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Titre original :  Monument to William Davis (1888-1925), a miner who was killed during the miners' strike of 1925. "Standing the Gaff"; erected by New Waterford Town Council, Labour Day, 1985.

Date: 1998

Photographer: Paul Prendergast

Credit: Beaton Institute, Cape Breton University

Reference no.: Paul Prendergast #33  Beaton Institute, Cape Breton University  98-666-29453

Provenance : Lien

DAVIS, WILLIAM, mineur, né le 3 juin 1887 dans le Gloucestershire, Angleterre, fils de Thomas Davis et d’Annises Dufly ; le 30 octobre 1907, il épousa à la Dominion No. 6 (Donkin, Nouvelle-Écosse) Myrtle MacPherson (décédée en 1955), et ils eurent cinq filles et cinq fils ; décédé le 11 juin 1925 à Waterford Lake, Nouvelle-Écosse.

William Davis était fils de mineur et un de ses frères était mort à l’âge de 14 ans dans l’explosion de Springhill en 1891 [V. Henry Swift*]. À compter de 1905, il travailla dans les houillères nos 1, 6, 12 et 16 de la Dominion Coal Company Limited au Cap-Breton. En novembre 1920, il était pompiste à la houillère no 12, à New Waterford. Un an plus tard, il fut affecté à la construction des routes au même endroit. En 1925, lui-même et sa femme Myrtle, issue elle aussi d’une famille de mineurs, avaient neuf enfants. Déjà, depuis 1920, l'intense conflit entre les mineurs néo-écossais, regroupés au sein du district 26 de la United Mine Workers of America, et la British Empire Steel Corporation (Besco) avait donné lieu à 58 grèves dans la région houillère de Sydney. L’affrontement qui marqua l’année 1925 fut le plus dur et le plus coûteux de la décennie.

Le dernier contrat de travail des mineurs avait échu le 15 janvier 1925 et la Besco, sous la présidence de l’opiniâtre Roy Mitchell Wolvin*, entendait bien briser le syndicat. Le 2 mars, les magasins de la compagnie situés dans les secteurs à fort militantisme syndical cessèrent de faire crédit. Quatre jours plus tard, près de 12 000 mineurs se mirent en grève. Le vice-président de la Besco, John Ernest McLurg, se moqua alors d’une analogie employée par un reporter : « Une partie de poker, pas du tout, c’est nous qui détenons toutes les cartes […] Qu’ils restent dehors deux mois ou six mois, aucune importance ; un jour ou l’autre, ils seront obligés de venir à nous […] Ils ne peuvent pas tenir le coup. » Galvanisés par cette dernière remarque et par l’attitude de McLurg, les mineurs continuèrent la lutte en dépit du fait que, dans les trois mois suivants, des milliers d’habitants du Cap-Breton seraient « au bord de la famine ». La compagnie refusa l’arbitrage et, le 4 juin, le district 26 décréta un piquetage généralisé. Les mineurs s’empressèrent de déloger des hommes de la compagnie qui avaient pris possession d’une centrale d’énergie et de pompage située à Waterford Lake. Dans les jours suivants, plus de 30 syndiqués furent arrêtés.

La Besco rassembla tous les policiers dont elle disposait et, tard dans la journée du 10 juin, ces agents escortèrent 30 hommes de la compagnie afin qu’ils puissent aller remettre en marche l’usine et les pompes. Le lendemain matin, la police de la Besco envoya des provocateurs patrouiller les rues de New Waterford. Une échauffourée eut lieu entre eux et un groupe de mineurs. Puis, au cours d’une assemblée en plein air, les mineurs décidèrent d’aller voir les ouvriers de l’usine pour leur demander de quitter leur poste. La foule (de 700 à 3 000 personnes, selon les estimations) arriva sur les lieux vers onze heures du matin. Avant même que le porte-parole des grévistes ait pu se faire entendre, les policiers chargèrent. Peut-être les chevaux s'emballèrent-ils – ni les bêtes ni les agents de police n’avaient été entraînés pour ce genre de situation. Les policiers tirèrent plus de 300 coups de feu. Un agent fonça sur Davis, qui mesurait cinq pieds trois pouces et pesait 150 livres. Tandis que Davis tentait désespérément d’éloigner le cheval, un autre policier lui tira une balle en plein cœur. Moins de cinq minutes après, Davis était mort. À peine dix minutes après, les policiers avaient quitté la scène en laissant derrière eux un grand nombre de blessés.

Peut-être, comme le mentionnent des sources locales, Davis était-il parti à la recherche d’un de ses fils qui faisait l’école buissonnière ou bien allait-il chercher de l’eau pour sa famille ou du lait pour son dernier-né. Cependant, l’hypothèse selon laquelle il se trouvait là par solidarité avec ses camarades grévistes est tout aussi plausible. Des rapports subséquents laissent croire qu’il était de faction sur la ligne de piquetage. Le dimanche 14 juin, environ 5 000 personnes assistèrent à ses obsèques ; jamais il n’y avait eu une telle affluence à une cérémonie de ce genre à New Waterford. Après l’inhumation au cimetière Union Grove de Scotchtown, la foule se dispersa en silence. Toutefois, la colère et la frustration avaient atteint un tel degré au Cap-Breton que, jusqu’à la fin du mois, il y eut des raids contre des magasins et d’autres propriétés de la compagnie, malgré la présence d’une force de police provinciale et de quelque 2 000 soldats de l’armée canadienne. Jusque-là, le seul conflit interne qui avait occasionné l’envoi de troupes plus nombreuses était la rébellion du Nord-Ouest en 1885.

Quelques semaines après la naissance de William Davis fils le 23 septembre 1925 et deux mois après le règlement de la grève, Joseph MacLeod, policier de la Besco, comparut pour meurtre à une audience préliminaire à Sydney. Naturellement, étant donné la brièveté et l’intensité de l’affrontement de Waterford Lake, personne ne put affirmer avec certitude que c’était lui qui avait tiré le coup fatal. En outre, le procureur de la couronne admit, comme le faisait valoir la défense, que MacLeod ne devait pas être traité différemment des nombreux policiers qui avaient « chargé la foule ». Le tribunal conclut que Davis avait été tué par une balle perdue.

Au cours de deux assemblées, les syndiqués du district 26 appuyèrent par une forte majorité l’idée de créer un fonds de secours pour la famille Davis et de faire du 11 juin un « jour chômé ». Le vendredi 11 juin 1926, nombreux furent les mineurs qui ne se présentèrent pas au travail. Ils se réunirent plutôt à la salle du syndicat à New Waterford et défilèrent jusqu’à l’église unie Calvin. L’habitude de prendre congé le Jour de Davis se répandit dans tout le district 26, même si cette journée ne devint un congé payé que 43 ans plus tard. La veuve de Davis finit par recevoir une somme mensuelle de la part des mineurs et par pouvoir acheter une pierre tombale. Un de ses fils, Robert, commença bientôt à travailler sous terre. Les membres de la famille Davis restèrent ensemble.

En 1938, le jour anniversaire de la mort de William Davis fut rebaptisé Journée commémorative du district. En 1970, on décida que cette commémoration aurait lieu le deuxième lundi de juin. Quatre ans plus tard, on revint à la date et au nom d’origine. New Waterford a, depuis 1985, un square Davis, et le sentier de randonnée Davis, inauguré en 1996, suit le trajet emprunté par les mineurs pour se rendre à Waterford Lake en 1925. On célèbre toujours le Jour de Davis.

Don MacGillivray

AN, RG 31, C1, 1901, Springhill, N.-É., distr. 2 : 14 (mfm aux NSARM).— Arch. privées, Don MacGillivray (Sydney, N.-É.), David Frank, entrevue avec Robert Davis, 24 juill. 1975.— Cape Breton Development Corporation, Dominion Coal Company (Glace Bay, N.-É.), Human resources dept., employment records.— NSARM, Churches, All Saints' Anglican (Springhill), reg. of baptisms, 6 juin 1894 (mfm) ; RG 32, M, Cape Breton County, nº 348/1907.— Sydney Post, 10 mars, 4–10, 12–13, 19 juin 1925.— Sydney Record, 11 juin, 9 oct. 1925.— Edith [Davis] Pelley, « Edith Pelley, William Davis's daughter ; an interview, with photographs, by Norman MacKinnon », Cape Breton's Magazine (Wreck Cove, N.-É.), nº 60 ([1992]) : 45–54.— C. M. Lamey, « Davis Day through the years : a Cape Breton coalmining tradition », N.S. Hist. Rev. (Halifax), 16 (1996), nº 2 : 23–33.— M. W. Littler, « Mary Willa Littler and “The Strangers’ Grave” », Cape Breton's Magazine, nº 71 ([1997]) : 33.— Don MacGillivray, « Military aid to the civil power : the Cape Breton experience in the 1920’s », Acadiensis (Fredericton), 3 (1973–1974), nº 2 : 45–64

Bibliographie générale

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Don MacGillivray, « DAVIS, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/davis_william_15F.html.

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Auteur de l'article:   Don MacGillivray
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   19 décembre 2014