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CLERGUE, FRANCIS HECTOR, industriel, né le 28 mai 1856 à Bangor, Maine, fils aîné de Joseph Hector Clergue, barbier, et de Frances Clarissa Lombard ; décédé célibataire le 19 janvier 1939 à Montréal et inhumé au cimetière Mount Hope, Bangor.

Le père de Francis Hector Clergue, d’origine huguenote, émigra aux États-Unis à la fin des années 1840. Les ancêtres de sa mère avaient quitté le Kent, en Angleterre, au xviie siècle, pour s’établir dans les colonies américaines. Son grand-père maternel était un maître constructeur de navires bien connu. Francis Hector, deuxième de huit enfants, naquit à une période où le Maine récoltait tous les bénéfices d’une économie basée sur le bois, le vent et l’eau. Il fit ses études dans le coin et, à l’école secondaire, il trouvait le temps de livrer des télégrammes pour le chef de gare. Il est possible que Clergue ait enseigné pendant un an avant d’entreprendre des études de droit dans le cabinet de Frederick M. Laughton et d’être appelé au barreau en 1878. Il se peut aussi qu’il ait fréquenté le Maine State College of Agriculture and the Mechanic Arts, à Orono, où il aurait suivi des cours en génie.

À l’instar de William Maxwell Aitken*, Richard Bedford Bennett* et James Hamet Dunn*, jeunes ambitieux du Nouveau-Brunswick voisin, Clergue reconnaîtrait que, pour obtenir de l’avancement dans une région d’importance mineure, il fallait arrimer ses ambitions aux forces métropolitaines qui gouvernaient le destin de celle-ci. Encore étudiant en droit, il avait tenté de se faire engager dans le cabinet du sénateur Hannibal Hamlin, à Washington. Ayant échoué dans cette démarche, il se joignit à son mentor pour former le partenariat Laughton and Clergue, et devint le conseiller juridique de Bangor. Les deux hommes participèrent bientôt à diverses promotions commerciales, notamment celle d’une mine d’argent non loin de là, à Hampden.

Au cours de la décennie suivante, Clergue mit de l’avant, avec des degrés de succès variables, d’autres plans, tels que l’éclairage électrique des rues de Bangor, un tramway dans la ville, une entreprise pour expédier de la glace à New York, une centrale électrique sur la rivière Penobscot et des lignes de chemin de fer pour relier les régions urbaines du Maine à l’arrière-pays. Il commandita aussi une mine de fer à Digby, en Nouvelle-Écosse, une entreprise de fabrication de cornes de brume et une usine de pâte à papier. Pour financer ses opérations, Clergue créa l’Eastern Trust and Banking Company. Un projet ambitieux de développement du potentiel touristique de l’île Mount Desert, dans la baie de Penobscot, comportait un chemin de fer à crémaillère pour gravir les pentes du mont Green (Cadillac) et un grand hôtel, tous deux inaugurés en grande pompe en 1883, mais qui déclinèrent jusqu’à la faillite en moins de dix ans.

En 1888, à la suggestion de James Gillespie Blaine, homme politique important du Maine, Clergue rivalisa avec des promoteurs russes et britanniques pour obtenir un monopole à long terme sur des chemins de fer, des stations hydrauliques et des services bancaires en Perse (Iran). Ses initiatives n’aboutirent toutefois à rien ; il rentra aux États-Unis après être passé par Saint-Pétersbourg, en Russie, et Sofia, en Bulgarie, où il avait facilité le lancement d’une obligation ferroviaire. Ses efforts pour associer des capitaux britanniques à un chantier naval et à des bassins de radoub prévus à Mobile, en Alabama, furent également infructueux.

Plusieurs traits persistants de la personnalité de Clergue apparurent pendant cette première phase de sa carrière. C’était un manieur de mots doué et fascinant, capable de faire miroiter des visions de prospérité future par l’apport de capitaux et de technologie. Ses talents étaient tels que les investisseurs potentiels croyaient implicitement en ses projets ; rien ne semblait impossible. Malheureusement, ses idées dépassaient souvent la réalité et ses propres aptitudes. Par sa formation en droit plutôt qu’en génie, il possédait un don pour reconnaître le potentiel d’une nouvelle technologie, mais manquait de compétences pour planifier son utilisation pratique. Son bienveillant biographe, Edward Alan Sullivan*, écrirait que Clergue avait « le courage de l’ignorance », ce qui « lui donnait l’audace d’entreprendre ce qu’un homme [avec un point de vue] purement technique aurait hésité [à faire], tandis que ses capacités de persuasion incitaient d’autres [personnes] à le suivre dans ses projets ».

Le promoteur comprenait aussi la logique de l’intégration industrielle, c’est-à-dire les économies d’échelle à réaliser en regroupant des entreprises connexes autour d’une base commune et en partageant ressources énergétiques et main-d’œuvre pour les desservir. Dans ses discours ultérieurs, Clergue appellerait ce concept « le principe de corrélation ». En 1901, il ferait remarquer, dans son style coloré inimitable : « Depuis l’époque du premier babouin jusqu’à celle d’Andrew Carnegie, il n’y a jamais eu d’échec industriel là où existait le meilleur potentiel de matières premières, combiné à la force nécessaire pour leur transformation en utilisation pratique. »

L’esprit clairvoyant de Clergue se conjuguait à une capacité de s’aligner sur des politiciens et des financiers capables de fournir l’influence, les capitaux et l’encouragement nécessaires. Au début des années 1890, il devint un représentant sur place de riches capitalistes de Philadelphie et de New York empressés de trouver de nouvelles façons d’utiliser l’argent qu’ils avaient amassé dans le charbon et l’acier. Le Canada, avec la richesse de ses ressources naturelles et sa base industrielle grandissante, présentait un pouvoir d’attraction et Clergue se mit bientôt à en explorer les possibilités. En 1894, il se trouvait à Sault-Sainte-Marie, en Ontario, qui avait surtout stagné depuis le déclin de la traite des fourrures, plus tôt au xixe siècle. La ligne principale du chemin de fer canadien du Pacifique avait contourné la collectivité qui, même si un boum de courte durée avait suivi la construction d’un embranchement du chemin de fer et d’un pont ferroviaire international en 1887, avait tiré peu d’avantages du mouvement vers l’Ouest canadien. Impatients d’imiter leurs homologues du côté américain de la rivière St Marys, qui descendait en cascades entre les lacs Supérieur et Huron, des hommes d’affaires de Sault-Sainte-Marie avaient fondé leur propre société pour exploiter l’énergie des rapides. Mais l’entreprise épuisa son capital dans la construction de l’usine et remit à la ville la gestion du projet. Après l’effondrement de la galerie d’amenée d’eau, Sault-Sainte-Marie se retrouva sans électricité et avec une dette de 263 000 $.

Lorsque Clergue arriva à cet endroit, en 1894, il avait immédiatement repéré le potentiel de corrélation industrielle par l’usage de capitaux américains. Il acheta l’ancienne société hydroélectrique et promit d’accroître sa capacité et d’injecter 200 000 $ dans l’économie locale en moins d’un an. Le conseil municipal reconnaissant lui accorda une franchise exclusive de 20 ans sur l’énergie hydroélectrique et une exemption de taxes municipales pendant dix ans.

Si Clergue pouvait décoder rapidement les ambitions des hommes politiques locaux, il était également perspicace à l’égard des aspirations économiques provinciales et fédérales. Le principe du « fabriqué au Canada », de la Politique nationale de sir John Alexander Macdonald*, prédominait toujours à Ottawa, et les ministres fédéraux des Finances cherchaient à stimuler la production industrielle par l’imposition judicieuse de tarifs douaniers sur les importations et l’attribution généreuse de primes. En Ontario, cet objectif se répéta dans le souhait de promouvoir ce qu’on appelait en général la « condition manufacturière » à l’intérieur des frontières de la province, à l’aide de libéralités publiques sous forme d’exemptions d’impôt, de primes et de droits de douane. En même temps, les hommes politiques et les gens d’affaires tentaient de concrétiser leur vision du « Nouvel-Ontario », c’est-à-dire le nord de la province, riche en minerais et en forêts, comme base de ressources pour les marchés du sud de l’Ontario et des États-Unis. Queen’s Park était prêt à encourager une telle croissance par le truchement de concessions foncières, de droits d’exploitation des ressources et d’incitations financières accordés à des promoteurs qui accepteraient d’ouvrir la région. Clergue adhérait à cette conception du libéralisme de marché. En 1901, il ferait remarquer : « Laissez les gouvernements, par des lois générales judicieuses et par des concessions spéciales de terres en friche quand cela se justifie, inciter le capitaliste et le manufacturier à établir des usines pour l’utilisation de ces matières premières canadiennes, et ils auront alors mis en place une agence d’immigration plus efficace qu’une légion de conférenciers et qu’un million de cartes géographiques. »

La base de la corrélation à Sault-Sainte-Marie était la Lake Superior Power Company, dont les installations furent agrandies afin de générer 20 000 chevaux-vapeur d’hydroélectricité pour alimenter un regroupement d’industries connexes. Pour répondre aux besoins de la collectivité, Clergue fonda la Tagona Water and Light Company. Quasi immédiatement, il commença à ajouter d’autres entreprises. La Sault Ste Marie Pulp and Paper Company fut créée en 1895. Conscient que le fer et l’acier se trouvaient au cœur de toute économie industrielle et qu’on avait inhibé jusqu’alors la fabrication locale en inondant le marché d’acier importé à moindre coût, il entreprit de convaincre Ottawa et Queen’s Park que l’alliage pouvait être produit au Canada. En 1897, la découverte de minerai d’hématite au nord de Sault-Sainte-Marie, à proximité de la ville qu’on nommerait Wawa, l’incita à agir rapidement ; il acheta la concession et la développa pour en faire la mine Helen, nommée en l’honneur de l’une de ses sœurs. Pour exploiter la ressource et permettre l’accès aux riches forêts de l’arrière-pays, il constitua juridiquement, en 1899, l’Algoma Central Railway Company, qui deviendrait l’Algoma Central and Hudson Bay Railway Company deux ans plus tard. Cette entreprise réunit une flotte de vapeurs pour apporter des matières premières à Sault-Sainte-Marie et transporter les produits finis vers des marchés du Sud. Clergue créa d’autres entreprises connexes, parmi lesquelles une société de transport, un autre chemin de fer vers l’est en direction de l’île Manitoulin et une usine de pâte au bisulfite utilisant de l’acide sulfureux, sous-produit des mines de nickel de Sudbury. Au centre du complexe industriel de Clergue se trouvait l’Algoma Steel Company, constituée en 1901, pour laquelle il construisit des hauts-fourneaux et des convertisseurs Bessemer.

La pierre de faîte des industries de Sault-Sainte-Marie était la Consolidated Lake Superior Company, organisation-cadre conçue pour orchestrer les divers projets de Clergue. Elle avait été constituée juridiquement selon la loi du Connecticut avec un capital de 117 millions de dollars américains et son principal actif était un intérêt majoritaire dans les filiales. La plupart des actions ordinaires de la société étaient détenues par de grands investisseurs de Pennsylvanie et de New York. En ces temps où toute réglementation et toute critique journalistique financière étaient quasi absentes, peu de gens mettaient en doute la valeur intrinsèque de l’empire de Clergue, même si des rumeurs incitaient à penser qu’elle approchait de la valeur déclarée des filiales avant la fusion, soit 84,3 millions de dollars. Cependant, tout indice que les actions avaient été gonflées fut éclipsé par l’essor rapide des industries à Sault-Sainte-Marie.

Clergue était passé maître dans l’art de chercher à gagner la faveur des hommes politiques canadiens. Tant Ottawa que Queen’s Park avaient doté l’Algoma Central and Hudson Bay Railway Company de subventions en espèces et de concessions foncières. L’industriel soutenait que, pour assurer le succès de la fabrication de l’acier à Sault-Sainte-Marie et ailleurs au Canada, les usines devaient fonctionner à plein rendement. Parmi ses partisans fédéraux se trouvaient le ministre Joseph-Israël Tarte* et le sénateur Raoul Dandurand* ; quand l’aciérie fut terminée en 1902, il avait déjà convaincu le ministre des Chemins de fer et des Canaux, Andrew George Blair*, dans le gouvernement de sir Wilfrid Laurier*, de signer avec son consortium un contrat de production de rails pour le chemin de fer Intercolonial et de rendre obligatoire l’utilisation de rails fabriqués au Canada pour tous les chemins de fer subventionnés par le fédéral.

Les industries connexes de Clergue, qui allaient de la mine de fer à l’exploitation forestière dans le nord en passant par des aciéries et des usines de pâte et papier le long des rapides de la rivière St Marys, employaient à ce moment-là 7 000 travailleurs. Le Nouvel-Ontario était devenu une réalité. Le nom de Clergue évoquait le plein essor de l’économie canadienne et la confiance nationale. Pour George Monro Grant*, recteur du Queen’s College, à Kingston, Clergue était « le Jason de l’Algoma ». Il écrivit : « Son esprit bien discipliné, ses connaissances scientifiques, son enthousiasme calme et infatigable, conjugués à des talents remarquables pour exposer ses plans, me font dire que “Le mot impossible n’existe pas dans le dictionnaire de cet homme”. » Le magazine Cosmopolitan de New York louangerait l’industriel en l’appelant « ce Napoléon des promoteurs ». En retour, Clergue prononçait des discours de persuasion dans des chambres de commerce et offrait à ses partisans financiers et politiques de généreux divertissements sous la forme de mets raffinés, d’orchestres de cuivres et de feux d’artifice.

Mais, bientôt, l’édifice de Clergue commença à se fissurer. Il avait beau parler de corrélation, les industries de Sault-Sainte-Marie ne furent jamais un modèle de synthèse industrielle. L’Algoma Steel Company, par exemple, fut incapable de produire de l’acier en un processus continu à partir du minerai jusqu’au produit final ; ses convertisseurs Bessemer étaient prêts à fonctionner avant que les hauts-fourneaux ne puissent fournir la gueuse nécessaire à la fabrication de l’acier. Au grand mécontentement de Laurier, en septembre 1903, l’Algoma Steel Company n’avait produit que 1 243 tonnes de rails. Le Toronto Daily Star se plaignit : « Plus on examine les affaires de la Lake Superior company, plus épouvantable semble avoir été le gaspillage d’argent […] Le génie de M. Clergue n’est qu’un génie pour dépenser de l’argent. » Pendant que le complexe industriel luttait pour réaliser un bénéfice, ses bases financières douteuses se révélaient. En 1902, la Consolidated Lake Superior Company avait contracté un emprunt de 5 millions de dollars américains auprès de la Speyer and Company de New York, dans lequel plusieurs autres organisations américaines et canadiennes étaient impliquées. En septembre de l’année suivante, l’entreprise ne pouvait déjà plus payer les intérêts sur ce prêt, en garantie duquel les actifs de ses filiales avaient été engagés. La presse rapporta que ses dettes s’élevaient à 11 millions de dollars américains. Quand l’entreprise cessa de payer les salaires et ferma les usines, de nombreux travailleurs manifestèrent ; ils descendirent la rue principale de Sault-Sainte-Marie, le 28 septembre, en cassant tout sur leur passage. Plus de 350 miliciens durent être envoyés par train de Toronto pour réprimer le « saccage ».

Craignant que Speyer ne vende aux enchères les industries de Sault-Sainte-Marie à la pièce, Ottawa et Toronto firent des pieds et des mains pour renflouer les finances de la Consolidated Lake Superior Company. Queen’s Park garantit les salaires impayés, tandis que des émissaires de Laurier visitèrent l’Angleterre et les États-Unis pour assurer les investisseurs qu’Ottawa avait toujours confiance dans les entreprises. Malgré ces efforts, la firme fut mise en liquidation le 14 décembre. Au cours des mois suivants, Clergue tenta de reconstruire la société sous l’œil sceptique d’hommes politiques canadiens et d’investisseurs américains. En février 1904, une nouvelle entité, la Lake Superior Corporation, vit le jour ; elle fut constituée juridiquement dans le New Jersey et son siège social était situé à New York. Une grande partie des capitaux de l’ancienne société avait été ponctionnée, mais le gouvernement de l’Ontario de George William Ross* fut tout de même obligé de fournir une garantie de prêt de 2 millions de dollars à l’Algoma Central and Hudson Bay Railway Company pour ancrer la réorganisation. Devant l’Assemblée législative, le premier ministre déclara que la province ne pouvait se permettre de voir « une série d’industries connexes » échouer dans le Nouvel-Ontario.

Les événements de 1903 dépouillèrent Clergue de son aura. Charles Douglas Warren, promoteur de Toronto, fut nommé président de la nouvelle société et Queen’s Park désigna trois administrateurs (dont l’avocat torontois Newton Wesley Rowell*) à son conseil. Clergue demeura membre, mais son rôle n’était plus central dans le processus de décision. Cinq ans plus tard, on l’écarta comme administrateur et son association officielle avec les industries de Sault-Sainte-Marie prit fin. En dépit de la reconfiguration, les entreprises continuèrent à éprouver des difficultés jusqu’à ce que la grande dépression les accule à la faillite. Au milieu des années 1930, elles finiraient par émerger de nouveau comme une série d’entreprises autonomes, résultat de mesures draconiennes imposées par sir James Hamet Dunn, alors financier bien en vue.

Clergue ne perdit toutefois jamais son énergie entrepreneuriale. Il se réinstalla à Montréal, où il travailla comme conseiller industriel et promoteur indépendant. Sa firme, la Universal Engineering Corporation, fournit un tremplin pour un certain nombre d’entreprises, mais aucune d’entre elles n’atteignit le niveau de prospérité que les industries de Sault-Sainte-Marie avaient affiché pendant un court moment. Clergue devint également président de la Universal Transmission Limited et de la Waterbury Tool Company, société américaine qui produisait de l’équipement hydraulique qu’il vendit dans des pays aussi éloignés que le Japon et l’Allemagne. En 1912, il essaya d’intéresser le gouvernement fédéral au North Railway, nouvelle ligne qui relierait Montréal à la baie James et traverserait le Canada le long du 60e parallèle. Pendant la Première Guerre mondiale, il se joignit au conseil d’administration de la Canadian Car and Foundry Company et se fit le fer de lance de sa tentative de vendre des munitions à la Russie impériale. Dans les années 1920, Clergue exerça des pressions pour l’élargissement de la voie maritime du Saint-Laurent. À la suite de l’invasion japonaise de la Mandchourie (république populaire de Chine) dans les années 1930, il essaya de vendre de l’équipement de chemin de fer canadien au gouvernement fantoche de la région. Dans tous ces projets, il semblait marqué par les stigmates de l’effondrement des entreprises de Sault-Sainte-Marie. Ses initiatives de promotion furent souvent prémonitoires – le gouvernement fédéral construirait bel et bien un chemin de fer vers l’ouest à partir de la baie James dans les années 1920 –, mais peu de gens étaient prêts à accorder leur confiance à Clergue. Après une rencontre avec lui, en 1936, le premier ministre William Lyon Mackenzie King* inscrivit dans son journal : « On a dit de lui qu’il a essayé de faire marcher la plupart des gouvernements du Canada, mais [il] n’a jamais réussi [avec] M. Bennett ou moi. »

D’autres soutenaient une opinion plus positive. Edward Alan Sullivan, ami et ancien ingénieur à Sault-Sainte-Marie, qui avait grandement admiré son employeur, fit une description à peine déguisée de l’industriel dans son roman intitulé The rapids, publié à Toronto en 1922 et réimprimé en 1972. En 1937, les citoyens de Sault-Sainte-Marie rendirent hommage à Clergue pour sa contribution à la renaissance de la municipalité en dévoilant son portrait à l’hôtel de ville. Une école secondaire locale serait aussi nommée en son honneur.

Grand, moustachu, au torse puissant et à la voix de stentor, Clergue laissait une impression indélébile sur ceux qui le rencontraient. Il adorait déclamer de la poésie et c’était un pianiste doué. Resté célibataire, il vouait une affection excessive à sa famille et installa ses parents à Sault-Sainte-Marie, dans une maison splendide qu’il avait fait construire. Plus tard, il maintint au Québec, dans les Cantons-de-l’Est, une ferme qu’il avait constituée juridiquement sous la raison sociale de Montfermier Corporation pour vendre du gravier. Il y adapta avec succès la pomme rouge Delicious au climat de l’est du Canada.

Francis Hector Clergue mourut le 19 janvier 1939 d’une pneumonie à la suite d’une crise cardiaque et fut inhumé dans le caveau familial, à Bangor. Il légua l’ensemble de ses biens à sa sœur Gertrude Alice. La Gazette de Montréal commenta son décès en citant l’industriel George Edward Drummond*, qui avait antérieurement appelé Clergue le « Cecil Rhodes du Canada ». Il incarnait en effet la créativité de l’industrialisme pendant les années grisantes du gouvernement Laurier au Canada, mais il était également un exemple de la désinvolture imprudente inhérente au capitalisme financier.

Duncan McDowall

Des discours de Francis Hector Clergue ont été publiés sous les titres suivants : An instance of industrial evolution in northern Ontario, Dominion of Canada […] (Toronto, 1900) ; Discours […] (Sault-Sainte-Marie, Ontario, 1901) ; et Discours […] (Sault-Sainte-Marie, Mich., 1901). Les Sault Ste Marie Public Library Arch. (Ontario) conservent une collection de papiers et de souvenirs de la famille Clergue (1994.4), dont une biographie inédite de Francis Hector écrite par [E.] A. Sullivan et intitulée « Before the tide ». On y trouve aussi les fonds de l’Algoma Steel Company Limited (996.9.8) et de quelques autres entreprises du sujet. Les papiers de sir Wilfrid Laurier et de sir James Hamet Dunn, conservés à BAC dans leurs fonds respectifs (R10811-0-X et R5259-0-5), contiennent de nombreux documents relatifs à des échanges de Clergue avec le gouvernement fédéral et la communauté internationale des affaires.

Gazette (Montréal), 20 janv. 1939.— Toronto Daily Star, 26 sept. 1903.— P. D. Bachelder, Steam to the summit : the Green Mountain Railway, Bar Harbor’s remarkable cog railroad (Ellsworth, Maine, 2005).— Michael Bliss, « An introduction », dans [E.] A. Sullivan, The rapids (Toronto, 1972), v–xx.— Donald Eldon, « The career of Francis H. Clergue », Explorations in Entrepreneurial Hist. (Richmond, Ind.), 3 (1950–1951) : 254–268.— [G. M.] Grant, « The Jason of Algoma : an account of the wonderful industrial development in New Ontario », Canadian Magazine, 15 (maioctobre 1900) : 483–494.— Duncan McDowall, Steel at the Sault : Francis H. Clergue, Sir James Dunn, and the Algoma Steel Corporation, 1901–1956 (Toronto, 1984).— H. V. Nelles, The politics of development : forests, mines & hydro-electric power in Ontario, 1849–1941 (Toronto, 1974).— W. R. Stewart, « Francis Hector Clergue », Cosmopolitan (New York), 36, no 2 (décembre 1903) : 179–183.— Margaret Van Every, « Francis Hector Clergue and the rise of Sault Ste. Marie as an industrial centre », OH, 56 (1964) : 191–202.

Bibliographie générale

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Duncan McDowall, « CLERGUE, FRANCIS HECTOR », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juin 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/clergue_francis_hector_16F.html.

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Auteur de l'article:   Duncan McDowall
Titre de l'article:   CLERGUE, FRANCIS HECTOR
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2017
Année de la révision:   2017
Date de consultation:   28 juin 2017