au Social Hygiene Council de Toronto. Elle organisa une collecte de fonds pour la construction du Women’s College Hospital de Toronto et, de 1920 à 1927, présida la section locale du Bureau d’aide aux mères nécessiteuses, où son leadership suscita des commentaires très élogieux. En 1922, elle fut déléguée au congrès international tenu sous les auspices de la United States League of Women Voters. Des institutions tant religieuses que laïques la récompensèrent pour ses innombrables contributions : en 1925, Pie XI lui décerna une médaille pontificale « pour services remarquables à l’éducation et à des œuvres religieuses » et, deux ans plus tard, la University of Toronto lui remit un doctorat honorifique en droit. Après sa mort, survenue en 1929 à cause d’un cancer, l’université et la St Joseph’s Academy créèrent des bourses à sa mémoire. Inhumée au cimetière Mount Hope, elle laissait dans le deuil une nièce et deux sœurs, Annie Lee Lawler, de Toronto, à qui elle légua une modeste succession, et Mary E. Walsh, de Boston.

Elizabeth Gertrude Lawler fut une pionnière dans bien des domaines : l’enseignement secondaire et post-secondaire, la revendication d’un salaire égal pour un travail d’égale valeur (surtout en éducation) et la structuration d’organismes non confessionnels et interconfessionnels voués à la justice sociale. Elle incarne une tradition qui commençait alors à se manifester : celle d’une femme animée de fortes convictions qui, tout en pratiquant ouvertement sa religion et en soutenant des organisations ecclésiastiques, passa sa vie professionnelle dans l’instruction publique et partagea son temps de bénévolat entre des activités de bienfaisance confessionnelles et laïques.

Elizabeth M. Smyth

Il existe plusieurs portraits d’Elizabeth Gertrude Lawler, dont un dans la bibliothèque des étudiants de la St Joseph’s College Residence, Univ. of St Michael’s College, Univ. of Toronto, et des portraits miniatures aux Sisters of St Joseph of Toronto Arch.

Elizabeth Gertrude Lawler a édité notamment The merchant of Venice (Toronto, 1906) et A midsummer-night dream (Toronto, 1909) de Shakespeare, et, en collaboration avec Alfred Henry Reynar, Select poems of Alfred Tennyson, with memoir, introduction, and annotations (Toronto, 1903). Elle a aussi édité une collection d’ouvrages d’Arnold, de Browning et de Tennyson, mais on n’a trouvé aucun exemplaire de ce manuel.

AO, RG 22-305, nº 62766.— BAC, RG 31, C1, 1901, Toronto, Ward 2, div. 31 : 4 (mfm aux AO).— Harbord Collegiate Institute Arch. (Toronto), Gertrude Lawler file.— Mount Hope Cemetery (Toronto), Burial card, interment nº 16142.— Sisters of St Joseph of Toronto Arch., box 5, St Joseph’s Academy, reg., 1859–1920, 13 avril 1882 ; Gertrude Lawler file.— UTA, A1973-0026/221(92).— Evening Telegram (Toronto), 21 juill. 1929.— Globe, 22 juill. 1929.— Canadian League (Toronto), 1921–1922 (exemplaires aux Catholic Women’s League of Canada Arch., Winnipeg).— St Joseph Lilies (Toronto), 1 (1912–1913), nº 4 : 72–74 (exemplaires aux Sisters of St Joseph of Toronto Arch.).— E. M. Smyth, « The lessons of religion and science : the congregation of the Sisters of St. Joseph and St. Joseph’s Academy, Toronto, 1854–1911 » (thèse d’ed.d., Univ. of Toronto, 1989).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).— Women of Canada (Montréal, 1930).

Bibliographie générale

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Elizabeth M. Smyth, « LAWLER, ELIZABETH GERTRUDE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lawler_elizabeth_gertrude_15F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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