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Titre original :  Image from "Windfalls for cider-- : the poems of Raymond Knister". Windsor, Ont. : Black Moss Press, 1983. 
Photographs provided to Black Moss Press by Mrs. Myrtle Grace, widow of Raymond Knister. 
Accessed via https://archive.org/details/windfallsforcide0000knis/mode/2up.

Provenance : Lien

KNISTER, JOHN RAYMOND, auteur, rédacteur et journaliste, né le 27 mai 1899 dans le canton de Rochester (Lakeshore), Ontario, fils de Robert Walter Knister et d’Elizabeth (Liza) Banks ; le 8 juin 1927, il épousa à Toronto Myrtle Maggie Bessie Gamble, et ils eurent une fille ; décédé le 29 août 1932 à Stony (Stoney) Point, Ontario.

John Raymond Knister, l’une des figures les plus marquantes de la littérature canadienne du début du xxe siècle, était de descendance allemande. Son arrière-grand-père paternel avait quitté l’Allemagne pour s’installer dans le comté d’Essex, dans le Haut-Canada, après les guerres napoléoniennes. Son père, agriculteur reconnu dans les comtés d’Essex et de Kent, cultivait le maïs et le soya, et importait d’Écosse des chevaux clydesdales ; sa mère enseignait. Il avait également des liens de parenté avec le docteur Charles Knister, dont la belle maison – l’une des premières de la région à avoir le téléphone, qui lui servait dans l’exercice de la médecine – existe toujours.

Le jeune Raymond (il n’utilisait que son deuxième prénom) grandit donc dans un environnement agricole, tout en côtoyant un monde de raffinement et d’élégance. Affligé d’un bégaiement qu’il garderait sa vie durant, le timide garçon, lorsqu’il ne travaillait pas à la ferme, lisait avidement : il dévora plus de 1 000 livres entre l’âge de 15 et 25 ans. En 1919, il entra au Victoria College à la University of Toronto. Pendant ses études, il publia des essais sur Cervantes et Robert Louis Stevenson dans la revue Acta Victoriana de Toronto, ainsi que des histoires et des poèmes sur la vie rurale dans des périodiques agricoles. Un de ses professeurs au Victoria College, Oscar Pelham Edgar*, soutiendrait ses entreprises littéraires dans les années à venir. Le parcours scolaire de Knister se termina cependant en 1920, lorsqu’il souffrit d’une pneumonie (conséquence possible de la grippe espagnole). Après sa convalescence à la maison, il travailla à la ferme familiale et continua d’écrire des poèmes, des nouvelles et des articles de magazine, de même que des comptes rendus de livres pour le Free Press de Detroit et le Border Cities Star de Windsor. La plupart de ses textes s’inspiraient de ses expériences à la ferme. En 1923, il s’installa à Iowa City, où il suivit des cours universitaires et devint rédacteur adjoint au Midland, magazine littéraire d’une certaine importance fondé par le critique réputé Henry Louis Mencken et dans lequel plusieurs poèmes de Knister avaient déjà paru. L’année d’après, n’arrivant toujours pas à gagner sa vie avec sa plume, il partit pour Chicago. Là, il conduisait un taxi la nuit, écrivait le jour et produisait des recensions pour le magazine Poetry et le Chicago Evening Post. Ses expériences dans une ville alors connue pour son milieu criminel lui fournirent la trame d’Innocent man, qui raconte l’histoire d’un chauffeur de taxi, arrêté et emprisonné pendant une nuit avec les malfaiteurs qui s’étaient enfuis avec sa voiture. En 1925, Knister devint correspondant pour la revue This Quarter, publiée principalement à Paris, pour laquelle écrivaient de nombreuses figures importantes de la littérature, dont James Joyce, Carl Sandburg et Ernest Hemingway.

En 1926, Knister se fiança à Marion Mckenzie Font, qu’il avait rencontrée à la University of Iowa. Cependant, leur relation prit fin en raison des objections religieuses de leurs parents – ceux de Knister étaient protestants et ceux de Marion Mckenzie, catholiques – et de l’insistance de celle-ci pour qu’il abandonne l’écriture au profit d’une occupation plus lucrative. Plus tard la même année, après son installation à Toronto, Knister fit la connaissance de Myrtle Maggie Bessie Gamble, couturière qui avait étudié à l’Ontario College of Art, où Arthur Lismer* lui avait enseigné ; ils se marièrent au printemps de 1927. Apparemment, l’« habitude [de Knister] de réciter de la poésie » et son « sens de l’humour audacieux » la charmèrent ; en outre, Knister put compter sur son soutien indéfectible dans sa carrière d’écrivain.

Le retour de Knister à Toronto coïncida avec un autre moment décisif de sa vie. Il se joignit à un cercle littéraire auquel appartenaient, entre autres, les écrivains Morley Edward Callaghan*, Mazo de la Roche*, Merrill Denison* et Charles George Douglas Roberts*. De plus, il publia des nouvelles dans le Toronto Star Weekly et dans le Saturday Night de William Arthur Deacon* ; ses nouvelles pour le Toronto Star Weekly se déroulaient dans la communauté fictive de Corncob Corners. La Ryerson Press de Toronto accepta d’imprimer son recueil de poèmes sur la nature, Windfalls for cider, qui ne paraîtrait toutefois qu’en 1983, longtemps après sa mort. Avant la fin de la décennie, Knister avait déjà dirigé une anthologie, Canadian short stories, et publié son premier roman, White narcissus ; ces deux œuvres, parues respectivement en 1928 et 1929, rehaussèrent grandement sa position dans la littérature canadienne.

En 1929, les Knister s’installèrent dans une maison de ferme près de Port Dover, où Raymond termina My star predominant. Avec ce récit romancé des dernières années de John Keats, il remporterait le premier prix d’un concours littéraire ; comme ses poèmes sur la nature, le texte paraîtrait à titre posthume. En raison des problèmes financiers de l’éditeur parrain du concours, Knister ne recevrait qu’une portion de l’argent du prix. Deux ans plus tard, il changea de nouveau de lieu de résidence en s’établissant à Montréal avec sa femme et leur fille Imogen, âgée d’un an. Là, il se joignit à un groupe d’écrivains modernistes dont feraient partie Dorothy Livesay*, Frederick Philip Grove*, John Leo Kennedy*, Abraham Moses Klein* et Francis Reginald Scott*. Lorne Albert Pierce*, de la Ryerson Press, lui offrit un poste d’éditeur en 1932, mais le sort en décida autrement. En août, pendant un séjour dans un cottage familial en Ontario, Knister se noya dans le lac St Clair à Stony Point. Des plongeurs, des bateaux et un avion menèrent des recherches intensives pendant trois jours avant de retrouver son corps. Pierce réagit à la nouvelle en disant que la disparition prématurée de Knister « signifiait la perte d’un esprit magnifique, la promesse d’une force stimulante dans les lettres canadiennes ».

La mort précoce et soudaine de Knister amena certains de ses contemporains à évoquer l’hypothèse du suicide. Callaghan, par exemple, nota que sa fin tragique témoignait de la difficulté pour les écrivains canadiens de vivre de leur art, laquelle s’accentua avec le début de la grande dépression. En 1949, 17 ans après la disparition de Knister, l’idée reprit de l’ampleur quand Dorothy Livesay insinua fortement, dans un mémoire annexé à un recueil de poèmes de Knister, que la dépression l’avait conduit à s’enlever la vie. La fille de Knister ainsi que Kennedy démentirent vivement cette allégation. Imogen s’appuya sur le témoignage de sa mère qui, dans son journal, avait consigné, peu après l’événement, les propos de son mari : « Je me sens tout comme Keats lorsqu’il se trouva en pleine possession de ses moyens. J’ai le sentiment d’entrer en pleine possession des miens. Le monde est devant nous, Myrtle. Nous avons tout ce que nous voulons, et nous sommes heureux. » Kennedy, quant à lui, au fait des rumeurs subséquentes à la mort de l’écrivain, les rejetait fermement. Quatre ans avant la publication du mémoire de Dorothy Livesay, il lui écrivit on ne peut plus clairement, probablement pour la dissuader de rendre ses soupçons publics :

S’il y avait une personne proche de Raymond Knister dans sa dernière année, c’était moi, et je jurerai sur une pile de bibles aussi haute que vous le voudrez que l’homme s’est noyé. De plus, je me ferai une joie de lutter par voie de presse contre toute inférence publiée voulant que ce n’ait pas été le cas. Je me battrai contre vous, si vous le voulez. Et j’ai une liste de preuves longue comme votre bras. Lorsque Raymond Knister s’est noyé […] il était en pleine ascension […] Tout allait bien pour ce gars, et il le savait. Il l’a dit. Il me l’a écrit. Ce sont là quelques-unes des raisons qui font que je serai heureux de casser la figure au premier sensationnaliste qui commence[ra] à interpréter sa mort tragique comme de l’autodestruction.

Dorothy Livesay publia quand même sa version des faits. De nombreuses et solides preuves semblent toutefois montrer que Knister perdit la vie de façon accidentelle.

Si les circonstances de la mort de Knister peuvent demeurer nébuleuses, il en va autrement de son importance littéraire. Dans sa courte carrière de moins de dix ans, l’auteur remarquablement prolifique produisit une centaine de poèmes, presque autant d’histoires et de croquis, quatre romans, des douzaines d’essais, des comptes rendus de livres, des éditoriaux et l’anthologie majeure Canadian short stories. La quantité impressionnante de ses publications témoigne de son dévouement obstiné. Ses écrits ne lui apportèrent pas la richesse, mais le firent vivre convenablement, exploit considérable dans les années 1920 et 1930. Imogen rapporterait que ses parents, avec les revenus de l’écriture de son père et de la couture de sa mère, vivaient modestement, mais bien : « Ils n’avaient pas de dettes et possédaient une bonne voiture, des meubles neufs, de bons vêtements et une vaste collection de livres précieux. »

C’est toutefois grâce à la qualité, et non la quantité, de ses textes que Knister occupe une place importante en littérature. Les écrivains contemporains saluèrent nombre de choses dans son travail. Callaghan trouvait les poèmes de Knister sur la vie rurale « naturellement authentiques » – on « pouvait y sentir la ferme » –, et qualifia Canadian short stories de « pilier historique dans l’écriture canadienne ». Kennedy exprima ainsi son sentiment : « [Knister est] véritablement un romancier canadien, en ce sens qu’il décrit la scène canadienne avec compréhension et émotion, non à travers le prisme d’un idéalisme pseudo-patriotique, mais parce qu’elle fait irrévocablement partie de sa nature consciente. Il n’exploite pas le contexte canadien à des fins mercenaires ; il l’interprète parce qu’il en est le produit ; parce que sa vision de la vie est encore largement celle du garçon de la campagne derrière la charrue […] il a gardé une simplicité de jugement, une qualité rustique, à laquelle s’ajoute un sens de l’observation vaste et inclusif. »

Les commentateurs subséquents de l’œuvre de John Raymond Knister l’encensèrent tout aussi généreusement. Anne Burke écrivit que sa poésie était « illustrée de strophes simples et directes au sujet de la vie moderne et vis[ait] à l’expression pure de la vérité absolue ». Colin Hill nota dans la Literary encyclopedia : « Les nouvelles de fiction de Knister présentent des techniques remarquablement variées et doivent d’abord être vues comme une série d’expériences éclectiques et ambitieuses avec la forme du réalisme moderne. [Ses] meilleurs textes de fiction allient un traitement de la réalité quasi Hemingwayesque à un intérêt Joycien pour la psychologie humaine. » Hill conclut : « La réputation de Raymond Knister continue de croître au fur et à mesure qu’on découvre ses œuvres, et les critiques reconnaissent de plus en plus son rôle de pionnier dans le développement de la littérature canadienne. Il figure parmi les premiers écrivains canadiens à avoir défendu une norme internationale pour l’écriture canadienne, à s’être intéressé aux cercles modernistes étrangers et à avoir attiré leur attention. Parallèlement, il parlait avec enthousiasme des thématiques et des questions canadiennes, et écrivait sur son pays avec un réalisme sans compromis. »

Micheline Maylor en collaboration avec Curtis Fahey

John Raymond Knister est l’auteur de plusieurs publications, dont on trouve une liste complète dans A[nne] Burke, « Raymond Knister : an annotated checklist », Essays on Canadian Writing (Downsview [Toronto]), 16 (automne 1979–hiver 1980) : 20–61. Il a également édité l’anthologie Canadian short stories (Toronto, 1928). Parmi ses principaux écrits figurent White narcissus (Londres, 1929 ; réimpr. avec postface de Morley Callaghan, Toronto, 1990), My star predominant (Toronto, [1934]), et trois ouvrages parus à Windsor, en Ontario, à titre posthume : Windfalls for cider […] the poems of Raymond Knister, Joy Kuropatwa, édit. (1983) ; There was a Mr. Cristi (2006) ; et Hackman’s night and taxi driver (2007). Mentionnons également : Collected poems of Raymond Knister, Dorothy Livesay, édit. (Toronto, 1949), qui contient un mémoire de cette dernière ; Selected stories of Raymond Knister, Michael Gnarowski, édit. (Ottawa, 1972) ; et The first day of spring : stories and other prose, Peter Stevens, compil. (Toronto et Buffalo, N.Y., 1976). Le manuscrit du recueil de nouvelles Innocent man, écrit par Knister vers 1932, est conservé à l’E. J. Pratt Library, Victoria Univ., à la Univ. of Toronto, Special collections, fonds 18.

AO, RG 80-05-0-1669, no 003334 ; RG 80-2-0-490, no 011756 ; RG 80-8-0-1396, no 040027.— Victoria Univ., à la Univ. of Toronto, E. J. Pratt Library, « Raymond Knister : poet & writer » : library.vicu.utoronto.ca/collections/special_collections/f18_raymond_knister (consulté le 3 juin 2021).— « Chronological history of Raymond Knister », Bonita O’Halloran, compil., Journal of Canadian Fiction (Montréal), 4 (1975), no 2 : 194–199.— Encyclopedia of literature in Canada, W. H. New, édit. (Toronto et Buffalo, 2002).— Imogen Givens [Knister], « Raymond Knister – man or myth ? », Essays on Canadian Writing, 16 : 5–19.— Colin Hill, « Raymond Knister », dans The literary encyclopedia : www.litencyc.com (consulté le 27 mai 2021).— Leo Kennedy, « Raymond Knister », Canadian Forum (Toronto), 12 (1931–1932) : 459–461.— The Oxford companion to Canadian history and literature, Norah Story, édit. (Toronto, 1967).— « Some annotated letters of A. J. M. Smith and Raymond Knister », Anne Burke, édit., Canadian Poetry (London, Ontario), 11 (automne–hiver 1982) : 98–135.— Marcus Waddington, « Raymond Knister : a biographical note », Journal of Canadian Fiction, 4, no 2 : 175–192.

Bibliographie générale

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Micheline Maylor en collaboration avec Curtis Fahey, « KNISTER, JOHN RAYMOND », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 14 août 2022, http://www.biographi.ca/fr/bio/knister_john_raymond_16F.html.

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Auteur de l'article:    Micheline Maylor en collaboration avec Curtis Fahey
Titre de l'article:    KNISTER, JOHN RAYMOND
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2022
Année de la révision:    2022
Date de consultation:    14 août 2022