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Titre original :  Robert T. Holman, The Agriculturalist newspaper, December 22, 1906

Provenance : Lien

HOLMAN, ROBERT TINSON, homme d’affaires, né le 13 mars 1833 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, quatrième et dernier fils de James Holman et de Sarah Chadbourne ; le 27 juillet 1864, il épousa Ellen MacEwan, de Summerside, Île-du-Prince-Édouard, et ils eurent dix enfants ; décédé le 11 décembre 1906 à cet endroit.

En 1819, le père de Robert Tinson Holman avait quitté son Devon natal en Angleterre, pour immigrer à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Au moment de la naissance de Robert Tinson, il faisait du transport maritime et avait un magasin. En l’espace de quelques années, plusieurs parents de Robert Tinson, dont un cousin, James Henry Holman*, immigrèrent à leur tour à Saint-Jean, élargissant ainsi le réseau familial. Robert Tinson quitta l’école dès l’âge de 13 ans parce que les affaires de son père allaient mal. Il fut commis dans une maison de commerce de Saint-Jean puis, pendant quelques mois, dans un cabinet d’avocat. En 1848, il alla se chercher du travail à Boston, où il resta environ deux ans. Plusieurs membres de sa famille étaient déjà là-bas ; toute sa vie, il entretiendrait des relations avec des parents installés aux États-Unis.

Le frère aîné de Robert Tinson, Samuel Chadbourne, qui travaillait aussi à Boston, s’établit à l’Île-du-Prince-Édouard en 1851 et ouvrit un magasin à Charlottetown. Robert Tinson se joignit à lui, mais Samuel Chadbourne mourut accidentellement l’année suivante, et le magasin ferma ses portes. Un autre de ses frères, James Ludlow, et son beau-frère John Andrew avaient alors un commerce à St Eleanors, à une quarantaine de milles à l’ouest de Charlottetown. Robert Tinson s’associa à eux. En 1855, estimant que les chances de réussite étaient meilleures à Summerside, localité voisine, John Andrew y forma une entreprise avec Robert Tinson, la John Andrew and Company. L’année suivante, grevée de dettes, cette société fut liquidée. Robert Tinson Holman songea alors à s’installer à Hamilton, dans le Haut-Canada, mais ayant reçu, semble-t-il, de l’aide de son frère James Ludlow, il reprit à lui seul le commerce de Summerside.

Le moment était opportun : la construction maritime allait connaître un essor remarquable dans les années 1860 et Summerside allait en bénéficier. Dès 1864, Holman avait fait construire un vaste entrepôt en brique. En 1867, il fut en mesure d’acheter, de James Colledge Pope*, un quai et un emplacement de chantier naval. À compter de 1872, le tronçon principal du Prince Edward Island Railway traversa cet emplacement, de sorte que le quai de Holman devint un point important de transbordement pour les produits agricoles expédiés outre-mer. Dès 1873, Holman avait consolidé ses propriétés foncières du bord de l’eau et acquis du gouvernement plusieurs lots de grève. Les concurrents qui auraient voulu s’installer dans le voisinage n’avaient donc pas la partie facile. Comme le volume de ses affaires avait augmenté, il avait besoin d’agrandir sa surface d’entreposage. En 1875, il construisit donc un édifice de quatre étages, le plus gros de la province à l’époque. En 1895, il fit ériger un imposant magasin en brique, à la fois pour ses activités de gros et de détail ; selon le Pioneer de Summerside, c’était la plus grande maison de commerce des Maritimes. Après la mort de son frère James Ludlow en 1877, Robert Tinson se porta acquéreur d’une grande partie des biens du défunt, dont l’Island Park Hotel. Ouvert depuis peu, c’était l’un des premiers centres de villégiature pour touristes dans la région de l’Atlantique, mais il ne fut pas un succès. Un autre quai sur le front de mer de Summerside, provenant aussi de la succession, s’avéra plus rentable.

Robert Tinson Holman ne construisait pas de navires, contrairement à bien d’autres marchands de l’endroit, mais il en achetait. Sur les neuf dont on sait qu’il fut propriétaire entre 1866 et 1896, la plupart étaient relativement petits. Les plus gros, dont le Kewadin et le Pawashik, servaient au commerce transatlantique. Bien que le transport maritime en soi n’ait pas été un succès financier pour Holman, le fait de posséder des navires le mettait en meilleure position sur le marché des produits agricoles. Des états de compte montrent que, jusque vers 1875, il réalisa de gros bénéfices en vendant des marchandises et en spéculant sur les produits agricoles reçus en paiement. De 1860 à 1875, la valeur annuelle de ses ventes passa d’environ 12 000 $ à 196 000 $. En 1876, des agents de la R. G. Dun and Company estimèrent que son avoir net valait entre 50 000 $ et 100 000 $. Par la suite, malgré des profits constants sur les marchandises, son bilan global fut négatif pendant plusieurs années, pour les raisons suivantes : mauvaises créances, diminution des ventes, pertes provenant de l’exploitation des navires et de la spéculation sur des produits. En 1883, il commença à exporter du homard ; il était l’un des premiers marchands à le faire et, selon ses états financiers, cette activité lui rapporta un bénéfice pendant quelque temps.

Dès 1866, les affaires de Holman allaient assez bien pour qu’il prenne le risque de fonder le Summerside Progress and Prince County Register. Thomas Kirwan assumait le poste de rédacteur en chef de ce journal, mais tout le monde savait que Holman en était le propriétaire et le bâilleur de fonds. L’union des Maritimes et du Canada était la question de l’heure ; anticonfédérateur, le journal prônait plutôt l’annexion aux États-Unis. En juillet 1866, le Progress plaida en faveur d’un retour au « bon vieux temps de la réciprocité ». Cette prise de position n’étonne guère, étant donné la réussite financière que Holman avait connue sous le traité de réciprocité avant son abrogation en mars. Trois ans plus tard, Holman engagea Henry Lawson comme rédacteur en chef ; dès lors, le journal fut plus modéré. Il semble que Holman le vendit en 1876.

Contrairement à tant de marchands de cette période, Holman n’appartenait à aucune confrérie ni association ; apparemment, il n’occupa jamais de fonction dans l’administration publique. Même si la presse dirait en 1903 qu’il avait été « libéral toute sa vie », ses activités ne se situaient certainement pas dans la sphère de la politique fédérale ou provinciale organisée. Ses affaires étaient sa principale préoccupation et, apparemment, ses rares interventions publiques leur étaient liées. Il figura parmi les signataires de la demande de constitution juridique de la Summerside Bank en 1865 et fit partie du conseil d’administration de cet établissement de 1870 à 1880. En 1896, il détenait des actions d’une société nouvellement constituée, la Summerside Electric Company Limited. Après la fondation du Bureau de commerce de Summerside en 1900, il en fut l’un des conseillers. Appelé à prendre position dans la principale controverse de l’heure, à savoir le choix du trajet que les vapeurs emprunteraient en hiver pour relier l’île au continent, il le fit publiquement, contrairement à ses habitudes. Deux ports de l’île bénéficiaient d’un service direct et régulier : Summerside et Charlottetown. Summerside était relié à Pointe-du-Chêne et Shédiac, au Nouveau-Brunswick ; Charlottetown, à Pictou, en Nouvelle-Écosse. Durant trois ans, les éditeurs des journaux de Summerside, avec Holman et d’autres membres du Bureau de commerce, menèrent une campagne contre Charlottetown.

Holman se tenait à l’écart des activités sociales de sa petite localité ; rien n’indique qu’il rechercha des faveurs politiques ou en obtint. De plus, il avait acquis des convictions religieuses hétérodoxes. Il était né dans une famille baptiste, mais son père avait quitté l’Église en 1835 à cause d’un désaccord doctrinal avec un ministre. Par suite d’un cheminement que l’on connaît mal, Holman se déclara « universaliste » au moment du recensement de 1861 ; dans les années 1870, il avait abandonné la religion organisée en faveur de la libre pensée [V. William Allen Pringle*]. Non content de s’opposer passivement au sentiment religieux qui prédominait à Summerside, il y invita des orateurs qui prêchaient l’humanisme. En outre, lorsque la province fit de l’Action de grâces un jour férié, en 1899, il inséra dans le Pioneer une annonce d’une demi-page dans laquelle il déclarait que « ni les formules creuses, ni l’hypocrisie, ni la politique » n’avaient leur place en cette journée et que, en conséquence, ses magasins resteraient ouverts.

Dans le livret commémoratif que la famille de Holman publia après son décès en 1906 (décès précédé par une brève maladie), on faisait état de son intérêt pour la « pensée moderne », sans parler du christianisme. Ce livret contient « The declaration of the free » par Robert Green Ingersoll, un des chefs du mouvement américain de la libre pensée au xixe siècle, et « Abou Ben Adhem », du critique anglais James Henry Leigh Hunt. Dans sa nécrologie, le Charlottetown Guardian concluait que Holman n’était pas « un homme religieux au sens habituel du terme », mais que ses activités philanthropiques méritaient des éloges.

À la veille de la mort de Robert Tinson Holman, son entreprise fut constituée juridiquement sous la raison sociale de R. T. Holman Company Limited et des actions furent distribuées aux membres de sa famille. Deux de ses fils, James LeRoy et Harry T., lui succédèrent à la direction de la compagnie, qui allait exister encore durant plus de 70 ans. On peut lire dans ses nécrologies que Holman était le plus gros homme d’affaires de la province. Les journaux firent état de ses talents de marchand. Pourtant, ses compétences dans le commerce de gros et de détail, le transport maritime et l’exportation de produits agricoles n’étaient pas uniques, non plus que le flair qui lui avait permis d’identifier des industries nouvelles, celle du homard par exemple. Ce qui semble l’avoir distingué, c’était sa capacité de combiner si efficacement toutes ces activités. L’essor économique de Summerside le favorisa et, quand les marchés se rétrécirent dans les années 1880, il diversifia ses activités et sut s’en tirer même si ses ventes baissaient. Sa réussite de marchand témoigne de son individualisme. Bien que le rédacteur en chef du Guardian se soit sans doute laissé aller à une envolée journalistique en disant que, « sous bien des aspects, [Holman] était un homme remarquable », cette formule contient, semble-t-il, une part de vérité.

Henry Tinson Holman

Un portrait de Robert Tinson Holman réalisé par James Henry Holman est conservé au P.E.I. Museum.

Il subsiste peu de documents d’affaires ou de papiers personnels concernant Holman. Nous avons en notre possession une série de comptes rendus sur la période allant de 1859 à 1897 ; la famille conserve aussi un opuscule publié peu de temps après la mort de Holman en 1906 et contenant une vaste documentation biographique, ainsi qu’une bible familiale. La base de données Atlantic Canada Newspaper Survey, qu’on peut consulter en direct par le Réseau canadien d’information sur le patrimoine de Communications Canada (Ottawa), a été très utile pour repérer les annonces publicitaires des entreprises de Holman.  [h. t. h.]

Memorial Univ. of Nfld (St John’s), Maritime Hist. Group, Atlantic Canada Shipping Project database, Shipping registries of Atlantic Canada, Prince Edward Island (microfiche ; exemplaire aux PARO).— PARO, RG 16, land registry records, conveyance reg., liber 87 : ff.151, 231.— P.E.I. Museum, Geneal. Div. files, « Genealogy of the Holman family of Saint John, New Brunswick and Summerside, Prince Edward Island (from 1772) », H. L. Holman, compil. (1955).— Charlottetown Guardian, 12–13 déc. 1906.— Daily Examiner (Charlottetown), 9 févr. 1903.— Examiner (Charlottetown), 8 oct. 1855.— Islander, 21 nov. 1851, 15, 29 oct. 1852.— Island Farmer (Summerside), 16 janv. 1901.— P.E. Island Agriculturist (Summerside), 15 déc. 1906.— Pioneer (Summerside), 25 nov. 1895, 19 oct. 1899.— Summerside Journal, 14 déc. 1906.— Summerside Progress, 16 juill. 1866, 8 mai 1869.— Almanach, Î.-P.-É. (Harvie), 1871–1881.— Î.-P.-É., Acts, 1865, c.24 ; 1896, c.17.— Mercantile agency reference book, sept. 1876.— R. A. Rankin, Down at the shore : a history of Summerside, Prince Edward Island (1752–1945) (Charlottetown, 1980).

Bibliographie générale

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Henry Tinson Holman, « HOLMAN, ROBERT TINSON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/holman_robert_tinson_13F.html.

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Auteur de l'article:   Henry Tinson Holman
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 novembre 2014