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DAINE, FRANÇOIS, lieutenant général civil et criminel de la Prévôté de Québec, subdélégué de l’intendant, contrôleur de la Compagnie des Indes en Nouvelle-France, directeur du Domaine du roi, baptisé le 10 juin 1695 dans la paroisse Saint-Rémi de Charlesville (Charleville-Mézières), France, fils de Jacques Daine et d’Antoinette Pelletier, décédé à Blois, France, en 1765.

Ce noble, François Daine, qui ne fit jamais état de sa noblesse au Canada, appartenait à une famille d’administrateurs. Son père fut inspecteur de la manufacture royale des tabacs de Charlesville, puis contrôleur général des vivres de la Champagne. Son grand-père maternel fut secrétaire des Commandants et président du duc de Mantoue, souverain de Charlesville, tandis que son grand-père paternel, Nicolas, fut inspecteur de la Marine et du Commerce à Dunkerque. Par ailleurs, son oncle paternel, Marius-Basile, fut commissaire ordonnateur dans l’armée des Flandres et chargé des négociations qui aboutirent au traité d’Utrecht (1713). De plus, son frère Jacques, qui devint officier et maître des Requêtes, s’intéressa aux affaires du Canada.

François Daine se maria trois fois avec des Canadiennes. Le 5 octobre 1721, à Québec, il épousa Angélique Pagé qui mourut en août 1723 en donnant naissance à leur premier enfant. L’année suivante, le 20 août 1724, il convola à Montréal, avec Louise-Jeanne, fille de François-Marie Bouat*, et leur union dura 16 ans. Le 8 mars 1742, à Boucherville, il se maria une troisième fois, avec Louise, fille de François-Antoine Pécaudy de Contrecœur, qui lui donna quatre enfants dont seulement deux filles atteindront l’âge adulte.

Nous ignorons le moment exact de l’arrivée de Daine au Canada. En 1715, il exerce la fonction de commis (écrivain du roi) au greffe de la juridiction royale de Trois-Rivières. Nous le retrouvons plus tard à Québec où, en 1719, il assiste comme témoin au mariage de Jean-Eustache Lanoullier de Boisclerc et, le 5 octobre 1721, alors qu’il s’y marie pour la première fois. Peu après, Daine se rend en France, probablement pour solliciter un nouvel emploi dans le service du roi. Le 10 février 1722, après de vives sollicitations et grâce à ses protecteurs, il est nommé greffier en chef du Conseil supérieur de Québec. Le 20 mai suivant, il obtient son passage pour le Canada où, le 12 octobre, il enregistre lui-même ses lettres de provisions.

Daine logea d’abord chez son ami Lanoullier et, en peu de temps, il sut s’en faire d’autres et s’intégrer à l’élite canadienne. S’il n’eut que deux témoins à son premier mariage, en 1721, 37 assistaient à son second, deux ans plus tard, parmi lesquels se trouvaient le gouverneur Philippe de Rigaud* de Vaudreuil, Charles Le Moyne* de Longueuil, l’intendant Bégon et François-Étienne Cugnet. De plus, Daine bénéficia assez rapidement de fonds suffisants pour mieux s’établir. En 1726, il acheta une maison, rue Saint-Pierre, au coût de 7 000#. En 1744, il occupera une maison voisine de celle de l’intendant Hocquart*, rue Saint-Nicolas, et en 1763, il résidera rue Saint-Louis.

François Daine se consacra entièrement à ses fonctions administratives, cumulant les postes pour augmenter ses revenus. Son milieu familial et sa culture – sa bibliothèque en fait foi – l’avaient préparé à cette carrière mais il en fit le dur apprentissage en gravissant les échelons un à un. D’écrivain du roi au tout début de sa carrière, il devint en 1722 greffier en chef du Conseil supérieur. II ajouta même à ce titre celui de conseiller secrétaire. Plusieurs fonctionnaires canadiens, à la recherche de prestige, se paraient de ce titre honorifique réservé à quelques hauts dignitaires et dont la possession durant 20 ans permettait d’être anobli. En 1724, Daine obtint en plus le poste de contrôleur de la Compagnie des Indes en Nouvelle-France et, en 1728, il tenta, mais sans succès, d’obtenir le poste de procureur général au Conseil supérieur. En 1736, Daine, greffier en chef, accordait à Christophe-Hilarion Du Laurent une commission de commis greffier. Ce dernier devait, en plus de seconder le greffier en chef, le remplacer lors de ses absences commandées par ses autres charges. Daine dut attendre jusqu’en 1744 avant d’accéder à un poste supérieur. Le 25 mars, le roi signait ses lettres de provisions à la charge de lieutenant général civil et criminel de la Prévôté de Québec ; Daine succédait à Pierre André de Leigne. Il entra en fonction le 12 octobre suivant mais sans quitter son poste de contrôleur de la Compagnie des Indes. Exerçant officieusement la charge de subdélégué de l’intendant dans le gouvernement de Montréal à partir de 1739 et dans le gouvernement de Québec à partir de 1745, Daine se vit octroyer le 10 janvier 1748 une commission officielle de subdélégué, commission confirmée par Bigot* le 1er septembre suivant. Lorsqu’il fut nommé directeur du Domaine du roi en 1752, il n’abandonna que son poste de contrôleur. En 1759, il eut le rare honneur, avec Guillaume Estèbe*, d’être nommé conseiller honoraire du Conseil supérieur, avec droit d’assister aux séances, avec voix délibérative et tous les honneurs attachés à ce rang, sans toutefois prétendre à aucun appointement.

Au cours des derniers jours de la domination française à Québec, Daine déploya une grande activité. Avec Jean Taché, il dirigea une délégation de citoyens qui furent à l’origine de l’expédition du 12 juillet 1759 contre une batterie anglaise installée à la Pointe-Lévy (Lauzon). Le 19 juillet, le lieutenant de la Prévôté recevait de l’intendant Bigot une commission spéciale lui permettant d’exécuter les voleurs après un jugement sommaire. Peu après le 13 septembre, jour marqué par la défaite française, Daine se fit le porte-parole des habitants qui demandèrent aux autorités la capitulation de la ville, afin d’éviter les horreurs d’un assaut ; à cette occasion, il s’intitula « maire » de la ville. Au lendemain de la défaite, à la demande de ses compatriotes, il resta dans la ville pour juger selon les lois françaises « les contestations qui naîtraient entr’eux ». Il écrivait : « Je m’y suis déterminé du consentement des Généraux Anglais, jusqu’à l’année prochaine que je passeray en France ». Daine quittera le Canada le 20 septembre 1764. Rien ne prouve que Daine exerça réellement quelque fonction judiciaire depuis la reddition de Québec jusqu’à son départ pour la France.

Il ne liquida ses avoirs dans la colonie qu’après la signature du traité de Paris, en 1763. Le 22 septembre, il vendit sa seigneurie de la Grande-Île et, le 23 juillet 1764, le fief de Saint-Joseph (Lespinay), qui provenait de l’héritage de Pécaudy de Contrecœur. Rentré en France à l’automne de 1764, Daine semble s’être retiré à Blois où il mourut au cours de l’année 1765. Le 19 mars de cette année, il avait obtenu du roi, pour sa charge de lieutenant général, une pension de 2 000#, dont 1 000# réversibles à sa femme. Cette pension, le double de la somme demandée par Daine, était payable à compter du 1er janvier 1761.

Malgré sa charge administrative de surveillance du commerce et ses relations familiales avec un membre célèbre de la clique à Bigot, son neveu Michel-Jean-Hugues Péan*, Daine n’exerça pas d’activités commerciales, à moins qu’on puisse qualifier comme telles le fait de posséder quelques intérêts dans les seigneuries. D’ailleurs une de ses seigneuries, celle des Bois-Francs, concédée en 1733, avait été réunie au Domaine du roi en 1741. Cependant, toutes les charges qu’il occupa lui procurèrent des revenus annuels fort intéressants. On est bien loin de la vérité en estimant à 800# son revenu annuel. En cumulant les postes – greffier en chef et contrôleur, lieutenant général et directeur du Domaine et subdélégué de l’intendant – Daine pouvait, à partir de 1724, gagner plus de 2 500# par année ; à partir de 1752, son revenu annuel dépassait 4 000#. En effet, le salaire annuel du greffier était de 800#, celui du contrôleur 800#, celui du lieutenant général de la Prévôté 500#, celui du directeur du Domaine 3 000# et celui du subdélégué de l’intendant 300#. Il faut aussi considérer que les vacations perçues pour les expéditions et informations ainsi que le montant provenant des taxes et dépens soit du Conseil supérieur soit de la Prévôté constituaient un revenu annuel de 1500 à 3 000#. Ainsi les 60 000# de biens qu’il laissa à son décès sont le produit de ses 45 années passées dans l’administration et, selon Daine, des dots de ses trois mariages.

Le travail de Daine fut apprécié, et les témoignages des gouverneurs Beauharnois et Pierre de Rigaud* de Vaudreuil, de même que ceux des intendants Bégon, Hocquart et Bigot, en font foi. Il fut un fonctionnaire honnête dont l’intégrité fut reconnue lors de l’Affaire du Canada.

Jacques Mathieu

AD, Ardennes (Charleville-Mézières), État civil, Saint-Rémi de Charlesville, 10 juin 1695.— AN, Col., E, 104 (dossier Daine).— ANQ, Greffe de Jacques Barbel ; Greffe de Nicolas Boisseau ; Greffe de C.-H. Du Laurent ; Greffe de Florent de La Cetière ; Greffe de J.-C. Panet ; Greffe de J.-A. Saillant ; NF, Documents de la juridiction des Trois-Rivières ; NF, Ins. Cons. sup. ; NF, Ord. int. ; NF, Registres du Cons. sup., 17221760 ; NF, Taxes de dépens du Cons. sup.— ANQ-M, Greffe de Pierre Raimbault, 20 août 1724.— ASQ, Polygraphie, X : 37 ; XV : 27 ; XXIV : 29 ; Séminaire, I : 72 ; II : 6 ; XXIX : 71, 72.— La Gazette de Québec/The Quebec Gazette, 27 sept. 1764.— Mémoire du sieur de Ramezay, 27.— Gareau, La Prévôté de Québec, RAPQ, 19431944, 78–83.— La Chesnaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la noblesse (3e éd.), VI : 697s.— Liste des officiers de justice de la Nouvelle-France, BRH, XXXVI (1930) : 151157.— Liste des sujets qui composent le Conseil souverain et les juridictions royales de la colonie (1758), BRH, XXXVI (1930) : 464.— Régis Roy, M. Daine, BRH, XV (1909) : 352.

Bibliographie générale

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Jacques Mathieu, « DAINE, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 3 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/daine_francois_3F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Mathieu
Titre de l'article:   DAINE, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   3 septembre 2014