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GARNIER, JULIEN, prêtre, jésuite, missionnaire, supérieur de la mission de la Nouvelle-France, né le 6 janvier 1643 dans le diocèse de Saint-Brieuc, en Bretagne, décédé à Québec le 30 janvier 1730.

Julien Garnier entra dans la Compagnie de Jésus à Paris, le 25 septembre 1660. Deux ans plus tard, le 27 octobre 1662, il arriva à Québec, où pendant trois ans il enseigna au collège des Jésuites tout en se préparant aux missions par l’étude des langues indiennes. Le 10 avril 1666, il recevait l’onction sacerdotale des mains de Mgr de Laval. C’était le premier jésuite ordonné prêtre au Canada. À l’occasion de sa première messe qui eut lieu le 12 avril, on lit dans le Journal des Jésuites : « nous donnámes a disner dans nostre sale, comme au jour de St-Ignace, a toutes les puissances, et aux six capitaines [indiens] qui estoient dans Quebec ». Sous la direction du père Jérôme Lalemant*, il continua ses études théologiques qui furent sanctionnées par un examen « sur toute la Théologie selon la coustume de la Compagnie », le 12 avril 1668.

À la fin d’avril, il alla rejoindre le père Jacques Bruyas chez les Onneiouts et, quelque temps plus tard, il se rendit chez les Onontagués. Dans sa pensée, il ne devait y séjourner que temporairement mais, quand il voulut rejoindre son poste, les Indiens s’y opposèrent. Comme il se défendait de ne pouvoir rester à Onondaga sans chapelle et sans compagnon, le grand capitaine Garakontié*, encore païen, eut tôt fait de relever le défi. Quelques jours plus tard, la chapelle était debout, et Garakontié se rendait à Québec pour obtenir des compagnons au père Garnier ; cela donna aux missions iroquoises les pères Pierre Millet et Étienne de Carheil.

Le père Garnier se dépensa en Iroquoisie jusqu’en 1685, et non sans mérite, car il y rencontrait beaucoup d’hostilité. Sur la difficulté de convertir les Iroquois, il écrivait : « Un des grands obstacles que l’on trouve, est le songe, qui semble estre l’unique Divinité de ce pays, à laquelle ils [les Iroquois] deferent en toutes choses ». Dans sa relation de 1672, Garnier raconte que les Iroquois croient que « les habillez de noir [les jésuites] ne sont icy que comme espions, qui mandent tout à Onnontio le gouverneur ». Aussi plus d’une fois voulut-on attenter à sa vie ; Garnier affirme « qu’à parler humainement, ma vie dépend de la santé de cette petite fille » ou « de la marche d’une armée Françoise en ce païs ». Dans une lettre adressée à Le Febvre* de La Barre, datée du 23 avril 1684, Garnier s’opposa à une action militaire contre les Iroquois, qui eût compromis les missions iroquoises. Cela arriva après l’expédition de Denonville [Brisay] en 1687 : l’apostolat en Iroquoisie devenu impossible, Garnier exerça dès lors son ministère à Sault-Saint-Louis jusqu’en 1691. Il fut, cette année-là, nommé supérieur de la mission de Lorette, près de Québec. Il retourna cependant à Sault-Saint-Louis en 1694.

Lors des rencontres préliminaires au grand traité de paix entre les nations indiennes, conclu à Montréal en 1701, Garnier traduisit en huron la harangue de Callière. Ce traité de paix ouvrait de nouveau les missions iroquoises. Dès 1702, en compagnie de Vaillant de Gueslis, Garnier retrouva son champ d’apostolat, se dévouant surtout, cette fois, auprès des Tsonnontouans. En 1709, à l’instigation de Peter Schuyler, quatre des Cinq-Cantons iroquois dénonçaient le traité de 1701 ; Garnier dut revenir à Sault-Saint-Louis. En 1716, il devint supérieur de toutes les missions de la Nouvelle-France, poste qu’il occupa pendant trois ans. Dans la courte notice inédite qu’il lui a consacrée, le père Félix Martin* écrit : « Sous son administration l’accusation de commerce fut renouvelée contre les missionnaires et des plaintes furent portées jusqu’à Rome. Les archives du Gesù conservent une lettre du P. Garnier du 21 octobre 1718 adressée à son Général, où il explique ce qui avait donné lieu à cette calomnie. Les pelleteries étaient comme la monnaie du pays. Les fermiers s’en servaient pour payer leurs rentes. On en donnait surtout pour l’église, pour les rétributions de messe. C’était de l’argent qu’il fallait au bout d’un certain temps convertir en monnaie ».

De 1712 à 1716, le père Garnier avait intimement connu le père Joseph-François Lafitau*. Ce dernier, dans un ouvrage célèbre, rendit au jésuite ce témoignage : « J’y ai sur-tout profité des connaissances d’un ancien Missionnaire Jésuite, nommé le Père Julien Garnier, qui s’était consacré aux missions dès son Noviciat, y a passé plus de soixante ans [...]. Il a su assez bien la langue Algonquine [...] mais il possède surtout en perfection la Huronne et les cinq dialectes des Iroquois [...] ; c’est, dis-je, dans le commerce de ce vertueux Missionnaire avec lequel j’étais très lié que j’ai puisé tout ce que j’ai à dire ici des Sauvages ».

Son triennat terminé, le père Garnier revint à Sault-Saint-Louis où il travailla jusqu’en 1728. Il mourut au collège de Québec le 31 janvier 1730, après 67 ans et 3 mois d’apostolat. De tous les jésuites venus de France au xviie siècle, c’est lui qui a travaillé et vécu le plus longtemps au Canada.

Léon Pouliot, s.j.

ASJCF, 269.— Joseph Lafitau, Mœurs des Sauvages Amériquains comparées aux mœurs des premiers temps (2 vol., Paris, 1724).— JR (Thwaites), passim.— Campbell, Pioneer Priests, I : 312–333.— Eccles, Canada under Louis XIV, 133.— Rochemonteix, Les Jésuites et la N.-F. au XVIIe siècle, III : 383ss.

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Léon Pouliot, s.j., « GARNIER, JULIEN », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/garnier_julien_2F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   25 avril 2014