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DESROCHERS (Dérocher, Brien, dit Dérocher, Brien, dit Desrochers), URBAIN (baptisé Pierre-Urbain), sculpteur, né le 22 janvier 1781 à Varennes, Québec, fils de Joseph Brien, dit Dérocher, et de Marguerite Rive ; décédé le 19 août 1860 à Québec.

On ne sait rien des premières années d’Urbain Desrochers. Il commence vraisemblablement à étudier la sculpture avec Louis Quévillon* vers 1798, époque où ce dernier travaille à la décoration de l’église de Varennes, village natal de Desrochers. Le contrat d’apprentissage demeure cependant introuvable. Le 7 février 1809, Desrochers épouse à Saint-Vincent-de-Paul (Laval) Marie-Josephte Rocan, dit Bastien ; son maître Quévillon et le sculpteur Jessé Brien, dit Dérocher, assistent à ce mariage. Trois enfants naîtront de cette union : Zoé, Pierre-Urbain et Vital. Les deux fils suivront les traces de leur père dans le domaine de la sculpture.

À partir de 1809, Desrochers est établi en permanence à Pointe-aux-Trembles (Montréal), mais ses contrats passés dans différentes paroisses l’amènent à voyager. De 1809 à 1813, Desrochers travaille à la sculpture et à la dorure de l’église de Saint-Henri-de-Lauzon (Saint-Henri) ; Quévillon y avait commencé des travaux de sculpture dès 1803. Cette église ayant été démolie en 1879, il ne reste plus rien de la décoration sculptée. Une mention dans les livres de comptes de Saint-Michel (à Saint-Michel-de-Bellechasse) incite à croire que Desrochers aurait aussi collaboré à la même époque à la décoration sculptée de l’église de cette paroisse, décoration exécutée par Quévillon. De 1810 à 1818, Desrochers décore également l’église de Varennes. Il ne subsiste aujourd’hui que quelques fragments de cette œuvre ; deux reliefs représentant des évangélistes et provenant de la chaire sont conservés à la Galerie nationale du Canada. Le 15 juin 1812, Desrochers s’engage à exécuter le tombeau d’autel, la corniche, les pilastres, les stalles et les chandeliers de l’église de Saint-Grégoire (Bécancour). Cette décoration existe toujours et permet de juger de la qualité esthétique de ses œuvres. Il s’agit de la première entreprise de décoration d’église exécutée par Desrochers sans la collaboration de Quévillon. On peut émettre l’hypothèse que les deux artistes avaient alors cessé de travailler ensemble, probablement par suite d’un conflit qui les aurait opposés au sujet de ce contrat, puisque aucun document ultérieur ne laisse supposer qu’ils aient repris leur collaboration.

De 1813 à 1819, Desrochers reçoit plusieurs paiements pour la décoration sculptée de l’église de Saint-Denis, sur le Richelieu. À cette époque, il engage pour six ans Pierre-Léandre Daveluy, apprenti sculpteur, afin de l’aider dans son travail. Aucune trace des œuvres de Desrochers ne subsiste dans cette paroisse. Cependant, une partie des pilastres et certains motifs décoratifs sont conservés dans la collection des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à la ferme Saint-Gabriel, à Pointe-Saint-Charles (Montréal). Le 18 février 1819, Desrochers s’engage à faire la voûte, le retable, les tabernacles, les tombeaux d’autels, la chaire ainsi que divers ouvrages de menuiserie et de sculpture pour la paroisse de la Sainte-Trinité, à Contrecœur. Il reçoit des paiements des marguilliers jusqu’en 1830. Il y travaille en étroite collaboration avec le menuisier Ambroise Aubry et peut-être avec Louis Nerbonne.

Au cours des années 1820, l’atelier de Desrochers semble assez important puisque le menuisier Louis Marion, le compagnon sculpteur Joseph Goupil et l’apprenti Charles Dauphin y travaillent. Pierre-Urbain, fils de Desrochers, y fait également son apprentissage. En 1830, il se dit aussi maître sculpteur. De 1834 à 1838, Desrochers et son fils travaillent en collaboration à la sculpture de la voûte, de la chaire, du baldaquin et des retables de l’église de L’Assomption. De 1835 à 1839, Desrochers exécute des travaux de sculpture à l’église de Saint-Sulpice, près de Montréal, pour lesquels les marguilliers de cette paroisse lui versent plusieurs paiements.

Les documents consultés ne fournissent pas de renseignements sur l’activité que Desrochers aurait pu exercer au cours des 21 années suivantes. Il semble qu’il se soit retiré à Québec à la fin de sa carrière, car il meurt dans cette ville le 19 août 1860, à l’âge de 79 ans, et y est inhumé deux jours plus tard.

Gérard Morisset qualifiait Urbain Desrochers de « sculpteur le plus talentueux de son temps ». Il est cependant difficile de juger son œuvre, puisque les incendies et les démolitions semblent s’être acharnés à faire disparaître ses sculptures. L’importance de ses contrats incite à croire qu’il était l’un des sculpteurs en vue de la première moitié du xixe siècle à avoir travaillé à la sculpture religieuse dans la région de Montréal, tout comme certains des artistes de l’atelier de Quévillon.

Nicole Cloutier

ANQ-M, CE1-5, 2 sept. 1810, 14 déc. 1813, 20 avril 1816, 20 juill. 1829, 19 juin 1830 ; CE1-10, 19 juin 1775, 22 janv. 1781, 23 sept. 1799 ; CE1-59, 7 févr. 1809 ; CN1-23, 21 févr. 1838 ; CN1-68, 7 janv. 1818, 6 août 1822, 16 mars 1825 ; CN1-110, 14 déc. 1820 ; CN1-134, 20 janv. 1822 ; CN1-143, 18 févr. 1819, 31 déc. 1820, 2 août 1822, 14 juin 1824 ; CN1-167, 24 janv., 4 mars 1809 ; CN1-295, 24 mars 1814, 22 juin 1825, 25 oct. 1831 ; CN1-326, 3 mars 1824 ; CN1-384, 23 mai 1812 ; CN5-3, 19 janv., 2 déc. 1834.— ANQ-Q, CE1-1, 21 août 1860.— Galerie nationale du Canada (Ottawa), Dossiers 9977, 15381.— MAC-CD, Fonds Morisset, 2, B853.5/P662.97.— Musée des beaux-arts de Montréal, ms, 1971, Rodrigue Bédard et al., « Catalogue des biens de la ferme Saint-Gabriel ».— Le Journal de Québec, 21 août 1860.— Mariette Fréchette Pineau, « l’Église de Saint-Grégoire de Nicolet (1802) » (thèse de m.a., univ. de Montréal, 1970), 56-57.— Harper, Early painters and engravers, 88-89.— Olivier Maurault, la Paroisse : histoire de l’église Notre-Dame de Montréal (2e éd., Montréal, 1957), 51.— Morisset, Coup d’œil sur les arts, 37-38 ; les Églises et le Trésor de Varennes (Québec, 1943), 17-21.— Luc Noppen, les Églises du Québec (1600-1850) (Québec, 1977), 45, 212, 232-234, 272.— J. R. Porter, l’Art de la dorure au Québec du XVIIe siècle à nos jours (Québec, 1975), 81-82.— Jean Bélisle, « le Retable de Saint-Grégoire de Nicolet et le Problème de la contrainte architecturale dans les ensembles sculptés québécois », Annales d’hist. de l’art canadien (Montréal), 5 (1980), n° 1 : 18-32.— François Cormier, « le Chandelier de monsieur Raimbault », les Cahiers nicolétains (Nicolet, Québec), 2 (1980) : 55-62 ; « Saint-Grégoire de Nicolet : une paroisse, une église (1637-1812) » : 105-189.

Bibliographie générale

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Nicole Cloutier, « DESROCHERS, URBAIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/desrochers_urbain_8F.html.

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Auteur de l'article:   Nicole Cloutier
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   19 décembre 2014