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CORPRON, JEAN, négociant, aide-munitionnaire général des vivres à Québec, né vers 1729 à Pizanie, diocèse de Saintes, France, fils de Charles Corpron et de Marie Gabriel, décédé probablement en France après 1765.

Jean Corpron arriva au Canada dans des circonstances inconnues. Il travailla d’abord à titre de commis pour différents marchands québécois mais ses « coquineries » ne lui permirent pas de demeurer longtemps à leur service. Homme d’esprit, Corpron, qui avait des dons certains pour le commerce, s’occupa alors d’affaires pour son propre compte. En septembre 1755, bien qu’il fit, selon son propre aveu, des affaires fort lucratives « et qu’il fût sur le point de contracter avec le Sieur Claverie [Pierre Claverie] une société dont le fond devait être considérable », il accepta d’entrer au service de Joseph-Pierre Cadet* qui tenait alors la boucherie du roi, faisait des « fabrications de farine et un commerce assez fort en Marchandises, vin, eau de vie et autres comestibles ; armoit des Bâtimens de mer, et en recevait de France ». En fait, « tout annonçait qu’il [Cadet] ne pouvait manquer de faire des opérations avantageuses ». D’ailleurs Corpron, en hommes d’affaires expérimenté, ne se contenta pas d’un salaire, il exigea et obtint du boucher du roi « la cinquième partie des profits qu’il feroit dans toutes ses affaires ». Associé de Cadet, Jean Corpron devint très rapidement son homme de confiance, de sorte qu’en 1756, lorsque Cadet fut chargé par l’intendant François Bigot* de la fourniture des vivres en Nouvelle-France, Corpron eut la responsabilité de la « Maison » de Québec [V. François Maurin]. C’est ainsi qu’en l’espace de trois ans, tout en prenant, selon son propre témoignage, « les précautions que la prudence lui suggéroit pour ne partager que des profits légitimes », il put amasser la somme rondelette de 1 200 000#.

Passé en France après la capitulation de Montréal, Jean Corpron fut arrêté et emprisonné à la Bastille au mois de décembre 1761. Accusé de malversations, il subit son procès au Châtelet devant une commission présidée par le lieutenant général de police, Antoine de Sartine. Finalement, après 15 mois d’emprisonnement, d’interrogatoires et contre-interrogatoires, le 10 décembre 1763, M. de Sartine et ses 27 conseillers au Châtelet le reconnurent coupable des accusations portées contre lui. Par 19 voix contre 9, ils le condamnèrent à être sévèrement admonesté en la chambre du Conseil, à payer 6# d’aumône, à restituer au roi la somme de 600 000# et « à garder prison à la Bastille [...] jusqu’au payement de la dite somme ». Or, comme les commissaires refusèrent d’accepter que la restitution se fasse en lettres de change du Canada, Corpron dut demeurer en prison. C’est seulement le 21 décembre 1764 que l’avocat de Corpron obtint du roi l’autorisation de payer en lettres de change canadiennes. Ainsi, le 18 janvier 1765, l’avocat remettait au trésorier général des colonies, Baudart de Vaudésir, 80 lettres de change du Canada, dont la valeur s’élevait à 600 000#. Mais les commissaires exigèrent, en plus de la restitution, le paiement « en argent » des intérêts dûs sur les 600 000# depuis le 10 décembre 1763 jusqu’au 10 janvier 1765. Jean Corpron contesta cette nouvelle demande des commissaires alléguant que le jugement du Châtelet ne mentionnait aucun paiement d’intérêts. De plus, comme il avait effectué sa restitution conformément au jugement du 10 décembre 1763, il réclama et obtint, le 21 mai 1765, son « élargissement des prisons de la Bastille ». Cependant, malgré son opposition à la décision des commissaires, il dut verser à la fin de novembre 1765, au trésorier général des colonies, les intérêts dûs ; il put, cependant, les payer en lettres de change du Canada, ayant reçu l’autorisation du ministre, le duc de Choiseul. Par la suite, nous perdons la trace de Corpron.

Homme d’affaires averti, Jean Corpron sut s’allier aux négociants importants de l’époque. Marié le 1er juillet 1754 à Marie Roy, veuve de Joseph Lépine, dit Lalime, négociant à Québec, et fille de Joseph Roy, marchand à l’aise de Beaumont, il était, en 1755, sur le point de s’associer avec Claverie, lorsqu’il préféra entrer au service de Cadet qui lui apparaissait déjà comme « un personnage considérable ». Cette connaissance du commerce et ce flair pour découvrir les hommes qui sauraient lui apporter de l’argent, lui permirent de devenir « millionnaire » en l’espace de trois ans.

André Lachance

AJQ, Registre d’état civil, Notre-Dame de Québec, 1er juill. 1754.— AN, Col., B, 122, ff.266, 375s. ; Col., E, 92 (dossier Corpron-Maurin-Penissault), 17.— ANQ, Greffe de J.-C. Panet, 21 juin 1754.— Mémoire du Canada, RAPQ, 19241925, 128, 197.— Mémoires sur le Canada, depuis 1749 jusqu’à 1760, 86.— J.-E. Roy, Rapport sur les archives de France, 865ss.— Tanguay, Dictionnaire.— Frégault, François Bigot, II : 173, 176, 197s., 216s.— P.-G. Roy, Bigot et sa bande 91ss, 355s.

Bibliographie générale

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André Lachance, « CORPRON, JEAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/corpron_jean_3F.html.

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Auteur de l'article:   André Lachance
Titre de l'article:   CORPRON, JEAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   24 octobre 2014