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HUNTER, CHARLES, avocat et journaliste, né le 4 septembre 1808 à Québec, fils de Charles Hunter, marchand tonnelier, et d’Elizabeth Tough ; décédé le 31 juillet 1839 à Rimouski, Bas-Canada.

Charles Hunter fit l’apprentissage du droit à Québec auprès de Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal et de Charles Panet. On l’admit au barreau le 11 juin 1833. Il participa à l’assemblée de protestation contre les résolutions de lord John Russell [V. Denis-Benjamin Viger*], qui se tint au marché Saint-Paul, à Québec, le 4 juin 1837. À cette occasion, il prit la parole aux côtés d’autres patriotes, dont Augustin-Norbert Morin*, Charles Drolet*, Louis-Théodore Besserer* et Jean Blanchet*, afin de défendre les principes contenus dans les Quatre-vingt-douze Résolutions, où se trouvaient exposés les principaux griefs et demandes de la chambre d’Assemblée.

Peu après, Hunter se joignit à son ami Robert-Shore-Milnes Bouchette* pour fonder le journal patriote le Libéral/Liberal, dont le premier numéro parut le 17 juin 1837 à Québec. Bouchette se chargeait de rédiger la partie française et Hunter la partie anglaise. Le journal se voulait avant tout au service de la démocratie. Pour les rédacteurs, l’extension du principe électif n’était pas incompatible avec une saine administration coloniale. Des institutions libres devraient assurer la prospérité du pays et, de ce fait, contribuer à accroître la richesse de l’Empire. Hyacinthe-Poirier Leblanc* de Marconnay, rédacteur en chef du Populaire de Montréal, accusa le Libéral d’être une succursale du journal montréalais Vindicator and Canadian Advertiser. Hunter et Bouchette récusèrent cette affirmation en admettant toutefois qu’ils défendaient les mêmes principes.

En août, le Libéral prit de l’expansion et offrit à ses lecteurs quatre livraisons par semaine, deux dans chaque langue. Mais à la suite d’une bévue de Hunter, l’édition anglaise cessa de paraître le 28 octobre. Un article de sa plume, publié le mercredi 18 octobre, lui attira le dimanche suivant les foudres du curé de la paroisse Notre-Dame de Québec, Charles-François Baillargeon*. Dans cet écrit, Hunter dénonçait l’attitude qu’adoptaient certains membres du clergé face aux questions politiques. Selon lui, les juges, les magistrats et les autorités ecclésiastiques étaient persuadés de posséder l’autorité suprême dans la province. Les prêtres, dont Baillargeon, en exhortant les fidèles à ne pas se préoccuper des questions de l’heure, incitaient d’une certaine façon le peuple à se soumettre passivement aux autorités en place.

Hunter se rétracta le 25 octobre mais, malheureusement, il ne put réparer son erreur. Il affirma n’avoir jamais voulu attaquer la doctrine de l’Église catholique dont il reconnaissait les grands principes, tout protestant qu’il était. Les prêtres détenaient sans doute leur autorité de Dieu en ce qui avait trait aux questions religieuses mais, en homme éclairé, il tenait à faire la part des choses, car la défection politique en cette période de crise n’était absolument pas souhaitable. Le 28 octobre, le Liberal annonça donc qu’il cessait de paraître.

Les jours de l’édition française étaient aussi comptés. Même si les directeurs et actionnaires du journal, dont Pierre Chasseur, Joseph Légaré* et Morin, désavouèrent l’article de Hunter, leurs activités politiques les rendaient suspects. Arrêtés au début de novembre, ils furent contraints de se retirer de l’entreprise le 14. Le Comité permanent de Québec, constitué en septembre et auquel Hunter avait adhéré, attribua la persécution des patriotes à Robert Symes, chef adjoint de la police de Québec. L’agitation politique de l’heure eut raison du Libéral qui cessa définitivement de paraître le 20 novembre 1837.

On lança des mandats d’arrestation contre Bouchette et Hunter pour haute trahison, mais ce dernier, plus heureux semble-t-il que son associé, échappa aux recherches jusqu’à l’amnistie. C’est sous un nouveau prétexte qu’on l’incarcéra en mars 1839 : on le soupçonnait d’avoir aidé les patriotes américains Edward Alexander Theller* et William Wallin Dodge à fuir Québec après leur évasion de la citadelle à l’automne de 1838.

La liste officielle des prisonniers politiques expédiée à Londres le 23 avril 1839 signalait que le cas de Charles Hunter était à l’étude et mentionnait qu’il avait été, conjointement avec Bouchette, éditeur d’un journal séditieux. On le libéra finalement quelques jours plus tard, le 29 avril, sans lui intenter aucun procès. Il ne put bénéficier très longtemps de sa liberté, puisqu’il mourut à la suite d’un refroidissement, semble-t-il, le 31 juillet de la même année, à Rimouski, où il s’était rendu pour plaider.

Ginette Bernatchez

ANQ-Q, CE1-66, 25 sept. 1808.— APC, MG 30, D1, 16 : 238–240.— Le Libéral (Québec), 17 juin–20 nov. 1837.— Fauteux, Patriotes, 271.— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec, 224 ; les Petites Choses de notre histoire (7 sér., Lévis, Québec, 1919–1944), 7 : 216–217.

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Ginette Bernatchez, « HUNTER, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hunter_charles_7F.html.

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Auteur de l'article:   Ginette Bernatchez
Titre de l'article:   HUNTER, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 juillet 2014